Comment obtenir la norme ISO 14001

Le 18 février 2010 par Olivier Cognasse

En France, la certification ISO 14001 sur le management environnemental est encore délaissée par les entreprises. Sa mise en place demande rigueur et implication, mais elle permet de mobiliser les salariés autour d'une démarche valorisante.

Obtenir la norme ISO 14001, gage d'une entreprise « verte », est l'occasion de connaître et d'améliorer ses performances environnementales sans obligation de résultat et en tenant compte de ses moyens économiques. Selon les organismes certificateurs (Afnor, Bureau Veritas, SGS...), l'ensemble du processus prend entre six mois et deux ans. Tout dépend de la taille de l'entreprise et du degré d'avancement de sa politique de qualité et d'environnement. Et pourtant, la France est à la traîne (graphique ci-contre). « Cette norme n'est pas promue. En Italie ou en Espagne, les pouvoirs publics incitent les entreprises à franchir le pas avec des aides financières », explique Alain Jounot, responsable du développement chez Afnor Certification. Pour un site, cette certification coûte tout de même environ 12 000 euros, voire 50 000 euros s'il est fait appel à un cabinet d'audit. Pour Bruno Labarre, le directeur général de Bureau Veritas Certification (BVC), « cette norme n'est jamais vue en termes de gains ». Pourtant, le retour sur investissement est estimé, selon l'Afnor, à douze mois dans la majorité des cas. Armelle Cariou, responsable d'audit et référent qualité, sécurité et environnement chez SGS ICS, se veut optimiste : « La dynamique du Grenelle 1 de l'environnement pourrait modifier positivement la situation. » Surtout, les avantages d'une telle certification ne sont pas négligeables. « En cas de mise en concurrence, elle permet de se distinguer », prévient Jean-Michel Lemius, directeur des projets Europe du Sud chez Prologis. Ce spécialiste des plates-formes logistiques a obtenu la certification pour la gestion de projets, depuis l'acquisition du foncier jusqu'à la livraison du bâtiment, sur le territoire européen. Chez IPM France, un fabricant de pièces pour moteurs thermiques, la certification de son usine du Doubs « ouvre les portes chez les industriels. Certains n'acceptent que des entreprises certifiées », explique Anne Francony, sa responsable qualité, sécurité et environnement. Mais avant d'obtenir le fameux sésame, plusieurs étapes importantes doivent être passées avec succès.

1-MOBILISER TOUT LE PERSONNEL

La norme ISO 14001 (version 2004) est le seul référentiel reconnu pour le système de management environnemental (SME), basé sur le principe de l'amélioration continue. Ce système permet d'identifier, de vérifier et de maîtriser les aspects environnementaux dans l'entreprise et de s'inscrire dans la durée. Des dispositifs existent pour faciliter l'accès à la norme en étalant sa mise en place sur plusieurs années. L'opération s'appuie sur un document normatif Afnor (Pr FD X30-205) et concerne les PME, généralement très peu certifiées. Toutefois, la plupart des entreprises qui se lancent suivent un cursus plus court. Dans tous les cas et avant les premières analyses, la réussite d'une telle démarche passe par la mobilisation des salariés. Leur sensibilisation à l'environnement est primordiale pour pouvoir les mettre à contribution. Car « si le projet ne fédère pas le personnel, cela ne fonctionne pas », prévient Véronique Roger-Bréard, la responsable du pôle environnement chez BVC. La direction doit être en première ligne : son rôle est de s'assurer que le SME s'inscrit dans la stratégie de l'entreprise et d'allouer l'ensemble des ressources nécessaires à la mise en place du projet. Il est alors temps de constituer une équipe qui assurera la définition et la mise en oeuvre du SME dans l'entreprise. Son responsable peut être le directeur environnement ou qualité, accompagné d'un chef de projet et d'autres personnels représentatifs de secteurs du site ou de la société. Des formations doivent être assurées par des organismes spécialisés (Afnor Compétences, Cegos...).

2-DÉFINIR LE PÉRIMÈTRE

Avant d'analyser la situation de son site ou de son entreprise, il convient de définir le domaine d'application de la normalisation, qui peut se décomposer selon le périmètre géographique (sites et entités concernés) et le champ d'action (activités, produits et services). Ensuite, regarder de près les exigences de la norme et les réglementations existantes sur l'environnement, afin de mener les études adaptées. Elément essentiel du processus, l'analyse environnementale, qui peut prendre deux à quatre mois, permet de repérer les pratiques habituelles (gestion des déchets, consommation énergie...) et de déceler les impacts environnementaux des activités de l'entreprise. Cette opération se réalise par secteur avec des groupes de travail ou éventuellement avec l'aide de cabinets extérieurs. Chez Veolia Eau, elle consiste à mener des analyses des sols ou des études des conséquences de l'épandage sur la qualité de l'eau. Ces impacts peuvent être plus ou moins importants selon la nature de l'entreprise. L'ensemble des conséquences de l'activité doit être analysé. A l'extérieur de l'entreprise en collectant des informations sur les populations environnantes, sur le climat local, sur la nature des sols... Et à l'intérieur en recensant les pratiques polluantes et les situations potentiellement dangereuses : analyses physico-chimiques, analyses spectroscopiques...

Les résultats de ces analyses permettent de définir les axes de progrès, qui aboutissent à l'instauration du SME. Il comprend des consignes et des procédures, mais aussi une veille réglementaire (interne ou externe) pour s'assurer d'être alerté quand de nouvelles réglementations sont appliquées. Sans oublier la mise en place de la documentation qui décrit le SME, avec les tâches à mener (et par qui), les formulaires à remplir, etc.

3-RÉALISER DES AUDITS RÉGULIERS

A chaque étape, il est possible de pratiquer des audits (avec des auditeurs extérieurs ou des membres du personnel) pour s'assurer que tout est conforme aux objectifs et éventuellement mettre en place des mesures correctives. L'entreprise peut aussi se rassurer en pratiquant un audit à blanc pour préparer l'examen final pour l'obtention de la normalisation. En fin de parcours, le jour J, un organisme certificateur indépendant mène l'audit de certification. Les échecs sont rares. Il existe tout de même des cas de non-conformité majeure qui obligent les candidats à mener une action corrective dans un délai de trois mois avant de tenter à nouveau leur chance.

Une fois que l'entreprise a obtenu la certification, elle doit se soumettre à un audit de contrôle tous les ans. Véronique Roger-Bréard précise que « le premier peut être demandé après six mois afin de maintenir la motivation du personnel ». Outre les améliorations de l'environnement et de la qualité, la norme ISO 14001 engendre souvent davantage de productivité, grâce à une meilleure intégration du personnel dans la stratégie de l'entreprise.


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article extrait de L'Usine Nouvelle

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