COMMENT ILS RÉINVENTENT L'INDUSTRIE
Par PROPOS RECUEILLIS PAR LA RÉDACTION - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3259Lors des Assises de l'industrie, des décideurs ont fait également part de leurs idées pour redynamiser le secteur. Morceaux choisis.
Réunis à l'initiative de « L'Usine Nouvelle », grands et petits patrons de l'industrie, responsables de fédérations, financeurs publics, syndicaliste ou ministre ont fait des propositions pour réinventer l'industrie. Tous se félicitent que la thématique industrielle ait retrouvé une place de choix dans le débat public. Certains d'entre eux ont mis en oeuvre des solutions créatives au sein de leurs entreprises. D'autres nous font partager leurs convictions acquises sur le terrain. La pioche aux bonnes idées est ouverte.
ÉRIC BESSON, ministre de l'Industrie, de l'Énergie et de l'Économie numérique
« Orienter l'épargne vers le financement des PMI »
« Beaucoup a été fait pour l'industrie et il n'est pas question de suspendre les actions avant les élections de 2012. Nous allons lancer cette année, la transformation du livret de développement durable en livret de développement industriel durable pour orienter l'épargne des Français vers le financement des PMI. L'État veillera aussi à ce que les instituts de recherche technologique, créés dans le cadre des investissements d'avenir tiennent leurs engagements en matière d'externalité. Il faut rendre les industriels plus performants dans la mondialisation pas dans la démondialisation. »
FABRICE BRÉGIER, directeur général délégué d'Airbus
« Les grands groupes doivent être solidaires des PME »
« Dans l'aéronautique, nous sommes habitués à travailler en filière. Sur l'A320, nous sommes engagés avec nos partenaires sur 30 voire 40 ans. Comme nous n'avons parfois qu'un seul fournisseur, nous avons intérêt à aider nos partenaires à survivre. Les grands groupes ont un devoir de solidarité avec les PME. Nous leur passons des commandes, mais nous leur offrons aussi une vision. Chez Airbus, nous formons des apprentis qui rejoindront ensuite les PME, nous les incitons à se regrouper. Notre procédure d'achats est d'une lourdeur incroyable. Airbus est encore loin d'être parfait, mais nous essayons de faire mieux. »
DENIS KESSLER, PDG de Scor (réassurance)
« Apprendre à manager dans l'incertitude »
« Nous sommes entrés dans une économie de chocs : financiers, sur les matières premières, catastrophes naturelles... Des chocs dont les conséquences sont aggravées par l'interconnexion du monde. Un tsunami au Japon peut être à l'origine d'une rupture d'approvisionnement aux États-Unis. La gestion d'une entreprise est très différente quand les chocs s'amplifient. Nos écoles de management doivent créer des cours de gestion de l'incertitude. »
CHRISTEL BORIES, PDG de Constellium
« Il faut monter en gamme »
« En Allemagne, les entreprises réalisent un chiffre d'affaires par salarié supérieur de 30 % à celui des entreprises françaises. Cela leur permet de relativiser les problèmes de coût du travail. Nous devons vendre des produits avec plus de valeur ajoutée. Se positionner sur le haut de gamme en fait partie. Par exemple, nous n'avons aucun concurrent low cost sur le marché de la production des canettes de boissons, un produit plus complexe qu'il n'y paraît. Nous allons aussi de plus en plus vers les alliages plus sophistiqués. »
FRÉDÉRIC ABBAL, président de Schneider Electric France
« Nous nous sommes mis aux services »
« On peut créer de la croissance dans les pays matures. En France, nous sommes passés d'une entreprise spécialisée dans les produits de coupures de l'arc électrique à des spécialistes des services de la gestion de l'énergie. Nous avions les briques technologiques dans notre portefeuille, nous les avons associées. En cinq ans, la gestion de l'énergie dans notre activité est passée de 5 à 40 %. Et notre chiffre d'affaires en France a progressé de un à 1,8 milliard d'euros. Cela a supposé une transformation de notre organisation et de notre culture d'entreprise. »
JEAN-FRANÇOIS DEHECQ, vice-président de la Conférence nationale de l'industrie et président d'honneur de Sanofi
« Il faut motiver tout le corps social des entreprises »
« Avant de réinventer l'industrie, prenons garde à ne pas faire mourir les entreprises qui donnent du travail à des millions de Français. Mais il faut revoir la gouvernance des entreprises. Ce n'est pas théorique : une entreprise qui a un corps social motivé et volontaire peut gagner un ou deux points de croissance. Un gars qui court avec le sourire va toujours plus loin qu'un gars qui reste assis. C'est fondamental. Moderniser le dialogue, ce n'est pas faire de grandes réunions où l'on ne dit rien. C'est indiquer une direction claire qui suscite l'envie des salariés de donner le meilleur d'eux-mêmes. Après, il faut les récompenser justement. »
GILDO PALLANCA PASTOR, PDG de Venturi Automobiles
« Il faut mieux valoriser les entreprises innovantes »
« En France, il y a de très bonnes compétences. C'est un pays innovant, où une technologie de bon niveau est à disposition. Et son design est extrêmement valorisé dans le monde. En revanche, son défaut majeur, c'est la faible valorisation des entreprises innovantes, alors qu'elles peuvent valoir des millions aux États-Unis. Il est très difficile de lever des fonds dans votre pays. »
JOSU UGARTE, directeur des opérations internationales du groupe Mondragon
« La performance passe par l'internationalisation »
« Dans une étude menée sur l'ensemble des sociétés constituant la coopérative Mondragon, nous avons constaté que les 36 PME de notre groupe ayant des implantations hors d'Espagne ont toutes créé de l'emploi localement et ont fait six fois plus d'exportation. À l'inverse, les 32 sociétés restées uniquement en Espagne ont perdu 30 % de leur effectif. Donc pour nous, la mondialisation est une évidence. Nous avons d'ailleurs 77 usines à l'étranger. »
FRANÇOIS SALAMON, directeur général de Senoble
« Innover avec de vieilles recettes »
« Si on ne crée pas de l'innovation, on n'a pas les moyens de se différencier. La discussion ne porte alors plus que sur le prix. Et là, ça finit mal ! On peut innover avec des produits anciens, il n'y a pas que des innovations de rupture. Par exemple, les personnes de ma génération se souviennent toutes du riz au lait. Nous n'en faisions plus parce qu'avant, le riz au lait industriel n'était pas bon. En améliorant nos process, nous avons réussi à faire du riz au lait industriel très bon. Et il a énormément de succès. »
STÉPHANE RICHARD, PDG de France Télécom Orange
« Les règles européennes peuvent aussi être des avantages concurrentiels »
« Même si nous exerçons un métier de services, beaucoup de spécificités nous rapprochent du monde industriel : l'échelle de nos activités, l'importance de la recherche et du développement, les investissements de long terme et la standardisation. L'Europe nous impose en effet des règles que ne subissent pas nos concurrents extra-européens. D'un frein, il faut maintenant que nous fassions une force, en mettant en avant, par exemple, notre capacité à gérer le droit à l'oubli. C'est l'un des dangers du cloud. Le jour où vous aurez mis toutes vos données personnelles dans un nuage, si ce n'est pas celui d'un opérateur, il sera compliqué d'en sortir. »

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