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CES MARCHÉS CARBONE QUI PLAISENT AUX INDUSTRIELS

Par PAR CAMILLE CHANDÈS - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3264

Nombre d'États entreprennent de donner un prix à leurs émissions de CO2. Au-delà de la contrainte, les industriels européens voient dans ces futurs marchés des opportunités financières.

On connaissait le syndrome de Stockholm, il faudra désormais compter avec celui de Copenhague. Ce pourrait être le nom de cette malédiction qui semble frapper les négociations climatiques internationales. Pendant plusieurs jours, des délégations du monde entier se réunissent, partagent leurs points de vue, voire des objectifs communs, mais refusent finalement de signer une lettre d'engagement. Le sommet, qui se tient depuis le 28 novembre à Durban en Afrique du Sud, a peu de chance d'échapper à cette fatalité. D'abord parce qu'il est surhumain de fixer à l'unanimité de nouveaux objectifs contraignants pour donner une suite au protocole de Kyoto, qui touche à sa fin en 2012. Ensuite parce que certains pays se sont déjà emparés du sujet de manière pragmatique. Qu'à cela ne tienne, à défaut d'objectifs internationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre, bon nombre d'États ont entrepris des actions. Royaume-Uni, Norvège, Japon, Australie, Nouvelle-Zélande, Corée du Sud, Californie et même Chine tentent ainsi de donner, malgré la crise, un prix aux émissions de carbone. « La Chine ou la Californie ne raisonnent pas en termes uniquement climatiques, mais aussi économiques, avance Anaïs Delbosc, la responsable du pôle recherche marchés internationaux du carbone de CDC Climat. La Chine espère par exemple développer des technologies diminuant les émissions carbone pour son compte, mais aussi pour les revendre à d'autres pays. »

Avantage compétitif

Ces pays n'hésitent pas à copier le système d'échange de quotas de CO2 (appelé aussi marché carbone) mis en place de manière pionnière par l'Union européenne. Le principe général ? Un plafond global d'émissions, fixé par le régulateur, est converti en quotas. Ceux-ci sont distribués aux pays ou aux industriels. Pour être en conformité, ces derniers doivent détenir autant de quotas que leurs émissions réelles sur une période donnée. Pour y parvenir, ils peuvent échanger des quotas sur le marché, en acheter ou en vendre selon leurs besoins. Ces échanges fixent un prix de la tonne de CO2. Un cadre sur lequel chaque pays applique ensuite ses propres règles, en fonction de ses intérêts économiques. Et qu'il complète par d'autres outils (taxes, normes...).

Alors que les industriels locaux tentent de faire barrage à ce qu'ils jugent comme une source supplémentaire de coûts (un Premier ministre australien y a d'ailleurs laissé sa tête...), les industriels européens voient ces initiatives régionales plutôt comme des opportunités. Certes, cela représente pour leurs usines actuelles ou à venir de nouvelles contraintes. Et il faudra jongler avec la complexité d'intégrer le prix du carbone et les particularismes locaux de chaque dispositif. Mais parce que leurs concurrents seront désormais mangés à la même sauce, les entreprises du Vieux Continent accueillent ces évolutions avec sérénité. Elles comptent notamment utiliser leur longue et douloureuse expérience du système européen pour se placer un peu mieux que leurs voisins. « Les industriels soumis au système européen d'échange de quotas de CO2 sont beaucoup plus mûrs que ceux qui débarquent sur le sujet. Ils intègrent depuis longtemps le prix du carbone dans leurs décisions stratégiques. C'est un réel avantage compétitif », affirme Damien Léonard, le responsable du pôle énergie climat de l'association Entreprises pour l'environnement.

Un business pour Rhodia

Fort de leurs connaissances sur le marché carbone, il n'est pas rare de retrouver ces industriels jouant les conseillers spéciaux des pays engagés. Lafarge est l'un des interlocuteurs du gouvernement sud-africain (qui envisage un système d'échange de quotas) pour lui apporter son expérience et... faire valoir ses intérêts. Le cimentier, à l'image des autres industriels européens, espère tirer un avantage concurrentiel de son avance. Le groupe a d'ailleurs rénové plusieurs de ses 22 cimenteries chinoises sans attendre la réglementation. « Les émissions à la tonne de CO2 produites en Chine par Lafarge sont au même niveau qu'en Europe », avance Vincent Mages, le directeur initiative changement climatique du groupe français. Si la Chine, qui expérimente huit marchés carbone dans plusieurs villes et provinces, saute le pas, Lafarge espère se retrouver parmi les moins émetteurs. Dans un système où le carbone a un prix, il se retrouvera en bonne situation de compétitivité par rapport à leurs concurrents aux usines locales vétustes.

En outre, ces futurs marchés offrent des occasions de business carbone. Rhodia en sait quelque chose. Précurseur sur le sujet, le chimiste a créé une division entièrement dédiée au CO2. Elle propose des gammes de solutions industrielles et financières (via Orbeo, sa société commune avec la Société générale) pour son compte, mais aussi pour celui de clients. Ce marché lui a rapporté 203 millions d'euros en 2010, soit 4 % de son chiffre d'affaires. « L'émergence de ces marchés régionaux est une excellente nouvelle. Quand ils seront mis en place, Rhodia pourra aider les entreprises sur place à optimiser leur facture carbone et à réduire leurs émissions, comme en Europe », avance Philippe Chauveau à la tête de la stratégie réglementaire CO2 de Rhodia. À l'heure où le marché carbone s'est élevé en 2010 à 150 milliards de dollars (80 % générés par l'Europe), l'émergence de ces Bourses carbone laisse entrevoir une manne colossale. Sans compter qu'au-delà de la diminution des émissions, l'enjeu vise aussi à réduire les consommations d'énergie. Autant d'opportunités de trouver de nouveaux marchés aux produits des industriels européens.

LES BOURSES MONDIALES DU CO2

CALIFORNIE Objectif Réduction de 9 % des émissions en 2020, par rapport à 2005. Dispositif Un système d'échange de quotas de CO2 sera mis en place à partir de 2013. Le marché devrait à terme intégrer d'autres États américains et des provinces canadiennes, membres de la Western climate initiative. Cibles 600 installations représentant 85 % des émissions californiennes, soit 350 entreprises. Les énergéticiens et les industries lourdes seront d'abord concernés et rejoints en 2015 par le transport. UNION EUROPÉENNE Objectif Réduction des émissions de 20 % d'ici à 2020, par rapport à 1990. Dispositif Un système d'échange de quotas de CO2 depuis 2005. Les quotas, gratuits au départ, vont devenir payants à compter de 2013. Cibles 12 000 installations (4 000 entreprises) des secteurs de la combustion, de la production de métal, de ciment, de verre et de papier. En 2013, le secteur de l'aviation, mais aussi certains secteurs de la chimie (acide adipique) et de la production d'aluminium intégreront le dispositif. CHINE Objectif Réduction des émissions de 40 à 45 % d'ici à 2020, par rapport à 2005. Dispositif Si rien n'a été arrêté, le prochain plan quinquennal chinois (2011-2015) acte pour la première fois l'idée d'utiliser des instruments de marchés (taxe, système d'échange de quotas). Le lancement de huit marchés carbone pilotes dans différentes villes et provinces a été annoncé pour 2013. Cibles 10 000 entreprises les plus grosses consommatrices d'énergie. CORÉE DU SUD Objectif Réduction des émissions de 30 % d'ici à 2020. Dispositif Le pays espère approuver d'ici à la fin de l'année un système d'échange de quotas qui débuterait en 2015. Industriels concernés 300 entreprises industrielles (pétrochimie, électronique, papier...) et du secteur de l'énergie, représentant 60 % des émissions du pays. AUSTRALIE Objectif Réduction des émissions de 60 % d'ici à 2050, par rapport à 2000. Dispositif La loi sur l'énergie propre vise à instaurer à partir du 1er juillet 2012 une taxe carbone. Ce dispositif transitoire devrait être remplacé en 2015 par un système d'échange de quotas de CO2 en Asie - Pacifique. Cibles 500 industriels les plus émetteurs (les énergéticiens). D'autres systèmes d'incitation visent l'agriculture et la forêt.

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