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Comment s'offrir un cadre de haut niveau

Par CHRISTOPHE BYS - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3257

Pas besoin d'avoir les moyens d'un groupe du CAC 40 pour recruter un cadre expert. Des solutions existent. Temps partagé, groupement d'employeurs : découvrez ce qui se cache derrière ces mots.

Un bon cadre est cher. Les PME n'ont pas beaucoup de moyens. Conséquence : les PME ne peuvent pas s'offrir d'experts. Le syllogisme est imparable, la logique respectée, et pourtant la conclusion s'avère fausse. Il existe des solutions pour les dirigeants de petites et de moyennes entreprises qui veulent accueillir en leur sein des cadres confirmés au CV bien rempli. La plus simple, quand on la connaît, est évidente : il suffit de ne pas embaucher le cadre à plein temps, mais de le partager avec d'autres entreprises. L'expérience et l'expertise feront le reste. « Mon DAF fait en deux jours ce que d'autres moins aguerris peineraient à faire en une semaine », remarque ainsi Manuel Faber, dirigeant de l'entreprise de BTP Faber.

Première solution le travail à temps partagé. « Un cadre chevronné occupe un poste pour une durée indéterminée quelques jours par mois », précise Thibault Cornudet, directeur général de Référence DSI, une entreprise spécialisée dans les directeurs de systèmes d'information en temps partagé. C'est son entreprise qui recrute, sélectionne et signe un CDI avec le DSI, qui va ensuite apporter son savoir-faire à différentes sociétés. Celles-ci sont liées par un contrat de mise à disposition avec l'entreprise de travail à temps partagé. « Depuis deux ans, nous avons un DSI en temps partagé, cela nous a apporté beaucoup de flexibilité », témoigne Marie-Yvonne Charlemagne, directeur financier de Rougier, un producteur et négociant de bois tropicaux.Pour y arriver, beaucoup de rigueur et d'expérience sont demandées, car le cadre en temps partagé doit mener de front des activités stratégiques dans des environnements très différents. Une bonne gymnastique intellectuelle est également indispensable. Bernard Simon, qui occupe le poste de directeur financier pour Grant Thornton DI Finance sous ce statut, le confirme : « Je dois être très organisé dans mon travail, car ma semaine se partage entre Montpellier où je passe trois jours, d'une part, et Compiègne et Rennes, d'autre part. » Ces deux derniers sites appartiennent à la même entreprise.

Une bonne intégration s'impose

Pour que cela fonctionne, l'ubiquité n'est pas requise. Notamment parce que les outils modernes de communication simplifient la vie. À l'heure du mail et du téléphone portable, il est facile de rester en permanence connecté avec deux, voire trois entreprises. Toutefois, « une autre forme de management s'impose. Le dirigeant ne peut plus passer la tête dans mon bureau pour un oui ou pour un non, car je ne suis pas là tout le temps. Il faut en être conscient », explique Franck Lecarpentier, DSI à temps partagé.

Autre condition pour réussir : la bonne intégration du cadre à temps partagé, notamment parmi le reste de l'équipe. Manuel Faber a dû mouiller sa chemise : « Quand le DAF en temps partagé est arrivé, je ne l'ai pas lâché, je l'ai présenté à tout le monde, j'ai passé du temps pour expliquer qui il était et ce qu'il allait faire pour l'entreprise. » Idem chez Rougier, où l'intégration du DSI est totale. Franck Lecarpentier a beau n'être dans les murs qu'un jour et demi par semaine, il participe aux comités exécutifs de l'entreprise. « Je ne prendrai pas une décision sur le système d'information sans son avis », confie Marie-Yvonne Charlemagne.

Pour recruter un cadre expert dans une PME, d'autres solutions existent, comme le groupement d'employeurs. Dans ce cadre, plusieurs entreprises s'unissent et créent une association loi 1901 pour embaucher des salariés. Elles paient une cotisation au groupement d'employeurs qui se charge de les rémunérer, cotisation proportionnelle au temps et au type de salariés utilisés. À la différence des sociétés de temps partagé parfois spécialisées sur un type d'experts, les groupements d'employeurs ne sont pas réservés aux seuls cadres. Ils peuvent aussi recruter des opérateurs de production. Dirigeant d'Augeron Tcol, un fabricant de mobilier pour équiper les salles de contrôle, Joël Sahler est à la tête du groupement d'employeurs Yvelines-Val-d'Oise. Dans son entreprise, il emploie un informaticien et un DRH à temps partiel issus de cette structure. Et si le cadre proposé ne fait pas l'affaire, la PME peut s'en séparer. Joël Salher explique avoir travaillé avec un qualiticien qui n'a pas correspondu aux attentes de l'entreprise. Il s'en est séparé sans drame, car la personne a continué de travailler pour d'autres entreprises du groupement

Des dispositifs encore trop méconnus

Une négociation est en cours pour développer les groupements d'employeurs en simplifiant leur fonctionnement. Quelqu'en soit l'issue, ce dispositif, comme les autres, se heurte aujourd'hui à un handicap de taille : sa méconnaissance par les dirigeants de PME. Pourtant, ceux qui ont goûté au bénéfice du temps partagé en sont les plus zélés promoteurs, comme Stéphan Brousse, patron de la PME Brousse Vergez. Le conseiller TPE-PME de Laurence Parisot ignore le statut précis de la DRH que son entreprise emploie une demi-journée par semaine. Mais il est convaincu de son influence : « Sur une échelle allant de 1 à 10, la motivation dans mon entreprise était à 2. Depuis l'arrivée de la DRH, elle est montée à 9. »

QUI FAIT QUOI ?

Temps partagé Le cadre est recruté par l'entreprise de travail à temps partagé. Laquelle signe avec lui un CDI. La PME rémunère la mise à disposition d'un collaborateur sous forme d'une facture de prestation de service. Portage salarial Le cadre est salarié de la société de portage salarial. Celle-ci perçoit les honoraires que la PME verserait au cadre et lui rétrocède un salaire. C'est un intermédiaire qui transforme un consultant en salarié. Groupement d'employeurs Le cadre est embauché par le groupement d'employeurs, dont la PME doit faire partie. C'est la solution la plus économique en théorie, mais les entreprises sont responsables solidairement des dettes du groupement.

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