COMMENT PSA FABRIQUE SES FOURNISSEURS
Par DE NOTRE CORRESPONDANT DIDIER HUGUE - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3247
© TRACES ÉCRITES
Dans son fief, le constructeur remodèle son tissu d'équipementiers en l'allégeant. Charge aux élus du premier rang de l'imiter pour leur sous-traitance.
Mon rôle consiste à identifier des fournisseurs à fort potentiel, puis à les accompagner pour qu'ils deviennent plus gros, plus solides financièrement et toujours plus innovants », détaille François Regimbeau, pour expliquer l'importance de sa feuille de route. Ce cadre chevronné, l'un des quatre délégués interrégionaux nommés par PSA au début de l'année, est responsable des régions Alsace, Bourgogne, Franche-Comté et Rhône-Alpes. Auparavant, il a occupé les fonctions de directeur logistique du site de Mulhouse, qui forme avec celui de Sochaux tout proche l'une des trois plates-formes nationales du constructeur.
Pour conduire plus facilement sa mission en terres comtoises, berceau de la famille Peugeot, il s'appuie sur le comité de pilotage automobile, placé sous l'autorité du préfet de région. Né de la crise qui a très durement affecté la filière automobile française fin 2008 et pendant une grande partie de l'année 2009, le comité se réunit tous les deux mois et fédère, outre les services compétents de l'État, le conseil régional, la chambre de commerce et d'industrie, l'UIMM et le pôle de compétitivité Véhicule du futur.
Audits et référencement
« Nous ne voulons plus revivre ces situations où nous passons pour le vilain petit canard à chaque fois que nous répercutons d'importantes baisses de charge », confesse François Regimbeau. Pour éviter l'effet boule de neige sur un tissu économique local très tourné vers l'automobile, PSA compte s'appuyer à terme sur un nombre restreint d'équipementiers de premier rang. À l'image de l'industrie allemande. Au nombre de 450 en Europe, ils ne devraient plus être qu'une petite centaine d'ici à dix ans. Seuls échapperont à la cure d'amaigrissement les treize fournisseurs qualifiés de « stratégiques ». Parmi eux figure Faurecia, très présent en Franche-Comté avec pas moins de sept implantations industrielles (plus de 2 800 salariés), dont les deux centres mondiaux de recherche, qui se consacrent aux échappements et à la peinture. Pour tous les autres, le sésame prend la forme d'un référencement comme « fournisseur majeur ».
Première à obtenir cette distinction : la Snop (650 millions d'euros de chiffre d'affaires, 4 000 salariés), qui a repris, en juillet 2009, les sept usines de Wagon Automotive avec l'appui du Fonds de modernisation des équipementiers automobiles (FMEA). Passée au crible des auditeurs de PSA, son unité emblématique d'Étupes, près de Montbéliard (Doubs), respecte tous les critères souhaités. « Nous avons compris depuis longtemps la nécessité d'être une force de proposition, un apporteur de solutions, indépendamment de la qualité de nos process et de nos flux logistiques », témoigne Hervé Daenens, le directeur industriel de cet emboutisseur et assembleur de pièces (groupe FSD).
Le groupe Gestamp (3 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 18 000 salariés dans le monde) s'est réimplanté l'an dernier, pour un coût de 19 millions d'euros, sur la commune de Champagney (Haute-Saône), et a fermé son site historique de Ronchamp, à quelques kilomètres de là. La nouvelle usine de 13 500 m² (130 salariés) a servi de site d'étude pour décider du référencement de cet équipementier espagnol comme « fournisseur majeur ». La visite de l'atelier d'emboutissage à froid, doté de 14 presses de 200 à 1 500 tonnes, comme de ceux de d'assemblage des pièces de structure des véhicules, de sécurité ou encore d'aspect, démontre que la distinction n'est pas usurpée.
Assistance méthode et projet
« Nous avons mis en place une démarche d'amélioration constante avec un espace spécialement réservé à cet effet », indique Raoul Ringenbach, le directeur opérationnel de Gestamp. Chaque matin ou à tout moment, lorsque le besoin s'en fait sentir, les différentes équipes de production et leurs responsables se réunissent au milieu de l'usine, dans une grande salle vitrée, pour évoquer la priorité du jour, analyser et régler le moindre incident, déterminer les plans d'action futurs. « Nous allons au-delà des critères exigés par l'industrie automobile et demandons à nos propres fournisseurs d'en faire de même », assure Michel Aguilar, le directeur général.
D'autres équipementiers comtois pourraient avoir la chance d'être labellisé, comme Peugeot Japy (78 millions d'euros de chiffre d'affaires, 485 salariés), adossé depuis le mois de janvier dernier au groupe savoyard Maike Automotive après un lâchage en règle par ses banques. Implantée à Audincourt (Doubs), l'entreprise, qui réalise 25 % de son chiffre d'affaires avec PSA, repart du bon pied. Son savoir-faire est très prisé des constructeurs : elle réalise des axes et arbres de boîtes de vitesses manuelles et automatiques, des arbres de transmission, des crémaillères de direction, des rails d'injection, des tiges d'amortisseurs et des axes de culbuteurs. « Nous faisons aussi un peu d'assemblage de modules de commandes de boîtes de vitesses manuelles », ajoute Michaël Leblanc, le directeur financier.
Cette nouvelle donne, voulue par PSA, n'emporte toutefois pas une adhésion totale. Chez Trevest (50 millions d'euros de chiffre d'affaires, 288 salariés), Bernard Gaulier, le directeur, ne cache pas une certaine perplexité. La filiale du groupe Trèves, créée à Étupes en 1993, est spécialisée dans l'habillage de sièges et les pièces acoustiques. « Il y aura toujours au final une pression sur les coûts », souligne Bernard Gaulier. « Treves doit apprendre à se diversifier pour moins dépendre de nous, ce qui évitera les mouvements de yo-yo sur son activité », ponctue François Regimbeau.
L'action de PSA auprès de sa filière locale peut prendre des formes plus directes. GTEC (14 millions d'euros de chiffre d'affaires, 160 salariés), également basé à Étupes, bénéficie d'une aide à la mise en place du lean manufacturing. « Trois consultants PSA forment nos animateurs de groupes de travail et nos acheteurs à cette méthode », expose Julien Stemmelin, directeur du site. Le fabricant de composants tubulaires métalliques (tubes d'eau moteur, guides de jauges à huile...), filiale du groupe stéphanois GMD, souhaite même aller plus loin. Il demande l'expertise du constructeur, qui pèse 30 % de son activité, dans la gestion de projets multiples.
Enquêtes de performance
La filière automobile comtoise bénéficie également de soutiens extérieurs. L'association PerfoEst, partie intégrante du pôle de compétitivité Véhicule du futur depuis 2008, multiplie les rencontres entre équipementiers afin de stimuler les échanges d'expériences et de bonnes pratiques. Elle les aide aussi à s'évaluer lors des enquêtes annuelles de performance. De son côté, Pays de Montbéliard Agglomération met la main à la poche quand il le faut. Pour reconstituer la trésorerie de Peugeot Japy, la collectivité territoriale présidée par le député (PS) du Doubs Pierre Moscovici, a acquis, pour 1,2 million d'euros, 8 000 m² de bâtiments sur 13 000 m² de terrain et les loue à l'entreprise. Elle a également garanti pour partie un emprunt de 4 millions d'euros destiné à rembourser une avance d'urgence consentie par Oséo. « Alors que nous dénoncions ces affreux capitalistes lorsque nous étions dans l'opposition, nous avons tout de suite compris en arrivant aux affaires que la culture, je dirais même l'âme de ce territoire, est et restera l'automobile », avoue l'élu.
C'est le nombre d'ingénieurs et de techniciens dans le secteur du transport en Franche-Comté, qui accueille douze laboratoires publics.
ALEXANDRE ET PIERRE CORDONNIER, codirigent le groupe Galvanoplast, spécialisé dans le traitement des surfaces, qui est installé à Lure (Haute-Saône).
Que représente aujourd'hui Galvanoplast ? Après le rachat, le 1er février dernier, de Zindel, notre confrère historique implanté à Seloncourt (Doubs), nous sommes devenus le numéro deux national de notre secteur, et sans doute la première entreprise pour sa solidité financière. Notre groupe, qui travaille à 85 % pour l'automobile, réalise, avec Jean-et-Chaumont, basé à Reims (Marne), 25 millions d'euros de chiffre d'affaires et emploie 220 personnes. Avez-vous atteint une taille suffisamment importante ? Nous sommes encore trop peu visibles et avons vocation à grossir afin d'établir de véritables partenariats avec notre clientèle, composée surtout d'équipementiers de premier rang : Lisi, TRW, Amstutz, SNOP, Gestamp, GMD... Pour les convaincre de toujours nous faire confiance, il faut apprendre à chasser en meute, mutualiser le maximum de ressources, savoir rassurer, tant en termes de service que de réactivité. Bref, prouver que le challenge permanent fait partie de notre culture. Quelle place tient la R & D dans votre stratégie ? Elle représente environ 5 % de notre chiffre d'affaires et est essentiellement destinée à optimiser nos process. La crise a sinistré notre filière, laminant bon nombre de nos concurrents. C'est pourquoi l'innovation et le partage d'expériences dans notre secteur nous semblent déterminants, pour ne pas dire vital.

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