Dossier

La Matinale de l'industrie

Comment redorer l’image de l’industrie auprès des jeunes

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Formation industrielle des jeunes
© Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

Les stéréotypes ont la vie dure, et les jeunes conservent une mauvaise image de l’industrie. Après avoir interrogé deux groupes ayant visité des usines, une enquête suggère, pour modifier cette image, de mettre en avant l’aspect technologique et humain de l’industrie.

La semaine de l’industrie tente de réconcilier les jeunes avec les métiers de l’industrie, qui peinent parfois à les recruter. Le laboratoire Lilly a commandé une enquête approfondie à l’Ifop, pour comprendre d’où venait ce rejet de l’industrie par les jeunes, et sur quels vecteurs jouer pour modifier son image. Ont été interrogés des lycéens et étudiants de filière scientifique, en région parisienne et en Alsace, à qui ont été présentés les métiers de l’industrie, après une visite d’usine.

Assimilée par les jeunes aux métiers de la production (ouvriers et contremaîtres), l’industrie reste très fortement marquée par une image de pénibilité, voire de dangerosité, et de salaires bas. Les jeunes y imaginent des relations hiérarchiques difficiles, qui ne laissent aucune place à l’initiative, et pensent qu’y règne une mauvaise ambiance de travail. Or les relations au travail et le rapport à l’autorité représentent deux points primordiaux pour cette génération, selon l’institut. Peu de jeunes ont conscience que l’industrie accueille aussi des métiers de conception, de logistique ou commerciaux.

Ne pas cacher la dureté de certains métiers

Même les étudiants ingénieurs ont une vision "très conceptuelle", dit l’Ifop, du métier d’ingénieur, et voient mal "comment, après les études, il devient réellement un métier, et de quelle manière il peut précisément s’incarner". Très peu d’entre eux font un lien entre ce métier auquel ils se préparent, et l’industrie. Ils s’imaginent plutôt dans la finance ou le marketing, sans penser que ces métiers s’exercent aussi dans l’industrie. De plus, l’ensemble des jeunes ne se doute pas une seconde que l’industrie recrute, peine même parfois à trouver des salariés, tant ils sont abreuvés d’images d’ouvriers en colère après avoir perdu leur emploi.

Conclusion de l’Ifop : "l’imaginaire lié à l’industrie est tellement négatif qu’il apparait difficile de vouloir le contrer de manière frontale". L’institut note en particulier que les films vantant les métiers industriels, avec des images de jeunes heureux dans des ateliers rutilants, suscitent surtout de la méfiance, assimilés à de la publicité dont cette génération a appris à se méfier. Occulter certains stéréotypes ancrés dans l’imaginaire des jeunes serait donc totalement contreproductif. Parmi les préconisations de l’Ifop : "ne pas cacher la dureté de certains métiers dans l’industrie".

Le plus intéressant est à relever dans les commentaires des jeunes après leur visite d’usine, où ils mettaient les pieds pour la première fois pour la plupart. Si l’un des sites a conforté leur impression d’environnement difficile et de métier pénible, l’autre les a étonnés par son environnement propre et technologique. Sans qu’ils aient échangé avec les salariés, dans le premier cas ils concluent à des relations humaines difficiles, dans le second à des échanges basés sur le respect mutuel.

Un lieu de création, pas seulement de production

L’Ifop livre donc quelques pistes pour revaloriser l’image de l’industrie auprès des jeunes : mettre en avant la robotisation, moyen de limiter la pénibilité et symbole d’un univers exigeant en qualifications ; expliquer aux ingénieurs qu’ils peuvent travailler dans l’industrie sans être liés aux métiers de production ; valoriser l’industrie comme un lieu non seulement de production, mais aussi de création ; montrer qu’une certaine sécurité professionnelle y est garantie, alors que les jeunes restent très anxieux pour leur avenir ; affirmer que cet univers valorise le travail accompli, que les relations professionnelles y sont plutôt marquées par un caractère familial ou fraternel. En gros, leur dire que ce qu’ils perçoivent comme des inconvénients – univers hiérarchisé, manque d’initiative – apporte des sécurités et de la reconnaissance.

Proposition la plus iconoclaste de l’étude : changer le nom de l’industrie. Les stéréotypes sont si puissants que dès que le mot est cité, il traine avec lui sa cohorte d’images négatives. Deux pistes pour le remplacer : "entreprise industrielle", le terme d’entreprise renvoyant une image plus dynamique, dans la foulée des start-up ; ou le qualificatif de "technologique", qu’il soit accolé à entreprise ou à industrie. L’industrie deviendrait alors un secteur intéressant pour eux, et porteur d’avancées pour la société. Depuis plusieurs années, l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) parle des "industries technologiques", nom du site internet qu’elle consacre... aux métiers de l’industrie.

Cécile Maillard

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