Polytechnique sort grand gagnant de notre classement exclusif. Sa taille, ses moyens financiers et son environnement scientifique lui permettent de se démarquer de ses consœurs. Mais les autres écoles se mettent en ordre de bataille pour améliorer leur score.
Nouveauté cette année. En plus des traditionnels palmarès par critères, «L’Usine Nouvelle» publie un classement unique et exclusif des meilleures écoles d’ingénieurs françaises. Sans trop de surprise, Polytechnique, à Palaiseau (Essonne), se hisse sur la première marche du podium. Ses atouts: un budget ramené au nombre d’étudiants inégalé (près de 62 500 euros par élève), un salaire annuel moyen de sortie parmi les plus élevés (42 300 euros) et une dynamique de recherche souvent enviée. L’X profite notamment à plein de son positionnement au coeur du campus de Saclay, le projet de plateau scientifique mis en avant par le gouvernement, qui doit bénéficier d’un abondement de 1milliard d’euros dans le cadre du grand emprunt national.
Elle a su attirer autour d’elle des centres de R&D de grandes entreprises (Danone, Thales, etc.) et d’autres écoles d’ingénieurs. Notamment deux de ses établissements d’application, l’Ensta (Ecole nationale supérieure des techniques avancées) et l’Ensae (Ecole nationale de la statistique et de l’administration économique), qui devraient emménager à Palaiseau en 2012. Télécom ParisTech l’envisage également pour 2015. Seul point noir au tableau idyllique présenté par l’X, sa capacité à hisser les jeunes issus de milieux défavorisés vers l’élite. Son taux d’étudiants boursiers de l’Etat sur critères sociaux plafonne à 11%, parmi les plus bas. La concentration géographique sur le plateau de Saclay s’inscrit également dans une stratégie plus globale des écoles. La France compte en effet près de 200établissements délivrant le titre convoité. Un paysage morcelé qui nuit à leur lisibilité, notamment vu de l’étranger, mais aussi à la qualité de la formation.
Des regroupements avec des Écoles de Commerce
La Commission du titre d’ingénieur (CTI), le gendarme qui habilite les écoles à délivrer le diplôme, a tiré la sonnette d’alarme en fin d’année. Elle craint que l’environnement scientifique dans les petites écoles isolées ne soit pas suffisant pour former des élèves sensibilisés à la recherche. Même constat de la part de la Conférence des directeurs d’écoles françaises d’ingénieurs (Cdefi). Elle incite aux regroupements pour former des grands établissements technologiques. «Ces petites écoles ont certes un rôle à jouer dans les bassins de population où l’on ne pourrait pas avoir accès à une école d’ingénieurs, estime Alexandre Rigal, le directeur délégué de la Cdefi. Mais elles ont besoin d’être adossées à un établissement plus grand.» Un avis que 3IL, l’Institut d’ingénierie informatique de Limoges (Haute-Vienne), a suivi. Il doit signer sa convention de rattachement à l’université de Limoges à la fin du mois de mars. «Cela nous permet d’avoir une plus grande visibilité, explique Ali Mankar-Bennis, le directeur de l’école, qui diplôme 120 étudiants par an. De plus, pour nos activités de recherche, nous bénéficierons d’une structure mixte entre l’université et le CNRS.
La CTI, nous a recommandé de poursuivre dans cette voie-là.» Les regroupements se sont ainsi multipliés ces derniers mois. AgroSup Dijon est née du rapprochement de l’Enesad et de l’ENSBANA. L’Insa de Rouen et l’Ensicaen doivent fusionner pour former l’Insa Normandie d’ici à 2011. L’Institut polytechnique de Bordeaux a vu le jour début 2009, il regroupe quatre écoles: l’ENS Cognitique, l’ENSCBP, l’ENSTBB et l’établissement issu de la fusion de l’Enseirb et de Matmeca. Quelques établissements vont plus loin et opèrent des rapprochements avec leurs soeurs ennemies, les écoles de commerce. C’est notamment une stratégie affichée du réseau des Ecoles centrales. Centrale Paris a signé un partenariat avec l’Essec, Centrale Lyon avec l’EM Lyon, et Centrale Nantes avec Audencia et les Mines de Nantes. «La demande des entreprises les pousse à travailler ensemble, soutient Alexandre Rigal. Elles recherchent la double compétence.» Un moyen pour les écoles d’ingénieurs de se renforcer, mais aussi de proposer aux entreprises des profils toujours plus variés.
Arnaud Dumas
A voir aussi : le classement des écoles d'ingénieurs 2013
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