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Chaud et froid russe

Par PIERRE-OLIVIER ROUAUD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3230
PIERRE-OLIVIER ROUAUD
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Pour Vladimir Poutine, les règles du troisième « paquet énergie » européen s'apparentent à du « vol »

Parmi les effets des révoltes arabes, l'un a fait irruption dans notre quotidien : la flambée du pétrole. Ce signal associant quête de liberté et valse des étiquettes est bien vilain, mais réel. Pour l'Europe, c'est aussi l'objet d'une nouvelle introspection sur l'indépendance énergétique et ses relations avec ses fournisseurs à savoir, hors les nations arabes, surtout la Russie qui fournit environ 30 % de nos besoins en pétrole et gaz.

En la matière, l'ours souffle le chaud et le froid. Le chaud, c'est un récent changement d'attitude vis-à-vis des investissements étrangers. Après les problèmes de gouvernance au sein de TNK-BP ou l'éviction de Shell du projet Sakhaline, sans compter bien sûr les crises avec l'Ukraine, Moscou veut polir son image. C'est le sens d'accords récents. Le pétrolier Rosneft a ainsi conclu plusieurs contrats avec des majors occidentales : l'une avec BP dans l'exploration en Arctique, l'autre dans l'exploitation avec Exxon en mer Noire. Total vient, lui, de signer avec le gazier Novatek pour développer le champ Yamal. Voici quelques jours, la Russie a même laissé entrevoir une réforme qui rendrait possible le rachat par des étrangers de 25 % de ses sociétés énergétiques sans feu vert gouvernemental. Enfin, ces dernières semaines, Moscou s'est empressé de livrer à ses clients européens les volumes de gaz libyens manquants (environ 2 % de la consommation).

Mais l'ours souffle aussi le froid. Vladimir Poutine l'a montré voilà deux semaines face à José Manuel Barroso, le président de la Commission. En conférence de presse à Bruxelles, le Premier ministre s'en est pris vigoureusement aux règles du troisième « paquet énergie » européen qui prévoient une certaine séparation entre producteurs et distributeurs de gaz. Ces règles doivent contraindre Gazprom à céder des actifs en Lituanie. Pour Poutine, elles s'apparentent à du « vol » et de la discrimination. On le sait, le Kremlin refuse aussi obstinément de ratifier la « Charte de l'énergie », un projet de traité avec l'Europe fixant des règles en matière de transparence. Et avec constance, la Russie veut toujours torpiller le projet Nabucco. Ce gazoduc soutenu par l'Union doit acheminer le gaz de la Caspienne en évitant la Russie. Moscou veut assécher la source en achetant leur gaz aux pays d'Asie centrale, tout en promouvant son propre « tuyau », South Stream, un projet dans lequel elle a entraîné l'Italie et la France (EDF). Fin février à Bruxelles, la délégation russe a même obtenu l'autorisation de réaliser en avril une présentation de South Stream devant le Commissaire à l'énergie Günther Oettinger. La realpolitik vient de montrer ses limites au Sud, qu'en est-il à l'Est ?

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