CHEMSPEC EUROPELes chimistes privilégient la pureté et la sécuritéPlus purs et plus contrôlés, les procédés et les produits présentés lors de la dernière édition du Salon de la chimie de spécialités rivalisent tous d'audace dans le même domaine : la sécurité.
Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2785CHEMSPEC EUROPE
Les chimistes privilégient la pureté et la sécurité
Plus purs et plus contrôlés, les procédés et les produits présentés lors de la dernière édition du Salon de la chimie de spécialités rivalisent tous d'audace dans le même domaine : la sécurité.
Quelque 18 000 visiteurs sur la première journée, un vrai succès pour le Salon de la chimie de spécialités, de retour à Amsterdam cette année. Est-ce l'attrait de la capitale néerlandaise ? Toujours est-il que les files d'attente étaient longues pour parvenir au saint des saints. Il fallait s'armer de patience et aussi de connaissances ! Car, à Chemspec Europe, pas de fioritures, exposants et visiteurs ne viennent pas là en touristes, et les stands ne sont pas à la portée du premier venu. Formules et noms de réactifs de chimie fine s'alignent sur les murs, faisant perdre pied aux plus novices. Pas de révolution majeure, cependant, sur ce salon, mais une nette tendance à privilégier les produits, les concepts et les procédés plus sûrs ou plus purs. Ainsi, Carbogen, une société spécialisée dans la production d'intermédiaires et de principes actifs pour la pharmacie, intégrée en février 2000 dans le groupe suisse Solutia, envisage de créer une division consacrée à 100 % au problème du polymorphisme cristallin, qui commence à préoccuper sérieusement l'industrie pharmaceutique (voir article p. 58). Son but : proposer à l'industrie pharmaceutique une parfaite pureté structurale des médicaments solides, des premières étapes de recherche jusqu'au produit fini. La pureté est aussi à l'honneur chez le chimiste néerlandais DMS, qui présentait sa nouvelle marque, Purox, laquelle décline, sous les appellations Purox-B et Purox-S, un acide benzoïque et un benzoate de sodium fabriqués dans les unités flambant neuves de Rotterdam. La nouveauté : la haute pureté (99,99 %) des deux produits, utilisés respectivement dans l'industrie pharmaceutique et en agro- alimentaire, des secteurs où les exigences sont sévères. " Une propriété essentielle et inégalée jus-qu'à présent, qui méritait bien que l'on crée une marque ", estime Hugo Schoot," general product manager " chez DSM.
La chimie fine profite de l'essor des biotechnologies
Purification encore chez Rohm & Haas, qui lance sa nouvelle ligne, AmberChrom, une résine polymérique pour la chromatographie, destinée à la séparation des peptides. Ses grains, extrêmement réguliers, de moins de 10 micromètres de diamètre, permettent d'augmenter le nombre de plateaux de séparation et l'efficacité de la purification. La nature polymérique de la résine donne en outre le pouvoir de la régénérer par simple rinçage à la soude, chose impossible avec les résines classiques, à base de silice. De tels efforts pourraient paraître gigantesques pour la seule purification des peptides, mais " ce marché, lié aux biotechnologies, même s'il n'est composé que de quelques dizaines de tonnes, enregistre 30 à 40 % de croissance par an ", rappelle Jean-François Ferraro, directeur du marketing pour les résines échangeuses d'ions chez Rohm & Haas. Les biotechnologies ne dopent pas que ce secteur. Les tests toxicologiques et écotoxicologiques, de même que les notifications de produits issus des biotechnologies, croissent régulièrement, selon Huntingdon Life Sciences, une société britannique établie près de Cambridge et spécialisée dans ce domaine. Pour Jan Hellinga, directeur du marketing de Notox, une société néerlandaise qui travaille elle aussi sur la notification des substances chimiques, ce sont davantage les derniers textes européens, notamment le " Livre blanc " - où est prévue la notification des substances chimiques -, qui font gonfler le marché. Selon lui, " nous devrions passer d'un marché européen de 900 millions d'euros à plus de 3 milliards dans les cinq prochaines années ". Les Britanniques de SafePharm Laboratories restent, quant à eux, plus circonspects : tous les chimistes ne savent pas encore en quoi consiste le " Livre blanc ". Et ils redoutent plutôt que l'on aboutisse à l'abandon de certains produits, comme cela s'est déjà produit dans l'agrochimie. Safe Pharm a donc décidé d'investir un créneau plus original : les tests toxicologiques n'utilisant pas les animaux. Un concept et des solutions (simulations par ordinateur, tests in vitro...) sur lesquels ils réfléchissent depuis trois ans et qui commencent enfin à avoir un écho dans l'industrie chimique.
La chiralité intéresse les plus grands
Après la pureté, la sécurité. Atofina présentait sur le salon son concept Hydrazine Management System (HMS), un procédé qui offre la possibilité de transporter de manière sécurisée l'hydrazine, un réactif de la chimie fine et de la pharmacie, de son lieu de production jusqu'au réacteur, sans qu'elle entre en contact avec l'utilisateur. Une manière d'anticiper les exigences européennes sur les produits suspectés être cancérigènes, dont l'hydrazine fait partie. Ces aspects sécuritaires n'occupaient pas tout le salon. Loin s'en faut. La chiralité était omniprésente, surtout parmi les grands de la chimie fine. Rhodia, à travers sa filiale spécialisée Chirex, et Synetix, une division du groupe britannique ICI, ont annoncé un accord de commercialisation d'un nouveau catalyseur solide pour la synthèse asymétrique. De son côté, BASF a lancé sa propre marque : Chipros, pour tous ses produits chiraux, alors que l'américain Eastman Chemicals présentait sa première famille de ligands pour la synthèse asymétrique, en cours de lancement aux Etats-Unis. Rhodia a également profité du salon Chemspec Europe pour annoncer des accords de commercialisation et de recherche-développement avec les japonais Hokko Chemical Industry et Nippon Kayaku dans les phosphines, un domaine issu de la chimie d'Albright & Wilson. Un secteur en pleine croissance, car les phosphines sont justement utilisées comme catalyseurs en chimie chirale. Enfin, ce salon laissera ses visiteurs sur une impression orientale, car l'Inde et, surtout, la Chine étaient partout. Cette dernière occupait en effet plus de 10 % des stands. Ainsi, Tom Yang, chef des ventes de la société Yipin, une entreprise de Shanghai spécialiste des pigments, compte sur Chemspec Europe pour faire connaître ses activités en dehors du continent asiatique, et atteindre des clients potentiels. Rendez-vous est fixé à Bâle pour l'édition de l'année prochaine, si ces objectifs sont atteints.











