Citigroup veut céder 400 milliards de dollars d'actifs09/05/2008
PHILADELPHIE (Reuters) - Citigroup, la première banque américaine, annonce son intention de céder pour 400 milliards de dollars (258 milliards d'euros) d'actifs non stratégiques en deux ou trois ans, soit près de 20% de son bilan, afin d'améliorer sa santé financière et sa rentabilité. Depuis son arrivée à la tête du groupe en décembre après la démission de Charles Prince, victime de la crise financière, le directeur général de "Citi", Vikram Pandit, était soumis aux pressions insistantes d'investisseurs désireux de le voir réduire les coûts, vendre les activités les moins rentables, voire scinder le groupe. Car pour une partie des observateurs, le géant financier né en 1998 de la fusion de Citicorp et de Travelers est devenu trop gros pour être géré efficacement, un argument que Prince avait toujours rejeté. Vendredi, au cours d'une réunion d'investisseurs et d'analystes, Pandit a assuré que Citigroup n'était "ni un conglomérat, ni un supermarché de la finance". Il a néanmoins reconnu la nécessité de céder la majeure partie des quelque 500 milliards d'actifs dits "historiques". Pour Pandit, trois grandes étapes attendent Citigroup: la remise sur pied, la restructuration et l'optimisation. Mais chacune d'elles prendra du temps, a-t-il averti. Wall Street a accueilli ces annonces avec un enthousiasme pour le moins mesuré: le titre Citigroup gagnait 0,3% à 24,39 euros après une heure d'échanges. "Sur le fond, Citigroup veut réduire ses coûts et revenir à des taux de croissance à deux chiffres. La nouvelle direction prend ces premières mesures importantes dans le but de restaurer la rentabilité", a commenté William Lefkowitz, stratège du courtier new-yorkais vFinance Investments. Parmi les actifs susceptibles d'être cédés figurent de l'immobilier, des crédits à effet de levier, des produits structurés adossés à des prêts "subprime" et des véhicules d'investissement structurés, ces deux dernières catégories de produits financiers figurant parmi les principales victimes de la crise des derniers mois. INTERROGATIONS SUR LES DEPRECIATIONS ET L'EMPLOI Pandit a assuré que les cessions se dérouleraient de manière ordonnée mais certains observateurs ne cachent pas leur scepticisme. "Il y a beaucoup d'actifs que, franchement, ils ne pourront pas céder parce qu'il n'y aura pas d'acheteur", souligne ainsi Mirko Mikelic, gérant de Fifth Third Asset Management. "C'est facile de dire qu'ils veulent vendre telle ou telle ligne d'activité ou tel ou tel actif non-performant, mais ils auront du mal à trouver une offre. C'est déjà difficile de financer une opération de fusion-acquisition normale." Pour certains analystes, l'ampleur des cessions envisagées pourrait en outre préfigurer de nouvelles dépréciations ou des pertes supplémentaires. "Je crois que la principale question tient au montant des dépréciations supplémentaires. C'est ça qui fait peur aux investisseurs: le problème, c'est le montant de capitaux dont ils ont encore besoin", résume Mikelic. Depuis la fin de l'an dernier, Citigroup a annoncé plus de 45 milliards de dépréciations et de pertes sur produits de crédit. Parallèlement, il a levé plus de 40 milliards de dollars de capitaux, dont deux milliards cette semaine, et il a réduit son dividende de 41%. En Bourse, l'action Citigroup a perdu 55% de sa valeur depuis un an, ramenant la capitalisation à 128 milliards de dollars environ. Vendredi, Citigroup a précisé viser une croissance annuelle de 10% du chiffre d'affaires de ses activités stratégiques (7% pour les activités de cartes de crédit, 8% pour le crédit à la consommation, 9% pour les activités de marchés et la gestion de fortune et 14% pour les services transactionnels). Pandit a ajouté que le groupe souhaitait dégager 15 milliards de dollars d'économies. Son directeur financier, Gary Crittenden, a clairement laissé entendre peu après que les réductions de coûts passeraient par des suppresions d'emplois supplémentaires. La banque a déjà annoncé 13.200 suppression d'emplois depuis le début de l'année et les analystes estiment qu'elle pourrait encore en supprimer plusieurs dizaines de milliers d'autres, sur un total de 369.000 salariés fin mars. Pandit a néanmoins mis l'accent sur sa volonté de développer les activités de gestion de fortune de la banque dans le monde entier. Et, plus symboliquement, il a annoncé le retour du slogan publicitaire "Citi never sleeps" (Citi ne dort jamais). Jonathan Stempel, Herb Lash et Kristina Cooke à New York, Doris Frankel à Chicago, Jessica Hall à Philadelphie, version française Marc Angrand
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