imprimer

Ciel anglais

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Pierre-Olivier Rouaud
© S.Fayet

Entrée la première dans la crise financière en Europe, la Grande-Bretagne sera-t-elle la première à relever la tête ? C'est ce que l'on veut croire à Londres.

« Ce n'est pas la fin, ce n'est même pas le commencement de la fin, mais c'est peut-être la fin du commencement. » On connaît cemot de Churchill prononcé en 1942, après la bataille d'El Alamein, qui fut le point d'inflexion de la guerre entre les nazis et les Alliés. Chacun espère que ce point soit atteint dans la bataille des tempsmodernes, celle contre la grande récession. Chacun et plus que tout autre le Premier ministre britannique. Justement, c'est du ciel anglais que vient poindre un rayon de soleil. En avril, la production industrielle a augmenté de 0,3%, l'épaisseur d'un trait. Elle recule certes de 12,3% en rythme annuel, mais l'essentiel est que l'on évoque le mot magique « hausse ». Entrée la première dans la crise financière en Europe, la Grande-Bretagne sera-t-elle la première à relever la tête ? C'est ce que l'on veut croire à Londres. Pourtant, du sang et des larmes restent à venir. Cette année, le PIB s'affichera à -4%.

En 2010, le déficit public atteindra 12% du PIB, plus que les Etats-Unis. Le taux de chômage dépassera 9% fin 2010, selon le FMI, contre 5,5% en 2007. Si pour un chef de gouvernement, en 2009, tout cela, c'est « business as usual », il n'en est rien de la crise morale et politique que traverse le Royaume. Usé par douze ans de pouvoir, enfoncé par le scandale des notes de frais parlementaires, critiqué pour sa rudesse, l'Ecossais jamais vraiment adopté par l'Angleterre, Gordon Brown, vient de prendre une raclée aux européennes (15,3% des voix pour le Labour). En quelques jours, dix ministres ont démissionné. Le Premier ne doit sa survie qu'à ses ex-rivaux blairistes, dont Lord Mandelson, devenu super-ministre de l'économie. Devant ce désastre, on pourrait gloser sur l'échec du social-libéralisme du NewLabour, initié par Tony Blair et dont Gordon Brown a tenu les manettes. Mais les résultats d'Albion pourraient bien en rabattre à la France au retour des beaux jours. Comme avant la crise. On pourra aussi discourir sur le poids inouï pris par la finance qui, comme Saturne, a dévoré ses enfants. Mais toute industrielle qu'elle soit, l'Allemagne connaît plus rudement encore les affres de la récession. On pourrait enfin épiloguer sur l'Europe. Avec raison. Le plus frappant dans cette défaite, c'est le poids des partis anti-européens: 17,4% pour l'Ukip europhobe et 6,5% pour le BNP d'extrême droite. Bref, l'échec du Labour dans sa tentative de réconcilier « John Smith » avec l'Europe.

Trente-six ans après son entrée dans l'Union, l'Angleterre, décidément, ne s'y sent pas bien. Trop bureaucratique, trop peu démocratique, trop protectionniste...La chargeant de tous lesmaux, elle oublie avec une effarante constance que son destin y est lié. Surtout avec une Amérique aux yeux rivés sur le Pacifique. Quasiment assuré d'emporter les législatives prévues d'ici à un an, le jeune leader conservateur, David Cameron (photo), n'a pas hésité à endosser le costume de l'euro-scepticisme. Et emporté 28,6% des suffrages. Il a promis un référendumsur le traité de Lisbonne (pourtant acté par le Parlement), s'il arrivait au pouvoir avant sa ratification par les 27 Etats membres, dont l'Irlande. Ce serait la mort du traité. Et une crise européenne majeure. Un vote irlandais à l'automne devrait éviter cette épreuve. Jusqu'à quand ? Churchill, encore lui, affirmait qu'entre le « grand large » et l'Europe, son pays choisirait toujours le grand large. Qu'on aimerait cette fois lui donner tort.

Pierre-Olivier Rouaud

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Arnaud Montebourg chez Fralib

Fralib : "Unilever reprend les négociations"

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, annonce la tenue prochaine d’une table ronde...

Facebook - Réseaux sociaux

"La mésaventure de Facebook en bourse est une mauvaise nouvelle pour les introductions"

Les déboires de Facebook n’auront pas que des conséquences sur les...

Alpone A-110-50

Renault fait revivre l'Alpine

Le constructeur au Losange a présenté sur le circuit de Monaco vendredi 25 mai le concept Alpine A-110-50, son...

Thales Angenieux

Thales à l’honneur à Cannes

La filière du groupe, Thales Angénieux, joue les premiers rôles techniques sur la croisette. Son expertise technique...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter