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Comment aborder 2012 ? Des industriels témoignent

Par Morgane Remy - Publié le
Production industrielle - Usine de montage
© Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

L’année 2012 est arrivée, et avec elle son lot d'incertitudes économiques entretenues par une ambiance morose. Face à une conjoncture difficile, les patrons de petites et moyennes entreprises (PMI) et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) industrielles ont chacun leur façon de faire. L'Usine Nouvelle en a interrogé quelques-uns.

Jérôme Siat, PDG du groupe Alphitan-Omega, société de maintenance de systèmes électriques et électroniques
Prévisions - Nous avons eu une bonne année 2011 mais nous avons que peu de visibilité pour 2012. Nous avons toujours l’indicateur de confiance  du Groupement des entreprises de service et maintenance de matériel électrique. Cela permet de prendre un peu la température du secteur, de voir les tendances en termes d’embauche et d’investissement. Mais cet outil reste une visibilité endogène à la profession et notre boulot est de faire des opérations de manutention et de retrofit (changement de moteur pour redonner une seconde vie à la machine outil, Ndlr) qui se tourne vers tous les industriels. Nous sommes très liés aux cycles d’investissements des entreprises mais notre solution de maintenance permet aussi de repousser le rachat de machines. Sauf si les lignes de production s’arrêtent comme en 2008, nous devrions avoir du travail.

Stratégie - Après avoir réduit tous les coûts internes superflus, il y a deux façons de faire face à une conjoncture incertaine. La première consiste à faire le sous-marinier : on se cache sous la surface avec le périscope qui sort de l’eau pour observer ce qui se passe. On gèle alors embauches et investissement. Nous choisissons l’offensif : nous occupons le terrain pour être présent quand la balle arrivera. Nous nous plaçons actuellement sur le haut de gamme : la réparation de la motorisation moyenne et haute tension. Nous nous positionnons aussi sur le cerveau-moteur, un moteur piloté par de l’électronique. Nous avons aussi une politique de gestion des risques. L’année dernière, nous avons décidés de ne pas rester les deux pieds dans le même sabot mais d’en garder un en France et en mettre un en Allemagne. Nous avons observé que les marchés ne vont pas à la même vitesse. Comme ils ne suivent pas le même cycle, cela évite de voir nos commandes chuter dramatiquement.

Pierre Ygouf, P.D-G d’Averia, société de transformation de verre plat
Prévisions - 2012 sera une année compliquée. Au moins sur le premier trimestre. Après, il est difficile d’avoir une visibilité. Nous produisons des verres plats, utilisés dans la construction. Ce secteur est corrélé directement à la conjoncture. Pour le moment, nous enregistrons des commandes faibles au jour le jour. Nos clients fonctionnent en flux tendus. La revalorisation de la TVA réduite joue également en notre défaveur.

Stratégie - Nous faisons le dos rond. Nos ambitions sont revues à la baisse. Le but est de baisser le point mort. Nous réduisons toutes les coûts qui ne sont pas nécessaires à la survie de l’entreprise. Les activités en support comme le marketing sont rognées. Nous cherchons à être prudents et à baisser les charges fixes afin de pouvoir s’adapter à un volume moindre et palier à une baisse de l’activité. 

Xavier Jean, P.D-G de AZTEC SAS, constructeur de dameuses pour les pistes de ski
Prévisions - Nous sommes une jeune société de 2 ans et demi et nous nous disons que nous ne pouvons que progresser. L’avantage d’être tout petit est que l’on peut faire mieux. De plus, avec ce qui se passe dans les pays arabes, les Français préféreront rester skier dans l’Hexagone ou ne Europe. La neige est tombée. Cela devrait être une bonne saison dans les stations. Nous sommes une industrie un peu particulière. Quoiqu’il en soit, nous étions prudents dans notre business plan mais nous l’avons tout de même revu à la baisse de 15 à 13 machines produites en 2012.

Stratégie - Pour 2012, l’important est de tenir budgétairement. Nous avons réduit notre production pour cela. Nous ne pouvons pas nous permettre de rester avec 2 ou 3 machines sur les bras dans un marché européen qui achète environ 500 machines par an, et dominé par l’Allemand Kässbohrer et l’italien Prinoth. Mais si nous continuons, sur le moyen terme, la conjoncture sera en notre faveur. Les deux leaders offrent des véhicules flamboyant, luxueux à l’intérieur et rutilant à l’extérieur. Mais ils coûtent très chers en maintenance. Le prix de la machine double sur sa durée de vie. Nous offrons des dameuses plus rustiques mais tout aussi performantes pour un coût moindre. Notre offre a plus de chance de fonctionner quand les stations et les communes font attention à ce qu’elles dépensent.

Yves Roche, P.D-G de Recyclex, groupe européen de valorisation du zinc, du plomb et des métaux spéciaux
Prévisions - Le climat sera particulier à 2012. Mais, pour le moment, si je compare à 2008 où la chute des commandes a été drastique, la crise est beaucoup moins brutale. En 2008, nous arrêtions nos usines par manque de matières premières. Aujourd’hui, nous observons tout juste un ralentissement. L’activité Zinc de recyclage des batteries électriques se maintient. Notre activité de production de plomb a baissé de 20 % entre septembre et novembre. Mais cette baisse est relative. Tout d’abord parce qu’après 2008, la baisse a été de 50% et surtout parce que dès le mois de décembre, l’activité repartait. Même en période de conjoncture tendue, on a besoin de changer sa batterie. Nous commençons l’année sereins, en restant vigilant.

Stratégie - Nous envisageons de céder notre branche métaux spéciaux (6% des l'activité, contre 90% pour la branche Zinc et plomb). le but est de nous recentrer sur notre cœur de métier. Il ne s’agit pas de se préparer à la crise mais plutôt de devenir leader européen. Nous sommes troisième en Europe et l’argent dégagé par la cession permettra de mener plus d’investissements pour améliorer notre productivité. Nous avons déjà un investissement prévu afin de valoriser davantage de matière dans les produits que nous recyclons. Pour le moment, notre marché plomb est tourné vers l’Europe mais le recyclage en lingot est réalisé dans une usine au nord de l’Allemagne, à proximité de la mer. Nous pouvons donc à tout instant exporter vers les pays BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Mais l’Europe reste notre clientèle majoritaire.

Hassan Triqui, P.D-G de Secure-IC SAS, société en nanotechnologie
Prévisions - 2012 se présente bien. Notre carnet de commande est rempli jusqu’à juillet. Nous avons la chance d’avoir une empreinte plus internationale. Ce qui me soucie, c’est plus 2013. Nous avons des objectifs ambitieux et il faut continuer à remplir mon carnet de commandes pour convaincre les grands industriels d'avoir recours à ma start-up. Or, j’ai déjà senti un léger frémissement. Sinon, 2012 est une année où l’on parle beaucoup de "Made in France" et réindustrialisation. Je trouverai intéressant si l’on pouvait déplacer un peu le curseur à l’échelle de l’Europe. On gagnerait plus à créer de la valeur européenne.

Stratégie - Je préfère ne pas prendre de risque. J'attends de valider une affaire avant de m’engager. Je préfère ne pas anticiper une commande au risque de jouer sur les délais. Maintenant, je vais continuer à embaucher et maintenir mon investissement en matériel et en ressources humaines, surtout dans la recherche et développement. C’est en période de crise qu’il faut investir pour être présent lors de la reprise et c’est encore plus vrai pour une start-up. Et il faut investir dans l’innovation technologique mais aussi dans le marketing. Nous investirons deux fois plus de salon d'exposition en 2012 que cette année.

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