Chantage à la violence
Par NATHALIE TRAN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3157Menace de tout faire sauter ou de polluer les eaux... Depuis la mi-juillet, le chantage à la violence s'est banalisé devenant un moyen, pour les salariés, d'arracher des primes de licenciement plus importantes.
A près la vague de séquestrations de patrons par les salariés du début d'année, les conflits sociaux ont dérivé cet été vers une nouvelle forme de violence. Le 12 juillet, en menaçant de faire sauter leur usine de Châtellerault (Vienne) avec des bonbonnes de gaz, en vue d'obtenir de meilleures primes de licenciement, les salariés de l'équipementier automobile New Fabris ont donné le ton. Le lendemain, c'était au tour du personnel de Nortel France à Châteaufort (Yvelines) de menacer de faire exploser le site. Et le 17 août, celui du distributeur d'équipement d'accès JLG France, à Tonneins (Lot-et-Garonne), d'installer des bouteilles de gaz sur cinq nacelles élévatrices, pour obtenir une indemnité de 30 000 euros pour les 53 postes qui doivent être supprimés dans le cadre du plan social annoncé en avril...
Jusqu'ici la stratégie s'est plutôt montrée payante. Très médiatisées, ces actions ont permis aux employés licenciés d'augmenter le montant de l'indemnité de départ. Chez New Fabris, les 366 victimes du plan social ont vu leur prime extra-légale de licenciement passer de 11 000 à 12 000 euros, tandis que les 463 licenciés de Nortel ont décroché une indemnité comprise entre 30 000 et 50 000 euros, après l'intervention du ministre de l'Industrie, Christian Estrosi. De quoi alimenter la surenchère. Le 20 août, une soixantaine d'employés de l'entreprise de transports Serta, au bord de la liquidation judiciaire, menaçaient de déverser 8 000 litres de produits toxiques dans un affluent de la Seine, près de Rouen. « C'est la seule arme dont on dispose », justifiait Jean-Pierre Villemin, délégué CFDT, réclamant une prime extra-légale de 15 000 euros par salarié.
Le nombre de conflits sociaux qui se sont radicalisés a encore progressé entre juillet et août, appelant ça et là l'intervention de Christian Estrosi comme chez Molex, New Fabris, Nortel ou Alcatel-Lucent. Outre la séquestration de quatre dirigeants chez Schweitzer-Mauduit (papeterie) dans le Vaucluse, les blocages de sites ont aussi été monnaie courante pour protester contre les fermetures d'usine. Cela a été le cas chez ATB Selini (moteurs de machines à laver) à Nevers dans la Nièvre, SKF (roulements à billes) dans l'Indre-et-Loire, Rohm and Hass (adhésifs) dans le Loiret, et Legré-Mante (acite tartrique) à Marseille où les CRS ont délogé, le 13 août, trois salariés qui occupaient les locaux contenant des matières dangereuses, anticipant une autre menace à l'explosion... Mais la liste n'en finit pas de s'allonger et il y a fort à craindre que la fièvre sociale estivale ne retombe pas à la rentrée.

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