Comment est contrôlée la distribution d'électricité en France

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Les dizaines de milliers de mégawatts qui traversent la France en permanence sont pilotés depuis la rotonde de RTE, le gestionnaire du réseau français de la haute-tension. L'Usine Nouvelle a pu pénétrer dans ce centre de contrôle très particulier.

Ce bâtiment moderne situé à Saint-Denis, au nord de Paris, héberge le Centre national d’exploitation du système électrique (CNES) de RTE. Dès l’entrée, un afficheur donne le ton : 51 525 MW, c’est la consommation électrique instantanée de la France, ce mercredi 20 juin, à 16h50. De l’autre côté, un quatrième sas de sécurité ouvre sur le saint des saints du CNES : la salle de dispatching, véritable aiguillage des flux d’électricité.

Un panneau synoptique de quelques quatre mètres sur quatre trône sur le mur principal. Sur un fond noir se détache un entrelacs de lignes blanches : l’état de fonctionnement en temps réel des quelques 25 000 kilomètres de lignes à très haute tension (400 000 kilovolts) qui maillent le territoire français. Pour veiller sur ces autoroutes de l’énergie, des équipes de six personnes se relaient 24h/24 et 365 jours par an. Leur mission : maintenir à chaque instant l’équilibre entre production et consommation d’électricité. Un équilibre indispensable sous peine d’effondrement du réseau et de black-out.

Sur la gauche, un deuxième panneau montre l’état de la production. Région par région, centrale par centrale, la puissance produite est affichée. Les valeurs sont rafraichies toutes les 10 secondes. Le réacteur n°1 de Penly injecte 1300 MW, le n°2, 0 MW. Au Bugey, 3 réacteurs sur 4 fournissent plus de 850 MW. Un cadre affiche la puissance éolienne instantanée - 374 MW – et le compare aux 6813 MW de capacité installés : seulement 5% ! Le vent n’est pas au rendez-vous.

A droite, c’est la consommation. Sur un troisième panneau figurent les soutirages d’électricité aux principaux postes de transformations, ainsi que les échanges avec les pays voisins. En cette journée ni froide ni chaude, la France est fortement exportatrice : 4121 MW alimentent le reste de l’Europe. Une carte superpose le réseau haute-tension et… les orages. De petits points blancs marquent les impacts de foudre, première cause d’incidents sur les lignes.

Pas de risque pour l’instant, c’est la Suisse qui est touchée. "En hiver, raconte Olivier Arrivé, le directeur délégué du dispatching national de RTE, c’est plutôt une carte des tensions en Bretagne qui est affichée." La zone est en effet une péninsule électrique : les deux seules lignes haute tension qui l’alimentent souffrent, lorsque les convecteurs électriques sont poussés au maximum.

Face à ces panneaux, les six aiguilleurs de la haute tension, les "dispatchers", évoluent parmi deux douzaines d’écrans d’ordinateurs. Une équipe de trois personnes est dédiée à l’équilibre offre-demande.

La consommation d’électricité s’annonce légèrement supérieure aux prévisions effectuées la veille par RTE ? Il faut plus de production. RTE dispose de réserves sur un marché dédié : le mécanisme d’ajustement, où traders et fournisseurs déposent leurs offres. Un dispatcheur sélectionne la plus méritante sur les critères économique et technique, puis décroche son téléphone pour appeler le fournisseur. Pas très high-tech le téléphone ? "Cela permet au dispatcheur d’avoir un retour immédiat et de vérifier que son ordre est bien exécutable", répond Olivier Arrivé.

De l’autre côté de la salle, un ingénieur réseau fait des simulations de défaillance. "Le rôle fondamental du dispatching national est d’éviter qu’un incident arrive en anticipant systématiquement d’éventuels aléas et en leur trouvant des parades", résume Olivier Arrivé. Ici, la règle du N-1 domine : "La défaillance d’un équipement majeur, comme une ligne ou un poste de transformation, ne doit avoir aucun impact." Certaines zones critiques demandent même d’être à l’épreuve de plusieurs défaillances.

L’autre partie du métier, c’est de savoir remettre en marche le système électrique après un black-out. Là, les dispatchers ne peuvent pas compter sur l’expérience - et c’est heureux ! - pour développer leur savoir-faire. Ils vont faire leurs gammes sur des simulations à Lyon.

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