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CINQ JEUNES POUSSES À L'OFFENSIVE

Par PAR OLIVIER JAMES - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3256

Elles sont en passe de lancer un pilote industriel ou même une véritable usine. Portrait de ces pionnières à suivre.

FERMENTALG MICROALGUES À TOUT FAIRE

C'est peut-être la branche de la chimie du végétal la plus prometteuse et la moins maîtrisée : la production de polymères via les microalgues. Pierre Calleja a créé la société Fermentalg, à Libourne, en 2009. Cette année-là, il inaugure un laboratoire de 400 mètres carrés. Soit un investissement de un million d'euros. « Ce qui caractérise Fermentalg, c'est sa vitesse de progression », assure le dirigeant, ancien de l'Ifremer (Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer). Grâce à une deuxième levée de fonds, une première usine pilote verra le jour à Bordeaux en décembre 2011. Ce site de 2500 mètres carrés pourrait accueillir jusqu'à trois lignes de production en cas de succès. Fermentalg veut d'abord s'attaquer au secteur de la nutrition, puis à celui de la cosmétique et, à plus long terme, à celui des biocarburants. Un schéma qui correspond à la complexité croissante de trouver les souches de microalgues les plus adaptées à chaque type de production. Fermentalg mène de front deux autres projets visant à industrialiser le process de production à partir des microalgues.

BIOMÉTHODES LE BOIS CARBURANT

L'annonce a de quoi surprendre. Il y a quelques mois, la société française Biométhodes communique sur la construction d'une bioraffinerie dans le sud-ouest de la Virginie (Etats-Unis). Douze ans après sa création, l'entreprise basée au Genopole d'Evry (Essonne) aura trouvé outre-Atlantique les aides nécessaires pour accélérer son développement. Ce sont ainsi 12 millions d'euros qui seront investis au total dans cette installation. Il faut dire que les autorités locales cherchaient à mettre en place de nouveaux débouchés pour le secteur du bois, très présent dans la région. Cette usine, qui décomposera de la biomasse non alimentaire et utilisera la voie enzymatique pour améliorer l'hydrolyse de la cellulose en sucre, sera capable, dès 2013, de produire des biocarburants de deuxième génération ainsi que des colles et autres résines biosourcées. « Notre technologie valorise tous les éléments de la biomasse », résume Gilles Amsallem, PDG de la société. Et Biométhodes ne compte pas s'arrêter là.

CIMV LA PAILLE COMME MATIÈRE PREMIÈRE

« Beaucoup de start-up qui s'imaginent pouvoir se développer très vite se trompent. » Thierry Scholastique a tiré cette leçon de sa propre expérience. Créé en 1998, CIMV s'apprête seulement à construire sa première usine, en 2012, dès le bouclage du financement, avec l'aide du groupe Technip. Une bioraffinerie lignocellulosique qui créera 115 emplois directs à Loisy-sur-Marne (Marne) et pourra traiter 160 000 tonnes de paille de blé, de céréales et d'orge par an. L'investissement s'élève à 180 millions d'euros. À la clé ? Trois familles de produits : pâte à papier, adhésifs et plastiques, alimentation animale. Une production diversifiée rendue possible grâce à la mise au point d'un procédé capable de séparer les trois composants de la matière végétale que sont la lignine, la cellulose et les hémicelluloses. Pour cela, plus de dix années de recherches et d'essais auront été nécessaires. En 2006, la mise en route d'un pilote de démonstration sur le même site donne un coup d'accélérateur au projet. Depuis, des liens avec des industriels ont été noués, en particulier Total et quelques grands chimistes.

GLOBAL BIOÉNERGIES PLASTIQUES EN SUCRE

« J'espère que nous deviendrons l'Apple de la biologie industrielle. » Marc Delcourt voit l'avenir en rose. Il faut dire que l'entrée en bourse de sa société en juin dernier a été un véritable carton : Global Bioénergies a levé 6,6 millions d'euros sur Alternext, contre un objectif de 4,6 millions d'euros. De quoi permettre la mise en service, vers 2013, d'un pilote industriel pour valider ses résultats de laboratoires, obtenus dans son centre de R&D sur le site du Genopole d'Evry (Essonne). De quoi convaincre également les pétroliers de la viabilité d'une production à l'échelle industrielle. Il faudra pour cela augmenter les rendements encore faibles. Mais la start-up, lancée en 2008, compte bousculer le secteur bien établi du pétrole. « Nous avons mis au point un procédé qui permet d'obtenir par voies métaboliques de l'isobutène à partir du sucre contenu dans les déchets agricoles et forestiers, la canne à sucre ou encore la betterave », précise Marc Delcourt, cofondateur, avec Philippe Marlière, de la jeune société et détenteur d'une thèse en biologie. Au coeur de leur procédé : l'ingénierie enzymatique, qui modifie le comportement des enzymes naturelles. L'obtention d'isobutène ouvre également la voie à la production de certains bioplastiques (plexiglas, pneumatiques, caoutchouc...). En attendant la mise en place de son pilote, Global Bioenergies a annoncé cet été un partenariat avec le producteur de produits chimiques polonais Synthos pour la production de butadiène, et souhaite tisser dans un premier temps des liens avec les industriels via des options de licence.

BIOMISCANTHUS EMBALLAGE EN ROSEAU

Le « roseau de Chine ». C'est l'autre nom du miscanthus giganteus, cette graminée originaire d'Asie. Habituellement cultivée pour la dépollution des sols et pour contrer l'érosion agraire, cette plante risque de devenir la matière première idéale pour la production... de plastiques. Pour faire aboutir cette idée, René Marchal a fondé la société Biomiscanthus France en 2009. Fort de son expérience dans l'industrie, il a mis au point une technique permettant d'obtenir in fine un plastique 100 % naturel et biodégradable qui ouvre la voie au secteur de l'emballage. Son principe de fonctionnement ? Comme pour la recette de Coca-Cola, c'est un secret... « Une première phase de tests a déjà pu être validée grâce à des essais sur le site d'un industriel à Martigues, s'enthousiasme René Marchal. Certains clients attendent déjà que l'on amorce la production industrielle pour passer commande. » Justement, Biomiscanthus France s'apprête, d'ici à la fin de l'année, à inaugurer sa première usine, située à une quarantaine de kilomètres de Mende (Corrèze), ville où ont été installés les nouveaux bureaux. L'effectif atteindrait une dizaine de salariés. Pour franchir ce cap, une levée de fonds de 1,8 million d'euros a été nécessaire. Avec une capacité de production annuelle de 1000 à 1500 tonnes, l'usine devrait générer un chiffre d'affaires de 2,6 millions d'euros.

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