Lorsque les marchés économiques sont malades, l’accès au financement n’est pas facile. Pour acquérir International Power, une opération finalisée le 29 juin dernier, le groupe GDF Suez a du faire preuve de créativité.
Chez un énergéticien comme GDF Suez, quand la discussion arrive sur le terrain de l’innovation, on est habitué à entendre les thèmes de la production d’hydrocarbure, de la biométhanisation, de l’optimisation des centrales combinées gaz ou encore du gaz naturel liquéfié… Là, plus étonnement, on finit par vous parler de finances ! "En période de crise économique, la créativité financière est indispensable pour rendre puissante l’industrie", s’exclame Isabelle Kocher, la directrice générale adjointe en charge des finances.
Gérard Mestrallet, le PDG de GDF Suez, confirme et n’hésite pas à citer en exemple l’acquisition de l’énergéticien britannique International Power (IP), initiée en 2011 et finalisée ce vendredi 29 juin. "C’est une opération sans cash", sourit le patron de GDF Suez. Elle est d’autant plus intéressante qu’en théorie, GDF Suez n’aurait jamais eu les moyens d’acquérir IP sans bafouer son engagement de garder un endettement inférieur à 2,5 fois son résultat brut d’exploitation.
Une opération impossible par une OPA classique
Concrètement, en lançant une offre en cash, d’autres sociétés seraient venues surenchérir. L’acquisition de 70 % d’IP, réalisée lors de la première phase de l’opération, aurait coûté entre 20 et 30 milliards d’euros à GDF Suez. Ici, cette participation a été acquise par transfert d’actifs et par l’engagement de GDF Suez à couvrir les besoins d’investissements de l’entreprise britannique. Le groupe français a tout de même versé un dividende exceptionnel de 1,7 milliard d’euros aux actionnaires d’IP, "un coup de pouce d’une valeur négligeable à l’échelle de l’opération", tempère Isabelle Kocher.
Au final, cette innovation financière a permis à GDF Suez d’acquérir une société dont la capitalisation est aujourd’hui équivalente à la sienne (environ 40 milliards d’euros). Une opération qui aurait était impossible par une OPA classique sur International Power, un énergéticien qui aurait attiré les convoitises des concurrents de par son importante présence sur les marchés à forte croissance.
Le groupe français essaie aussi d’apporter une innovation dans le financement de projets et dans l’utilisation des marchés obligataires. Dans ce dernier cas, à titre d’exemple, rappelons-nous qu’en mars 2011, GDF Suez a levé 300 millions d’euros d’obligation sur une période de… 100 ans ! Le plus long placement réalisé par une entreprise à ce jour. "C’est une façon de tester la confiance des marchés", explique Isabelle Kocher. Elle précise d’ailleurs que la dette de GDF Suez s’étend sur 11,2 ans, l’une des plus longues durées du marché. Paradoxalement, son coût moyen n’est que de 4,5 % contre 4,8 % en moyenne.









