Chris Viehbacher bouscule la culture R&D de Sanofi-Aventis
Le 18 février 2010 par Anne Pezet
Vieillissement, immuno-inflammation, maladies infectieuses, médecine régénérative, voilà le menu du partenariat de recherche signé pour cinq ans entre le premier groupe pharmaceutique français Sanofi-Aventis et Aviesan, la nouvelle Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé. Créée en avril dernier, Aviesan regroupe l’ensemble des équipes de recherche académiques impliquées dans les sciences de la vie (CEA, CNRS, INRA, INRIA, Inserm, Institut Pasteur, IRD, Conférence des Présidents d’Université et Conférence des Directeurs Généraux de centres hospitaliers régionaux et universitaires).
Sanofi-Aventis engagera un budget de 50 millions d’euros dans des partenariats privés-publics, qui pourront prendre la forme de plateformes technologiques, de projets ou de centres de recherche commun. « Pour être compétitif, nous devons aller très vite et intégrer dès le début des projets de recherche tout un ensemble de compétences. Ces partenariats nous aideront à gagner cette course. L’investissement financier commun privé et public est un gage de succès », souligne Marc Cluzel, le patron de la R&D de Sanofi-Aventis.
Particularité française, le laboratoire a signé une convention de mécénat en faveur du programme ATIP-Avenir (CNRS-INSERM), pour financer des jeunes chercheurs qui veulent monter leur laboratoire en France. « Ce programme permet de garder ou de faire revenir en France des chercheurs de talents », continue Marc Cluzel.
Cet accord avec Aviesan marque une fois encore la volonté du groupe pharmaceutique de rééquilibrer les dépenses de recherche en faveur d’équipes externes. Tout en gardant le même budget, soit 1,7 milliard d’euros de dépenses de R&D en France, Sanofi-Aventis supprime 1 300 postes de chercheurs, sur un total de 6 500. Le groupe a pourtant présenté la semaine dernière de très bons résultats pour 2009, 8,5 milliards d’euros de bénéfice net, en croissance de 17,9 %.
Anne Pezet
Quel est la particularité de cet accord ?
L’innovation de rupture est difficile dans les grands groupes. A l’Inserm, les chercheurs ont une liberté de travail, des projets très fondamentaux, des sources de financements qui favorisent la créativité. Nous apportons de notre côté des compétences en toxicologie, en épidémiologie, en gestion de projets, en évaluation scientifique. Des deux côtés, c’est un changement de culture. Quelques 10 000 chercheurs travailleront ensemble ! Nous essayons de créer une relation complètement nouvelle avec un seul objectif : aller plus vite dans la découverte de nouveaux traitements.
Pourquoi une telle frénésie de partenariats en recherche pharmaceutique ?
La science est devenue très complexe avec l’intégration des informations génétiques, des nanotechnologies, des cellules souches. Le nombre de cibles pharmaceutiques a explosé et aucun groupe pharmaceutique n’a les moyens financiers et les compétences pour tout maîtriser en interne. En 2009, nous avons signé beaucoup de partenariats de recherche avec des équipes académiques ou des entreprises de biotechnologies, et nous allons continuer.
Les laboratoires pharmaceutiques deviennent-ils des assembleurs de technologies ?
Nous devons garder en interne une expertise forte en recherche, pour justement avoir la capacité de juger les pistes et les équipes externes intéressantes. Par contre, ce qui a changé, c’est le fait d’intégrer à toutes les phases de la recherche des partenaires. En 2009, nous avons profondément transformé notre organisation en R&D. Elle devrait donner toute sa puissance d’ici à 18 mois.

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