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Champion modeste

Le 01 septembre 2010 par Laurent Guez
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Laurent Guez dir. rédaction USN
© B. Martinez

D'un côté, Gérard Mestrallet, président égal à lui-même d'un groupe totalement transformé. De l'autre, Henri Proglio, PDG totalement transformé d’un groupe égal à lui-même!

Il est un signe qui ne trompe pas: en France, dès qu’une entreprise réussit, on lui cherche des noises. GdF Suez, emboîtant le pas de Total, commence à en faire l’expérience. Le groupe est accusé par UFC-Que Choisir de surévaluer les factures pour se faire de la trésorerie sur le dos des pauvres abonnés au gaz. Reproche aussitôt démenti par la direction, qui rappelle que trois fois sur quatre, les consommations des clients sont au contraire minorées et la facture sous-estimée. Cela n’a pas empêché le ministre de l’Écologie et de l’Énergie, Jean-Louis Borloo, de voir rouge et de saisir le médiateur de l’énergie.

C’est sans doute la rançon de la gloire. Le mot n’est d’ailleurs pas exagéré, après l’opération spectaculaire menée cet été par Gérard Mestrallet. Au début du mois d’août, et deux ans à peine après la délicate fusion entre Gaz de France et Suez, le patron s’est payé un concurrent de taille : le britannique International Power, avec ses 50 centrales électriques installées dans 21 pays. Géant du gaz par héritage, l’entreprise ne cesse de se développer dans l’électricité, à grand renfort d’investissements et d’acquisitions. Grâce à International Power (IP), la voici désormais bien positionnée en Amérique, au Moyen- Orient et en Australie. Si l’on jette un oeil sur la carte de ses 93 centrales, on constate qu’il ne lui reste plus qu’à s’installer en Russie, en Inde et en Chine… Mais à chaque jour suffit sa peine. L’acquisition d’IP, réalisée par échange d’actifs, donc sans endettement, fait déjà de GDF Suez un champion mondial. En chiffre d’affaires, il devient même le numéro un de l’énergie, devant l’allemand E.on et… son compatriote et ex-cousin EDF. « La France a la chance de disposer de groupes énergétiques de classe mondiale, dont nous faisons partie », nous déclare - avec une certaine modestie dans la formulation - Gérard Mestrallet. C’est pourtant lui qui mène aux points, dans le match qui l’oppose à EDF (lire l’interview et notre enquête).

Au début des années 2000, le marché de l’environnement (eau, déchets) était dominé par deux géants. Et le duel était incarné par deux patrons bien différents. D’un côté, Gérard Mestrallet, discret PDG de Suez. De l’autre, Jean-Marie Messier, médiatique patron de Vivendi. Le premier finit par s’imposer par les résultats de sa stratégie. Dix ans plus tard, la France invente un autre duel de géants, cette fois dans l’énergie. D’un côté, Gérard Mestrallet, président égal à lui-même d’un groupe totalement transformé. De l’autre, Henri Proglio, PDG totalement transformé d’un groupe égal à lui-même! Le puissant président d’EdF doit se souvenir que lorsqu’il dirigeait Veolia, et ferraillait contre Jean- Marie Messier, patron de sa maison mère qui voulait sa peau, le modeste, c’était lui.

Laurent Guez
Directeur de la rédaction

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