Climat : s'entendre entre pays industrialisés avant Copenhague
Le 25 mai 2009 par Rédaction L'Usine Nouvelle
Pour pouvoir négocier avec les pays émergents, il faut que les pays industrialisés fassent bloc, a souligné Jean-Louis Borloo en marge du Forum des économies majeures sur l'énergie et le climat organisé à Paris.
"Le discours que nous tenons aux Indiens et aux Chinois est le suivant : nous garantissons que nous, pays industrialisés, parviendront à réduire entre 25% et 40% nos émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020, comparé à 1990" a souligné le ministre de l'Ecologie. Et pour cela, il va falloir faire avancer ceux qui freinent des quatre fers. Le Canada, le Japon et les Etats-Unis semblent à ce propos les moins pressés de bouger.
Forum des économies majeures
Le MEF constitue l'un des forums de discussions internationales devant préparer la conclusion en décembre à Copenhague d'un nouvel accord sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Ce traité remplacera le protocole de Kyoto, qui arrive à échéance en 2012.
Une première réunion préparatoire, il y a un mois à Washington, a consacré le retour des Etats-Unis dans la "diplomatie climat" après huit années d'obstruction sous la présidence Bush. Mais les engagements annoncés par les démocrates du Congrès (réduction de 17% des émissions de GES en 2020 par rapport à 2005) sont jugés insuffisants, en particulier par l'UE.
A six mois d'un sommet de Copenhague crucial sur le climat, le ministre français de l'Ecologie Jean-Louis Borloo a marqué la nécessité pour les pays industrialisés de passer d'une logique "où chacun explique ses contraintes", à celle "où se pose une question : sommes-nous solidairement responsables des objectifs à atteindre?", à la mi-journée du Forum des économies majeures sur l'énergie et le climat organisé à Paris. "C'est la position que l'Allemagne et la France défendent", a-t-il expliqué. "Il faut raisonner de bloc à bloc", a-t-il ajouté. L'Union européenne semble en ce sens relativement soudée. Reste à y intégrer les plus récalcitrants.
Quatre dossiers à l'ordre du jour
"Personne ne conteste l'urgence du problème", a-t-il souligné. Reste à voir comment l'Union européenne et les Etat-Unis peuvent accorder leurs violons, alors que derrière un discours vert très volontariste du président américain Barack Obama, le Congrès américain se fait l'écho des inquiétudes des industriels et ne s'engage que sur une réduction des gaz à effet de serre de 4 à 6% d'ici 2020, par rapport à 1990. Pour cela, Jean-Louis Borloo se fait le chantre de la souplesse. "Le Congrès américain peut ne pas s'engager sur des objectifs chiffrés mais faire de gros efforts sur d'autres sujets", a-t-il illustré. "Regardez comme on a fait avec la Pologne", commente-t-il : lors des négociations européennes qui avaient précédé le paquet Energie-climat, la Pologne ayant obtenu des dérogations du fait que son énergie dépendait quasiment entièrement du charbon. "A 27, tout le monde n'a pas fait les mêmes efforts", ajoute-t-il. "Il peut y avoir des engagements décalés de 2 ans, de 3 ans".
Apaiser les craintes. Soulignées par le ministre de l'environnement, les "contraintes circonstancielles" que font valoir les pays les plus récalcitrants : opinons publiques, financement... Pour rassurer les lobbies industriels, le ministre français préconise d'arriver à un accord transversal sur les secteurs de la productions électrique et de l'acier : "on ne peut pas faire passer une perte de compétitivité auprès de l'opinion publique", souligne-t-il. "Si l'on avait un accord sur l'industrie, cela changerait la donne pour les Etats-Unis".
C'est que Jean-Louis Borloo est en terrain connu : il revit les mêmes discussions que celles ayant précédé le Grenelle en France, et le paquet Energie-Climat en Europe. "On évoque des craintes sur la compétitivité, alors qu'en réalité, il s'agit d'un investissement. Ajourd'hui plus personne ne discute l'urgence écologique." L'enjeu des six mois à venir est donc bien là : " Il y a un moment où vous basculez du côté de la contrainte heureuse. Tant que vous n'avez pas basculé, vous êtes angoissé". On peut donc discuter des modes, des méthodes et du rythme, estime-t-il, mais l'objectif de réduction 25% à 40% des émissions est pour la France une gageure.
"La Chine est très engagée", a enfin souligné le ministre de l'Ecologie : face à cela, les pays industrialisés se doivent de ne pas faiblir.
Ana Lutzky
La capture du CO2 à l'agenda
Accord italo-américain. L'Italie et les Etats-Unis ont signé un accord de coopération technologique en matière de capture du dioxyde de carbone, en marge du G8 Energie de Rome, selon un communiqué diffusé dimanche par le ministère italien du Développement économique. Cet accord prévoit "l'échange d'expériences et de chercheurs entre les laboratoires et les universités" des deux pays en vue de coordonner des projets communs.
Alstom promet une solution commerciale pour 2015. "Nous nous fixons comme horizon de pouvoir proposer une solution commerciale à nos clients d'ici 2015", a affirmé Philippe Joubert, président de la branche énergie d'Alstom, lors d'une conférence de presse tenue à Copenhague. Participant à dix projets d'expérimentation dans le monde, Alstom multiplie déjà les expériences pilotes et revendique une place de leader sur le captage de CO2. Actuellement, trois de ces dix expérimentations ont démarré, aux Etats-Unis, en Allemagne et en Suède. Alstom est également acteur de l'expérimentation de Total à Lacq (Pyrénées-Atlantiques, sud-ouest de la France), qui doit démarrer à l'été. Le démarrage d'un autre démonstrateur, à échelle plus importante (30 mégawatts), est prévu à l'automne sur une centrale d'American Electric Power aux Etats-Unis. Peu disert, Alstom indique avoir investi "au moins quelques dizaines de millions d'euros". "Dans trois ou quatre ans, cela représentera le plus gros poste de R&D d'Alstom Power", a affirmé M. Joubert, sans plus de détails.
Les différentes techniques de captage de CO2
La postcombustion. Il s'agit de capturer le carbone après sa combustion, donc quand il est dilué dans les fumées. Ce procédé se fait au moyen de solvants chimiques, comme les amines ou l'ammoniaque, qui sont ensuite régénérés. Cette technologie avec des amines est déjà utilisée dans l'industrie gazière pour séparer le CO2 dans le gaz naturel, comme le fait Statoil sur sa plate-forme norvégienne Sleipner, où il enfouit aussi le CO2 sous la mer depuis 13 ans. Le captage par post-combustion peut s'intégrer aux centrales existantes, mais pénalise lourdement leur rentabilité énergétique.
L'oxycombustion. Cette technique consiste à brûler les combustibles avec de l'oxygène pur à la place de l'air. Cela permet d'obtenir des fumées très concentrées en CO2 qu'on peut alors séparer sous pression à moindre coût. L'oxycombustion nécessite des modifications importantes des chaudières et est donc particulièrement adaptée à une remise à niveau d'une installation existante ou pour de nouvelles installations.
La précombustion. L'objectif est de capturer le carbone avant la combustion, au moyen d'une oxydation partielle du combustible, qui produit un mélange d'hydrogène et de monoxyde de carbone. Après un traitement à l'eau, ce gaz de synthèse est converti en un mélange de CO2 et d'hydrogène, qui peut alors être utilisé pour produire de l'énergie sans émettre de CO2. Ce procédé est le seul ne pouvant pas être implanté sur des centrales déjà existantes.

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