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COMMENT LA FRANCE A TUÉ LE NUCLÉAIRE DE SIEMENS

Par LUDOVIC DUPIN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3255

En engageant à fond Siemens dans le « projet énergétique du siècle » en Allemagne, Peter Löscher permet au groupe qu'il préside de sortir du nucléaire par la grande porte. À l'écouter, la décision de Siemens « remonte à 2001 ». En réalité, le début de la fin a commencé au lendemain de l'accident de Tchernobyl en 1986. À cette époque, il est question de développer un haut standard franco-allemand de sûreté nucléaire. Ce projet est porté par l'un des pères du nucléaire tricolore, Jean-Claude Lény, le patron historique de Framatome.

Cette volonté prend forme en 1996 avec la création de Nuclear Power International (NPI), une filiale commune à 50-50 de Framatome et de Siemens. C'est de cette aventure que naîtra l'EPR. En 2001, NPI est réintégré dans les deux maisons mères et Siemens prend 34 % du capital de Framatome. En parallèle, Alcatel, actionnaire majoritaire de Framatome, vend ses parts à l'État. Le gouvernement décide alors de fusionner la Cogema et Framatome pour donner naissance à Areva. Dans cette construction, Siemens détient 34 % d'Areva NP et se retrouve associé minoritaire d'une filiale d'un groupe avec lequel il n'a jamais négocié. Siemens exprime légitimement sa volonté de monter au capital d'Areva à hauteur de 20 % mais se heurte à un mur. D'abord, l'État tergiverse à ouvrir le capital. Et Anne Lauvergeon, la patronne d'Areva, et Patrick Kron, le patron d'Alstom qui lorgnait le groupe dirigé par sa rivale, sont en guerre ouverte. Personne en France ne voit monter l'impatience de Siemens relégué au second plan.

Finalement, en janvier 2009, l'allemand annonce qu'il se retire d'Areva NP... et y laisse l'essentiel de ses compétences en ingénierie nucléaire. La plupart des ingénieurs désirent rester chez Areva. Pour autant, Siemens ne renonce pas encore à l'atome. « Nous souhaitons y conserver notre place, voire nous engager davantage sur ce marché qui connaîtra, d'ici à 2020, plus de 400 constructions de centrales », déclare alors Wolfgang Dehen, l'ancien patron de Siemens Energy. L'allemand se jette dans les bras du russe Rosatom, ce qui lui vaut de payer une amende de 648 millions d'euros à Areva.

Puis survient l'accident de Fukushima en mars 2011. Le gouvernement allemand renonce au nucléaire et prive Siemens d'un marché intérieur. C'en est trop pour le conglomérat qui annonce alors son retrait en ce mois de septembre. « Fukushima est une bonne occasion pour quitter le nucléaire, mais n'en est pas la raison », résume sobrement un membre du directoire de Siemens. Les hommes faisaient défaut, depuis dix ans déjà...

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