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Choses dites et entendues à la 9e WIC

Par Pierre-Olivier Rouaud - Publié le
Euro
© dwf1 - morgueFile - C.C.

Vendredi dernier, à la Baule, s'achevait la 9e World investment conference (WIC). Pendant trois jours, ce forum a réunit décideurs politiques et chefs d'entreprises d'une vingtaine de pays sur le thème de l'attractivité de l'Europe. Retour sur les principaux thèmes abordés.

Dans un continent en pleine crise de confiance malgré la reprise économique, la construction européenne et ses réformes, la place de l'industrie, les bouleversements en cours en Afrique du Nord ont agité les esprits et les débats. Verbatim.

Attractivité, industrie et innovation
Thomas Enders, Président d'Airbus
Favoriser la recherche et l'innovation en France et en Europe c'est bien, mais si l'on veut toujours de l'industrie on doit se préoccuper de la production et toucher à des tabous comme la réglementation sociale, la flexibilité du travail ou l'immigration. En Europe, la démographie est contre nous. Il a un risque réel de manque d'ingénieurs et de technicien qualifiés. Et on nous empêche de faire venir de simples stagiaires en formation de nos usines de Chine.

Enikö Györi , ministre déléguée aux Affaires européennes de Hongrie
Il est essentiel de maintenir une activité de production en Europe. Une stratégie basée sur les seuls services est trop risquée. On peut le faire en achevant le marché unique, en mettant en place la stratégie européenne 2020 notamment sur l'économie de la connaissance en nouant des partenariats avec les pays émergent. Mais ce ne sera pas possible avec une économie fonctionnant à deux vitesses entre grands groupes et PME.

Philippe Varin, président du directoire de PSA
Les grands groupes dégagent à nouveau beaucoup de cash. Ils ont une responsabilité pour organiser leurs secteurs et les filières de fournisseurs. En Allemagne, la fédération de l'automobile VDA parle d'une seule voix à l'étranger sur la formation ou les normes. En France on doit avoir une nouvelle relation avec nos sous-traitants. De même, nous avons une attitude beaucoup plus ouverte sur l'extérieur en matière d'innovation.

Joachim Bitterlich, directeur des affaires internationales, Veolia
En Allemagne, il y a une centaines de PME de classe mondiale dans le traitement de l'eau. Elles se développent à l'international grâce notamment au réseau des chambres de commerce internationales. C'est-à-dire d'initiative privée  sans l'aide de l'état.

Edward Lambert, Senior Vice President de la Bridge Bank (banque d'investissement opérant sur la Silicon Valley)
En matière d'innovation l'Europe est un géant endormi. Vous discutez trop et n'agissez pas assez.

Uli Fricke présidente de l'EVCA, association européenne des investisseurs  en capital.
Une stratégie d'innovation, cela signifie des choix. L'Europe n'a pas forcement besoin de clusters sur les TIC ou l'aéronautique dans chacun des 27 pays de l'Union.

Jean-Pierre Raffarin, sénateur de la Vienne
La priorité de la politique économique doit être l'attractivité. Au dessus de nos têtes passent des capitaux, des innovations de brevets, à nous de les capter.

Crise financière et mondialisation
Michel Barnier, Commissaire européen en charge des services et du marché intérieur
Nous devons tirer les leçons de cette crise qui a mis en lumière le dévoiement de la finance, en veillant à ce que les efforts soit équitables et justes. Mon rôle est simple vis à vis de l'agenda du G20. Le premier point doit être de vérifier que ce qui a été promis est bien réalisé en matière de gouvernance et de transparence de marchés financiers. Il faut démontrer au citoyens que ces marchés n'ont pas le dernier mot.

Bronwyn Curtis, directrice générale de la recherche, HSBC
En 2050, les pays émergents auront vu leur poids économique multiplié par cinq.
Les pays qui ont les plus forts taux de croissance ne sont pas forcement des démocraties.

Thomas C. Barrett, directeur, Banque européenne d'investissement (BEI)
En sortie de crise, la grande question est comment on finance la croissance et avec quel management du risque. Hélas, on ne dispose pas aujourd'hui des capitaux à long terme permettant le financement de la croissance à long terme.

Laurent Wauquiez, ministre des affaires européennes
On a été trop naïf dans l'ouverture économique de l'Europe. Le protectionnisme n'a pas de sens mais les relations commerciales avec nos grands partenaires doivent être bâties sur la réciprocité, par exemple en matière d'achat public. Les chinois peuvent répondre aux appels d'offres en Europe mais nous ne pouvons pas le faire pour les autoroutes à Shanghai.

Espoirs et réalités au Maghreb
Philippe Varin, président du directoire de PSA

L'Europe a une opportunité formidable en Afrique du nord. On cherche une base de production low-cost, on l'a. On veut la démocratie, on l'a aussi. Mais si l'industrie et l'économie ne se développent pas dans ces pays, la démocratie ne durera pas.

Laurent Wauquiez, ministre des affaires européennes
Le partenariat avec le Maghreb est une grande opportunité pour l'Europe. Nous en avons besoin.

Thomas Enders, Président d'Airbus
Je trouve la France et l'Allemagne trop défensifs par rapport au Maghreb, sans voir les opportunités. Eads travaille avec la Tunisie et le Maroc pas par altruisme mais parce que c'est bon pour nous.

Ahmed Reda Chami, ministre marocain de l'industrie et des nouvelles technologies
Le futur de l'Europe c'est le Maghreb et l'inverse est vrai. J'affirme qu'une politique de co-localisation de l'industrie entre le Maroc et l'Europe est bonne pour les deux partenaires, c'est ce que nous faisons avec succès dans l'automobile ou l'aéronautique.

Mon pays croit à l'Union du Maghreb, La Mauritanie, la Tunisie et le Maroc sont prêts, L'Algérie pas encore, cela nous coûte 1% de croissance par an.

Sadi Aïdi, ministre tunisien de la formation professionnelle et de l'emploi
Aussitôt après la révolution les entreprises et les institutions tunisiennes fonctionnaient à nouveau. Cette révolution pacifique est historique et admirable. Le peuple tunisien mérite qu'elle réussisse et qu'on le soutienne.

Europe : entre réformes et projets
Michel Barnier, Commissaire européen en charge des services et du marché intérieur
Ce qui se passe en ce moment en Europe est très grave, il y a une crise de confiance des citoyens, une montée du populisme et du protectionnisme. Tous les défis sont transnationaux et pourtant on voit des forces politiques prôner le repli national. Attention ! Dès l'instant où le projet européen s'arrêtera d'avancer, cela conduira au détricotage immédiat et à un retour en arrière inéluctable.

Voilà 15 ans, la monnaie unique a été une étape historique. Nous n'avons pas eu à cette époque la volonté de mettre en place une gouvernance aboutie. Aujourd'hui, par la force des choses la gestion de la zone euro progresse.

Haris Pamboukis, Ministre d'Etat pour la stratégie d'investissement de Grèce
Il faut une Europe Plus et non un Europe Moins. Le projet européen s'est arrêté à Maastricht en 1992. Il faut aller plus loin.  La crise grecque est une opportunité pour améliorer la gouvernance de la Grèce mais aussi de l'Union. Notre pays a réalisé en un an un ajustement du budget équivalent à  4% du PIB, personne ne croyait cela possible.

Laurent Wauquiez, ministre des affaires européennes
Les pays européens  doivent  travailler à la réduction des dettes publiques bien sûr, mais on doit avoir aussi des rêves et une vision industrielle. Pourquoi ne pourrait-on construire une grande société européenne dans les trains rapides à l'image d'EADS dans l'aéronautique ? Il y a aussi tous les investissements nécessaires dans les infrastructures et les réseaux.

Thomas Enders, Président d'Airbus
Notre groupe  a mis 30 ans, et on n'a pas fini, pour harmoniser sa R&D entre les différents pays d'Eads. Pourquoi ? Parce ce chaque pays en Europe veut sa part du gâteau.

Enikö Györi , ministre déléguée aux affaires européennes de Hongrie
Les projets ne manquent pas en Europe. Un des objectifs de la présidence hongroise de l'Union est de pousser fortement à la création d'un marché commun de l'énergie à horizon 2014 et supprimer les « iles »  électriques en 2015. C'est coûteux et cela passera sans doute par des partenariats public-privé car le problème pour les états est de rester dans la limite des 3% de déficit.

Dans les Balkans l'Europe ne doit pas reculer et accepter l'adhésion rapide de la Croatie puis de la Serbie, après cette bonne nouvelle que constitue l'arrestation de Ratko Mladic. Il ne doit plus y avoir de « trou noir » sur la carte de l'Union entre l'Europe central et la Grèce.

Propos recueillis à la Baule par Pierre-Olivier Rouaud

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