Le ministre du Travail a déjà pris les devants. Le nombre de chômeurs a continué à grimper encore le mois dernier. Une montée qui peut sembler inexorable lorsqu'on l'analyse de loin mais qui n'est pas une fatalité. A condition d'oublier l'échelle nationale pour attaquer le chômage par la base, c'est à dire au niveau de chaque bassin d'emploi.
Nous comptons en France plus de 28 millions d’actifs. C’est à la fois beaucoup et très peu lorsque l’on prend conscience qu’ils ne représentent qu’une petite moitié de la population française. Très peu aussi lorsque, sur cette population active, on voit que 4,5 millions de personnes, comme le révèlent les nouveaux chiffres du chômage publiés aujourd’hui, sont justement considérées comme sans activité : en recherche d’emploi (on retrouve là les 3 millions de chômeurs officiels), en transition professionnelle ou en formation longue durée. Ce qui veut dire qu’une personne sur 6 en âge de travailler ne travaille pas aujourd’hui dans notre pays.
On peut créer tous les crédits d’impôt que l’on veut, gloser autant que l’on veut sur la compétitivité de notre industrie, de l’État et donc de notre pays, le véritable levier du redressement productif, il est sans aucun doute dans ce potentiel humain inexploité. Facile à écrire, me direz-vous, mais que faire ? Dans ce domaine, le fatalisme peut vite l’emporter tant les recettes que proposent nos dirigeants semblent inefficaces. On peut leur accorder au moins cela : en matière d’emploi, ils ont presque tout essayé. Les Grenelle, les allégements de charges, les autorisations préalables de licenciement, les parcours de transition professionnelle, les contrats de reconversion, l’apprentissage et l’alternance, les sommets pour l’emploi, les rapports en série, j’en passe… Pas la peine de faire le bilan de toutes ces initiatives : la lente montée du nombre de chômeurs, mois après mois, parle d’elle-même.
Le problème finalement, ce ne sont peut-être pas les outils mais la stratégie. Pensée au niveau national, elle n’est pas ou n’est plus adaptée aux réalités des différents marchés du travail français. La bataille pour l’emploi ne peut pas se gagner rue de Grenelle à Paris mais au niveau de chaque bassin d’emploi. C’est à ce niveau, localement, que l’on pourra traiter efficacement les problèmes de mobilité des salariés qui refusent de traverser la France pour aller chercher un job. C’est à ce niveau que l’on pourra mettre en adéquation les besoins en compétences de l’industrie et les capacités des personnes sans emploi. C’est à ce niveau enfin que l’on absorbera le mieux des chocs, comme les fermetures d’usines, en mettant autour de la table toutes les parties prenantes afin de trouver des solutions concrètes de reclassement pour l’ensemble des salariés concernés. C’est en adoptant cette approche terrain que les outils mis en place depuis des décennies retrouveront leur efficacité.









