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Charbon ardent

Le 05 novembre 2009 | L'Usine Nouvelle n° 3168
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Du succès des technologies de capture et de stockage du CO2 dépend une bonne part de la "stratégie carbone" américaine.

Perdue au milieu des Appalaches, l'une des plus grosses usines électriques américaines a connu la semaine dernière une effervescence inhabituelle. Au pied de ses trois cheminées, à New Haven (Virginie occidentale), au bord de l'Ohio, se pressaient le gouverneur, un sénateur et même la sous-secrétaire d'Etat à l'Energie. C'est que cette centrale à charbon de l'électricien AEP est unique. Depuis un mois, elle est dotée d'une installation de captage et de stockage in situ du CO2 à 2 000 mètres sous terre. Un procédé connu et mis en oeuvre par le français Alstom.

Captant 2 % des émissions de la centrale, le dispositif a coûté plus de 100 millions de dollars et doit encore faire ses preuves. Du succès de ces technologies CCS (Carbon Capture and Storage) dépend une bonne part de la « stratégie carbone » américaine. Les Etats-Unis pesant 25 % des émissions mondiales, la question, à quelques jours du grand marchandage de Copenhague, est donc politique tout autant que technique.

Cette semaine, justement, débute l'examen du « Climate Bill » Boxer-Kerry au Sénat. Ce projet de loi prévoit un système de quotas de CO2 négociables et une réduction des émissions de 17 % en quinze ans. La stratégie charbonnière n'y est qu'un des éléments, avec le soutien aux énergies vertes, la relance de l'atome ou l'efficacité énergétique. Pourtant, ce sujet résume bien les déterminants américains sur le CO2. A deux titres au moins.

Le premier est le principe de réalité. Le charbon génère la moitié de l'électricité et un tiers des émissions de CO2 du pays. Il a pour lui d'être abondant, peu cher et 100 % américain. Qu'une forte contrainte carbone lui soit imposée et c'est tout le système électrique qui est en danger. D'où la quête par les électriciens de solutions technologiques, de soutiens publics à la R et D et de règles claires pour rentabiliser leurs investissements. Le CCS devrait renchérir l'électricité issue du charbon de 50 %, ce qu'il faudra monnayer en crédits carbone.

La complexité politique est le second déterminant de la position américaine sur le CO2. Sur le climat, les républicains freinent des quatre fers, mais le clivage républicains-démocrates s'efface derrière les logiques territoriales. Au Sénat, 16 élus de tous bords se revendiquent ainsi du camp du « King Coal », dont, pour la Virginie occidentale, Jay Rockefeller, le sénateur - démocrate - présent à New Haven. Pour comprendre, il faut l'écouter : « Je ne me soucie pas du résultat de Copenhague. Ce que je veux, c'est un avenir pour notre charbon. On dépensera beaucoup pour la santé, pourquoi pas un peu pour le charbon propre ? Et qu'importe si l'on donne nos technologies à la Chine, cela permettra de résoudre la question une fois pour toutes. »

Aujourd'hui, même si un premier texte (Waxman-Markey) a été adopté à la Chambre des représentants, nul ne pense que le Climate Bill puisse aboutir avant Copenhague, ni même début 2010. Pour faire passer ce texte, il faudra 60 des 100 sénateurs, la majorité nécessaire pour éviter tout risque d'obstruction parlementaire. Au Sénat, les démocrates rassemblent - en principe - 58 voix. Mais au vu des intérêts locaux, chacune devra être chèrement « payée ». Et après, pour la ratification du traité qui devra succéder à Kyoto ? C'est alors 67 sénateurs qu'il faudra convaincre. Une autre histoire.

A Washington
Pierre-Olivier Rouaud, rédacteur en chef délégu
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