Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Comment inciter ses salariés à la solidarité

Publié le

Dons, mécénat ou bénévolat de compétence, les modalités d’engagement citoyen au sein de l’entreprise ne manquent pas.

Comment inciter ses salariés à la solidarité
L’Oréal organise chaque année un Citizen Day. L’occasion pour ses collaborateurs de mener des actions de solidarité en faveur de la jeunesse, de l’environnement…

Patrons de PME, directeurs des ressources humaines, méditez cet adage : un salarié solidaire est un salarié plus heureux (et sans doute plus productif) ! « Sa fierté est multipliée par deux ! », indique Charlotte Dekoker, la déléguée générale de l’association Admical, qui développe le mécénat d’entreprise. L’entreprise socialement engagée y gagne aussi. « Quand une grande société de conseil explique aux candidats à l’embauche qu’ils pourront s’investir un certain nombre d’heures au service d’associations, cela renforce son attractivité », note Émilie Jautzy, la responsable communication partenariats de l’association Électriciens sans frontières. Les jeunes salariés semblent toutefois plus motivés que leurs aînés. Voici quelques règles pour impliquer tous vos collaborateurs dans cet élan solidaire.

1) Créez un cadre

L’implication du top management est essentielle. « L’impulsion est venue du comité de direction et de moi, raconte Emmanuel Vasseneix, le PDG de La Laiterie de Saint-Denis-de-l’Hôtel (LDSH), qui réalise 440?millions d’euros de chiffre d’affaires. Après s’être frotté au projet économique et social d’Antoine Riboud, chez Danone, il a organisé, chez LDSH, plusieurs opérations dans des hôpitaux en France, au Bénin et au Cambodge. « Si les salariés sentent que les dirigeants ne sont pas impliqués, cela ne marche pas. Il ne faut pas non plus que ce soit le “machin du patron”. Les collaborateurs doivent être acteurs, sinon on porte le projet à bout de bras et c’est épuisant », confie-t-il.

Premier conseil : ne soyez pas trop ambitieux et démarrez « petit ». « Le projet doit partir de l’entreprise, de ses métiers, de son histoire, de ses engagements, de l’implication des salariés, mais aussi de sa stratégie », insiste Yoann Kassi-Vivier, directeur général de Pro Bono Lab, qui met en relation entreprises et associations. La réflexion sur les actions solidaires peut aussi s’inscrire dans un chantier de responsabilité sociale et environnementale (RSE) plus vaste. « Dans notre dernier plan stratégique, nous avons défini plusieurs axes, dont celui de la communauté, détaille Virginie Corbeaux, la responsable marketing et communication de C’Pro, un fournisseur de services d’impression informatique, qui emploie 350 personnes en Rhône-Alpes, pour 80?millions d’euros de chiffre d’affaires. Nous nous sommes centrés sur l’éducation et l’employabilité. Nous avons constitué un groupe de cinq salariés volontaires, qui se réunit une fois par mois au téléphone et une fois par trimestre physiquement. »

2) Partez des valeurs de l’entreprise

Pour que l’action soit visible, privilégiez une ou deux thématiques fortes, représentant les valeurs de l’entreprise. « La difficulté dans un grand groupe, c’est d’embarquer les salariés. Certains ne connaissent pas encore notre fondation. Nous avons décidé d’être plus lisibles et de faire de l’éducation et du numérique nos axes principaux », commente Brigitte Audy, la directrice déléguée au mécénat et à la solidarité et secrétaire générale de la Fondation Orange. Thales, qui a créé sa fondation en 2013, a choisi de se focaliser sur l’innovation technologique au service de l’éducation et des situations d’urgence.

Si la démarche est très « top-down » au départ, il faut gagner l’adhésion des collaborateurs. Testez l’idée, trouvez des ambassadeurs et impliquez tous les niveaux hiérarchiques et services de l’entreprise. Faites un essai avec une initiative au profit d’une association, le temps d’une journée de travail. Ensuite, recueillez les idées de vos salariés. « Quand nous avons décidé de donner 150 ordinateurs à des associations, explique Virginie Corbeaux, nous avons demandé aux salariés de nous soumettre des noms d’associations. » Chez LDSH, « quand un salarié vient nous voir avec une idée, nous lui demandons s’il est partant pour piloter le projet », explique Emmanuel Vasseneix.

3) Proposez un panel d’actions

L’entreprise mobilise d’autant plus facilement ses salariés qu’elle propose un panel d’actions de solidarité. Il existe trois grands types d’engagement. Le don financier, qui peut être abondé par l’entreprise : arrondi sur salaire, épargne salariale, collecte de fonds, don de RTT. « Si la sollicitation financière est assez décomplexée chez les Anglo-Saxons, elle peut être perçue comme intrusive par les Français », avertit Katia Marembert, la responsable expertise mécenat et partenariats solidaires de l’association IMS-Entreprendre pour la Cité. « Nous ne faisons pas de collecte d’argent. Ça serait le bout du monde si nous arrivions à réunir 2 500?euros », indique Virginie Corbeaux de C’Pro. En revanche, la PME organise des dons en nature (vêtements, jouets, don du sang). C’est le deuxième type d’action. Les salariés peuvent organiser un don ou un prêt de la production de l’entreprise.

La troisième forme d’engagement est la plus aboutie. Il s’agit du don de compétence du salarié, qui se traduit sous la forme de mécénat, pris sur le temps de travail, ou de bénévolat, hors temps de travail. Cette pratique connaît un fort développement. Chaque année, L’Oréal mobilise ses salariés autour d’un Citizen Day. En 2014, pour sa cinquième édition, l’événement a mobilisé quelque 24 000 des 77 000 collaborateurs du groupe. Ils ont participé, sur leur temps de travail, à une action d’une journée auprès de 420 associations. La plate-forme internet dédiée à cette manifestation recense les différentes associations et les engagements des salariés, pendant et en dehors de leur temps de travail. Orange a fait le choix de réserver le mécénat de compétence aux seniors en fin de carrière. Un accord d’entreprise a été signé en ce sens : 12 000 personnes travaillent actuellement à temps partiel pour le compte de diverses associations sur le thème de la solidarité numérique.

Les salariés ont la possibilité de participer en dehors de leur temps de travail à des opérations de générosité. Le mécénat de compétence peut, dans certains cas, prendre la forme d’un congé solidaire consacré à une mission inscrite dans le cadre d’un projet humanitaire. Mission à laquelle l’entreprise participe financièrement ou matériellement.

4) Déjouez les résistances

Une démarche comme le mécénat de compétence peut générer des résistances dans le middle-management, réticent à lâcher un salarié sur son temps de travail, ou dans le service RH. Faites ressortir les bénéfices managériaux à retirer de ce type d’opérations. Un grand constructeur automobile, souhaitant consolider la cohésion d’une génération de cadres à haut potentiel, leur a, par exemple, proposé de travailler deux jours pour une association, afin de l’aider à élaborer son business plan. Parfois, l’initiative vient des salariés eux-mêmes. « Certains s’engagent dans les Citizen Days et en profitent pour rencontrer du monde. Cela fait partie de la culture du mélange que nous encourageons », souligne Andrea Cabrera, la directrice communication de L’Oréal. « Les démarches de solidarité servent le développement de l’entreprise, estime Emmanuel Vasseneix. La présidente de l’association Dessine-moi un sourire, créée par des salariés, travaille au service achats. Elle a acquis de la maturité et de l’expérience dans la gestion de projet et cela a clairement un impact positif pour nous. »

5) Communiquez, évaluez, valorisez

Newsletter, happening, carte de vœux, site internet, rapport RSE… Tous les moyens sont bons pour impliquer les collaborateurs et les informer de l’avancée des projets. La communication, nerf de la guerre, est chronophage. N’hésitez pas à faire venir les associations bénéficiaires dans votre entreprise pour des temps d’échange. Attention à valoriser l’action des salariés sans donner l’impression de les utiliser à des fins marketing. La frontière est ténue. Notamment quand vous communiquez vers l’extérieur. « Il faut faire attention à ne pas se bâtir une culture d’entreprise sur ce type de projets, ça peut faire des dégâts, remarque Virginie Corbeaux de C’Pro. Aujourd’hui, nous sommes assez à l’aise sur le fait que c’est un axe stratégique. »

N’oubliez pas la phase d’évaluation. Interrogez vos salariés après les opérations menées : quel est leur niveau de satisfaction, quel sens en ont-ils retiré, quelles compétences et quels réseaux ont-ils développés, veulent-ils parler de l’action autour d’eux ?…Ces sondages peuvent s’accompagner d’entretiens plus qualitatifs avec le salarié et l’association aidée. « Nous faisons remplir des questionnaires de satisfaction, explique Andrea Cabrera. Nos salariés nous demandent davantage d’engagement, ils veulent connaître la puissance de ce qu’ils font. Au fil des ans, ils gagnent en solidarité. Ils veulent de plus en plus être au contact des bénéficiaires des actions et sentir qu’ils font du bien. »

Enfin, si votre entreprise s’engage et abonde les pratiques ou les conduites vertueuses, cet aspect peut être abordé lors d’un entretien individuel. C’est le cas chez le fabricant de jus de fruits Innocent. « La générosité est l’une des cinq valeurs du groupe, explique Nicolas Marotte, le directeur général de la filiale française. Lors des entretiens d’embauche, nous nous assurons que les candidats sont en phase avec cette valeur et ont accompli des choses en ce sens. Lors des deux entretiens annuels, nous regardons comment les salariés ont fait vivre cette valeur à côté des quatre autres. » 

Les entreprises moins généreuses


Selon une enquête Admical-CSA, le mécénat des entreprises de 20 salariés et plus a baissé entre 2012 et 2014, le budget alloué passant de 1,9 à 1,8 milliard d’euros. Seules 12 % des entreprises françaises sont mécènes, avec des proportions qui varient selon la taille : 11 % des TME, contre 14 % des PME et 28 % des ETI et grands groupes. Dans leurs champs d’intervention, les entreprises privilégient le social (38 % des budgets) devant la santé (16 %), la culture et le patrimoine (13 %), la recherche (12 %). Le mécénat financier représente 86 % des budgets, contre 10 % pour le mécénat en nature et seulement 4 % pour le mécénat de compétence.

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus