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Cisco à l'assaut du grand public

Le 10 décembre 2009 par Par Camille Chandès | L'Usine Nouvelle n° 3173

Afin de s'assurer des relais de croissance, le leader mondial des équipements de réseau a choisi de se diversifier vers le grand public. Un domaine où il progresse essentiellement par acquisitions, fidèle à sa stratégie.

isco n'en finit pas de surprendre. A l'heure où de nombreuses entreprises doivent se serrer la ceinture, le numéro 1 mondial des équipements de réseau enchaîne les acquisitions à un rythme effréné. Rien qu'au mois d'octobre, le californien a déboursé plus de 3 milliards de dollars pour acheter ses compatriotes Starent Networks (réseaux mobiles) et ScanSafe (sécurité informatique pour les entreprises). Et il s'apprête à mettre 3,4 milliards de dollars sur la table pour reprendre Tandberg, une pointure norvégienne de la visioconférence.

Le « plombier d'internet » est dans une stratégie de conquête. Même s'il affiche une opulence impressionnante - malgré la conjoncture, il vient d'enregistrer, pour l'exercice 2008-2009, un chiffre d'affaires de 36 milliards de dollars (- 8,7 %), un bénéfice de 6,1 milliards (- 23,8 %) - , l'horizon s'assombrit. Ses activités traditionnelles (ventes de routeurs et de commutateurs), qui lui permettent de dégager des marges supérieures à 50 %, sont vouées à l'effritement. « Cisco est leader sur le coeur de réseau. Mais ce métier va se banaliser et de nouveaux acteurs, comme le chinois Huawei, vont arriver en proposant des prix plus bas. Et comme Cisco détient 90 % de ce marché, ce n'est pas de ce côté que vont venir les relais de croissance », analyse Jean-Charles Ferreri, un associé au département télécoms du cabinet Roland Berger. Par ailleurs, le marché de la gestion des réseaux informatiques et téléphoniques des entreprises - son autre grande activité - est désormais mature.

Afin de maintenir sa croissance, John Chambers, le patron sexagénaire de Cisco, a choisi la diversification. Le groupe est désormais partout : serveurs d'entreprise (lire ci-dessous), sécurité informatique, gestion des réseaux électriques... mais aussi produits grand public. En effet, téléviseurs, chaînes hi-fi, téléphones et autres matériels électroniques sont de plus en plus souvent connectés à internet ou mis en réseau dans les foyers. Un nouveau marché que Cisco compte bien investir. « Le grand public est important pour nous. Il fait partie des 30 marchés de tran-sition sur lesquels nous nous posi-tionnons », soutient Laurent Blanchard, le directeur général de Cisco France. Pour l'heure, ces activités sont encore marginales : elles ont représenté moins de 5 % de son chiffre d'affaires en 2009.

Pour progresser sur ce segment, Cisco mène, comme à son habitude, une politique agressive de rachats. Après Linksys (produits réseaux domestiques) en 2003, Kiss Technology (lecteurs DVD) et Scientific Atlanta (décodeurs numériques) en 2005, il s'est offert en mai 2009, pour 590 millions de dollars, son compatriote Pure Digital Technologies. Il a ainsi mis la main sur une minicaméra, baptisée Flip, qui permet le partage de vidéos sur les réseaux sociaux. Lancée début novembre en France, elle s'est déjà écoulée à deux millions d'unités au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

CONNECTER LES INDIVIDUS AVEC LA VIDÉO INTERACTIVE

La vidéo interactive, gourmande en équipements de réseau, compte en effet parmi les nouveaux terrains de conquête du roi de la connexion. « La vidéo est la seconde génération d'interaction et de collaboration entre les personnes. Ce segment est fondamental pour nous », soutient Laurent Blanchard. Chez certains experts, il se murmure d'ailleurs que le groupe pourrait lancer un smartphone orienté sur la vidéo... Pour l'instant, Cisco a jeté son dévolu sur le marché de la visioconférence haut de gamme. Depuis 2007, il propose son concept de « téléprésence » aux entreprises : des salles de réunion sont équipées d'écrans géants et très bien sonorisées donnant l'impression que des interlocuteurs assis à l'autre bout du monde sont dans la pièce. John Chambers ne compte pas s'arrêter en si bon chemin : il a déjà annoncé que des solutions pour la maison verraient le jour dans les cinq ans à venir.

Le pari « grand public » de Cisco est audacieux. Il se lance en effet sur les terres de géants comme Apple, Sony ou Samsung, dont la notoriété est bien établie. D'autant que l'équipementier a un handicap. Si la marque (abréviation de San Francisco) est célèbre dans les entreprises, elle est encore inconnue du grand public. Pour y remédier, le service communication ne ménage pas ses efforts. Il fait, par exemple, apparaître ses produits - téléphones ou solutions de réseaux sur internet - dans des séries comme « Heroes », « 24 heures » ou encore « Dr House ».

Le californien peut en revanche compter sur plusieurs atouts. A commencer par ses solides reins financiers (35 milliards de dollars de trésorerie), qui lui donnent les moyens de réaliser ce qu'il sait faire le mieux : une politique agressive d'acquisitions. Son pharaonique budget R et D (5,2 milliards de dollars sur l'exercice 2008-2009) lui permettra en outre de combler ses lacunes technologiques. Sa solide base de clients et ses importants réseaux de distribution seront également une force. Tout comme sa connaissance des réseaux des entreprises qui devrait lui assurer une légitimité pour gérer les réseaux à domicile.

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