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CHANGEMENT DE RÈGLES POUR LES ÉDITEURS

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3251
Assassin's Creed : un jeu, une BD et un dessin animé.
Assassin's Creed : un jeu, une BD et un dessin animé.
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Maîtres de jeux depuis vingt-cinq ans, les grands éditeurs se trouvent aujourd'hui confrontés à de jeunes studios à la réussite insolente. Et à l'innovation débridée.

Apple a changé l'industrie du jeu, en donnant la possibilité d'accéder très facilement au marché mondial. » Angy Wan, le PDG de l'éditeur Lugo qu'il a fondé en 2003, résume en une phrase la mutation en cours du marché du jeu vidéo. Les studios de jeux haut de gamme, coûteux au développement comme à l'achat (jusqu'à 60 euros), qui régnaient sur le marché, doivent partager ce gâteau avec de jeunes sociétés... dont les productions sont parfois vendues quelques centimes d'euros ! Aujourd'hui, cinq millions de jeux sur mobiles sont téléchargés chaque jour. Avec un grand gagnant : l'éditeur finlandais Rovio et son blockbuster Angry birds (0,79 euro sur l'App Store d'Apple). Fondée en 2003, la start-up, qui a réellement décollé en 2009, vise un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros en 2011 et est valorisée 1,2 milliard de dollars.

Les jeux sociaux en ligne, ceux que l'on trouve sur Facebook notamment, changent aussi la donne en modifiant les pratiques des éditeurs. « Ils ouvrent de nouvelles perspectives, reconnaît Rémi Racine, le président de Behaviour, le plus important développeur indépendant canadien. Parfois, nous effectuons une modification sur le jeu et le chiffre d'affaires bondit de 20 %. » Une vraie rupture face aux habitudes prises sur les jeux pour consoles, conçus une fois pour toutes. Ceux pour mobiles sont développés en quelques mois par une équipe restreinte, qui peut grossir en cas de succès. Les éditeurs scrutent en effet les réactions des joueurs, Facebook devenant un moyen de se connecter aux joueurs.

Les tablettes, cibles pour ces nouveaux éditeurs, ouvrent également des espaces pour les jeux éducatifs. « Un ordinateur ne peut pas être utilisé avant l'âge de quatre ou cinq ans, rappelle Pierre Le Lann, cofondateur de Tribal Nova. Alors qu'une tablette, grâce à son interface tactile et beaucoup plus intuitive, peut être prise en main par un enfant de 18 mois, à condition d'avoir un jeu adapté. »

Le transmedia, planche de salut

La mobilité favorise aussi le transmédia et les produits deviennent multiplateformes. « Assassin's Creed », star des consoles, se décline déjà en dessin animé accessible en téléchargement. Et le best-seller d'Ubisoft sera bientôt disponible sous forme de bande dessinée. Le lien entre jeu vidéo et BD existe déjà, assuré par le smartphone, qui va photographier des codes-barres placés dans les pages pour donner accès à des contenus complémentaires, comme le propose Zeros2heroes. Le transmédia, c'est aussi la manière d'imaginer de nouvelles formes de revenus pour plusieurs secteurs. « Ce qui est arrivé à l'industrie du disque va se produire pour la presse, la télévision et le cinéma, analyse Ray Sharma, le PDG fondateur de l'éditeur pour mobiles XMG. Ces secteurs devront évoluer très vite pour trouver de nouvelles sources de revenus. » « Le transmédia est une réalité, insiste Matt Toner, le président de Zeros2Heroes. Chaque média apporte sa part et profite de l'autre. Et pour les acteurs, la proximité géographique a son importance. Ici, à Vancouver, les gens de la télévision, du web, du jeu, de la bande dessinée se rencontrent et échangent. »

Les grands studios (Activision Blizzard, Electronic Arts, Ubisoft, Disney...), confrontés à la concurrence d'une multitude de petits éditeurs, évoluent. Sans perdre leur mainmise sur les jeux dits « triple A » pour consoles, qui nécessitent des développements lourds. Les grands éditeurs rachètent aussi les nouveaux venus les plus prometteurs. Electronic Arts (EA) a créé une branche pour les jeux sur smartphones (EA Mobile) et une pour les jeux en ligne (Pogo). Il a acquis Playfish en 2009 pour 400 millions de dollars et PopCap en juillet, pour une somme comprise entre 750 millions et 1,3 milliard de dollars. Ubisoft a, lui, racheté en juillet le français Owent, spécialiste du jeu en ligne, deux ans après avoir acquis Nadeo. Forts de leur capacité financière, les grands éditeurs vont pouvoir poursuivre leur Monopoly bien réel, celui-ci.

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