Cohérence
Le 03 mars 2010 | L'Usine Nouvelle n° 3182
Les relations entre sous-traitants et donneurs d’ordres – une forme moderne de la lutte des classes – devraient occuper une bonne partie du discours présidentiel.
Le chef de l’Etat devait dévoiler, ce jeudi, la nouvelle politique industrielle de la France. Son propos, nous dit-on, est ambitieux et cohérent. Les entrepreneurs et leurs salariés attendaient ce discours depuis six mois. C’est en effet en septembre 2009 que Nicolas Sarkozy a demandé à son ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, d’orchestrer des états généraux qui ont mobilisé, à travers le pays, des milliers de dirigeants d’entreprises et de fédérations, de syndicalistes et de représentants de l’Etat. Cette large consultation, que « L’Usine Nouvelle » a suivie et même nourrie avec passion, a débouché sur près de 800 propositions. Pour tous ceux qui ont contribué à les formuler, l’heure de vérité approche.
Le chef de l’Etat devrait arrêter une série de mesures « budgétaires » (qui coûtent à l’Etat), notamment pour favoriser l’innovation et l’économie verte et orienter l’épargne vers l’industrie. Un milliard d’euros ont d’ailleurs été mis de côté dans le cadre du grand emprunt. Il annoncera d’autres mesures «non budgétaires», comme la réorganisation des filières, sur le modèle de la plate-forme automobile. Mise en place au début de 2009, elle prévoit échanges d’expériences et d’informations, mais aussi collaborations entre constructeurs, équipementiers, fondeurs, emboutisseurs, plasturgistes...
Plus généralement, les relations entre sous-traitants et donneurs d’ordres –une forme moderne de la lutte des classes– devraient occuper une bonne partie du discours présidentiel. Sans doute Nicolas Sarkozy réserve-t-il aussi quelques surprises. En tout cas, cela faisait bien longtemps que l’Etat n’osait plus affirmer de véritable ambition pour l’industrie. Qu’il est loin, le temps du Général ! En une poignée d’années, combien de grands desseins, plus ou moins couronnés de succès... 1966: le plan calcul (un désastre). 1967: les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (une réussite). 1969: le premier vol de Concorde (succès technologique, échec industriel). La même année: le projet TGV (un succès). Un an plus tard, Airbus (encore une réussite). Sans oublier le judicieux programme nucléaire civil, mis en route dès le choc pétrolier de 1973.
Du gouvernement de 2010, il ne faut pas attendre un tel volontarisme. La planification d’Etat n’a plus cours et les caisses sont vides. Mais si seulement la nouvelle politique industrielle de Nicolas Sarkozy se révèle, comme promis, «ambitieuse» et «cohérente», ce sera déjà un soulagement. Ces derniers temps, ce ne sont pas les deux adjectifs qui venaient les premiers à l’esprit. D’un côté, Renault cloué au pilori parce qu’il envisage de produire sa Clio en Turquie. De l’autre, un sous-traitant à l’agonie, Heuliez, que le gouvernement tente de sauver grâce à un entrepreneur turc.
Comprenne qui pourra… Les tentatives de sauvetage d’Heuliez constituent même un triste cas d’école (lire notre enquête). Les investisseurs fantômes se sont succédé. Les salariés ont été bernés. Les projets d’avenir, dans l’électrique, ont été surévalués. La campagne électorale s’en est mêlée. Le plus compliqué, finalement, en matière de politique industrielle, reste la cohérence.
Laurent Guez

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