Comment les restructurations de GM et Chrysler vont bouleverser leur gouvernance
Par Redaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Avoir un syndicat comme actionnaire de poids, voire majoritaire, placerait les deux constructeurs dans une situation inédite. Et l'UAW dans une position schizophrène. C'est pourtant ce vers quoi GM et Chrysler s'acheminent s'ils évitent le Chapitre 11.
Si la restructuration de GM se fait sous la protection du Chapitre 11, on peut dire adieu au groupe General Motors tel qu'on le connaît. Une partie des actifs sera vendue, les créanciers prioritaires (UAW, détenteurs d'obligations) seront - un peu - remboursés, et puis ce qui restera de l'empire aura tellement perdu de sa valeur que le nouvel actionnariat se partagera un château de paille. Idem pour Chrysler, qui n'a plus que quelques heures pour l'éviter.Mais si les deux constructeurs parviennent à s'accorder avec l'ensemble de leurs créanciers et partenaires, et que leur plan de redressement est accepté par l'administration Obama, ils se retrouveront dans une situation inédite : par le mécanisme de restructuration de la dette et en raison de la baisse dramatique de la valorisation des entreprises, les actionnaires en capital actuels vont perdre leur mise (c'est le cas pour Daimler et Cerberus dans Chrysler). Chez Chrysler, c'est le syndicat de l'automobile, l'UAW, qui pourrait se retrouver majoritaire. Chez GM, c'est l'Etat. Une nouvelle donne qui bouleverserait forcément la gouvernance des deux groupes !
La situation serait particulièrement singulière pour Chrysler. En effet, le gouvernement préside déjà à la destinée des constructeurs via la task force automobile. C'est aussi lui qui a permis de maintenir GM et Chrysler à flots ces derniers mois. Pour Max Blanchet, associé en charge du secteur automobile au sein du cabinet de conseil en stratégie Roland Berger, « que l'Etat soit actionnaire n'est pas forcément gênant. Dans la banque par exemple, on a vu des mouvements de nationalisation et de privatisation, sans conséquences négatives. »
En revanche, si l'UAW - encore très puissant bien qu'il ait fait d'énormes concessions ces dernières années - se retrouvait majoritaire au sein de Chrysler, ce serait une première en terme de gouvernance. « Leur position serait très ambiguë, explique Max Blanchet. Ils devraient faire remonter des dividendes pour financer les retraites par capitalisation, et pour cela augmenter les performances de l'entreprise... en restructurant. » Une position pour le moins schizophrène. De quoi se couper de la base ! Une scission entre l'activité de gestion du fonds de retraite et le syndicat en tant que tel serait alors envisageable.
Un UAW miné par les divergences d'intérêts pourrait également freiner la mise en œuvre du plan de redressement, ce même plan qui lui a permis de devenir majoritaire... Un vrai casse-tête. Nénmoins, Max Blanchet tempère : « Je n'imagine pas que l'UAW aurait un rôle d'actionnaire actif dans les conseils d'administration. Mais il aura tout de même des droits de vote, et pourra donc influencer les décisions de l'enteprise. » Comme par exemple modérer la rémunération des grands patrons. De là à voir le nouveau Chrysler comme un futur modèle d'autogestion, il ne faut pas exagérer.
Reste que si l'UAW récupère la majorité du capital, il faudra bien que Fiat fasse avec. Au moins trois ou quatre ans. « L'UAW ne pourrait pas revendre immédiatement car ces parts ne valent plus rien. » Il faudrait donc attendre que l'entreprise revienne dans le vert pour trouver preneur. Ce qui prendra quelques années.
Raphaële Karayan

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