Ces ingénieurs que l'on s'arrache
Par Gwenole Guiomard - Publié le
Si le nombre des embauches d'ingénieurs s'est fortement contracté depuis septembre 2008, il existe parallèlement de nombreux profils que les employeurs n'arrivent pas à recruter. "L'Usine Nouvelle" les a recensés.
A 23 ans, entre crise des subprimes et effondrement grec, l’ingénieur Arnaud Sanchez est serein. Et il a de quoi. Sorti en septembre 2009 de l’Insa de Lyon, le jeune homme a trouvé du travail avant l’obtention de son diplôme d’informatique. Son nouvel employeur, GDF Suez, a même fait un effort financier conséquent pour s’attacher ses services. Le spécialiste du gaz a mis sur la table 38 000 euros brut par an de salaire. Une belle somme, assez éloignée du salaire médian d’embauche des jeunes ingénieurs (32000 euros fin 2009) et de celui des bac +5 universitaires (26400 euros). Objet de cet attrait inespéré? Sa compétence en architecture des systèmes d’information, rare sur le marché de l’emploi.
Arnaud n’est pas un cas isolé. Comme lui, des profils très pointus d’ingénieurs continuent à trouver facilement du travail. Malgré la crise et la baisse de 29% des offres à destination des ingénieurs en 2009, selon l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), certains domaines de l’ingénierie continuent de recruter des experts. «Le marché est paradoxal, précise Daniel Welcker, manager industrie chez Hays, l’un des principaux cabinets de recrutement en France. Le contexte économique est défavorable aux candidats. 2009 a été une année de gel des recrutements dans certains groupes. Mais des tensions perdurent sur certains métiers.»
Plus de demandes, moins d'offres
> 58 personnes ont postulé en moyenne à une offre d’emploi pour ingénieur en mars 2010. Ce nombre était de 33 en mars 2008.
> -29%, c'est la baisse enregistrée sur les offres à destination des ingénieurs en 2009.
Revirement des recruteurs
«Les demandes des recruteurs ont beaucoup changé en deux ans, souligne François Frantz, le dirigeant du cabinet de recrutement Accetis international et fin connaisseur du monde de l’industrie et des ingénieurs. Avant septembre 2008, les entreprises recherchaient des jeunes gens brillants qui ne pouvaient pas avoir plus de 45 ans. Aujourd’hui, les dirigeants ne peuvent se permettre une erreur. Il faut aller vite et toucher directement au but. D’où une recherche d’experts, de seniors et d’ingénieurs multiculturels. L’âge n’est plus un obstacle. De plus, ils doivent être autonomes et spécialistes de l’amélioration continue (lean manufacturing). Et quand un employeur cherche un jeune diplômé, il veut du qualitatif, de l’école de rang A comme Centrale, les Mines ou les Arts et Métiers»
A tout secteur, tout honneur, le champion toutes catégories du recrutement des ingénieurs demeure l’informatique- télécoms-multimédia. Pour les jeunes diplômés de ce secteur, le taux d’emploi est de 80%, selon l’Apec, alors que celui des ingénieurs généralistes est de 66%. A l’Institut national des sciences appliquées (Insa) de Lyon, les ingénieurs de cette spécialité ont le taux de chômage à la sortie de l’école le plus bas. Il était de 3,7% en 2009, contre un taux moyen de chercheurs d’emploi de 12%, toutes filières confondues.
Le génie énergétique et l’environnement en tension
Dans cette famille, les entreprises recherchent en priorité des ingénieurs développement. Ceux-ci pourront travailler dans la création d’applications pour smartphones, dans les services informatiques des entreprises, les sociétés de services en ingénierie informatique (SSII) ou les sociétés de conseil. Les employeurs sont aussi friands d’ingénieurs sécurité. Chez Expectra, le nombre de demandes pour ces postes a augmenté de 15% entre le dernier semestre 2009 et le premier semestre 2010. Enfin, les recruteurs recherchent des ingénieurs réseaux. Leur nombre de missions a augmenté de 8% en un an. Ils travaillent chez des opérateurs, des SSII ou des grands groupes. «Toutes les entreprises du secteur se les arrachent », précise Bruno Caraud, le DRH de Niji, une société de conseil et d’intégration créée à Rennes et Paris en 2001. «Nous, nous allons embaucher 80 ingénieurs en 2010, poursuit-il. Des consultants seniors en assistance d’ouvrage, des architectes solutions, des ingénieurs d’études et développement… Nous éprouvons des difficultés à en trouver pour deux raisons. Toutes les sociétés de services recherchent ces profils en priorité. Et nous sommes concurrencés par nos clients finaux, qui réouvrent la vanne des embauches.»
D’autres secteurs éprouvent aussi des difficultés à trouver leurs perles rares. C’est le cas, par exemple, du BTP, qui recherche avidement des ingénieurs travaux. «Cela représente 60% de nos 800 embauches d’ingénieurs prévues en 2010, rappelle Vincent Nicot, le directeur des ressources humaines et des relations avec les écoles de Bouygues Construction. Il y a pénurie de ces profils depuis 2001. La crise a peu fait baisser la tension sur ces postes. Tous nos concurrents en recherchent.»
La demande est aussi très forte dans le génie énergétique et l’environnement. «C’est l’un des secteurs qui a le mieux résisté à la crise en 2008 et 2009», justifie Vincent Moulin Wright, président de ParisTech Alumni, l’association des 200000 anciens de onze écoles d’ingénieurs d’Ile-de- France (Polytechnique, Mines, Arts et Métiers…). «Il y a une vraie tension sur ces métiers, confirme Charles Maitenaz, le directeur du département ingénieurs et techniciens de Michael Page, le premier cabinet de recrutement français. Nous recherchons pour nos clients des chefs de projet éolien ou photovoltaïque.» Fin 2009, son cabinet a même publié une étude de 39 pages sur les fonctions et rémunérations des emplois verts. Pour Michael Page, deux familles de métier sont particulièrement recherchées: les métiers tournant autour des énergies renouvelables (chefs de projet en énergies renouvelables et ingénieurs en efficacité énergétique des bâtiments) et ceux ayant trait aux bilans carbone (chef de projet haute qualité environnementale et expert bilan carbone).
Le commercial fait fureur
Dernier domaine où les ingénieurs peuvent se faire une place au soleil cette année: le commercial. Le double profil technique et vendeur fait fureur auprès des recruteurs. «C’est une population que les entreprises s’arrachent, constate Didier Perraudin, le directeur d’Uptoo, un cabinet de recrutement spécialisé dans ce domaine. Les télécoms, l’informatique, les services aux entreprises et l’industrie sont les secteurs qui recherchent le plus ces profils. Je conseillerai donc à un jeune ingénieur qui ne trouve pas de travail aujourd’hui de ne pas hésiter à devenir commercial: une bonne carrière l’y attend.» Et le salaire qui va avec...
![]() Les secteurs demandeurs Toute l'industrie le recherche, mais les énergies renouvelables, le développement durable, les transports ou l'énergie sont particulièrement demandeurs. Le nombre de missions sur ces postes a augmenté de 3% entre le dernier semestre 2009 et le premier semestre 2010. L'expérience souhaitée Il est spécialiste du domaine avec plus de 5 ans d'expérience. Les compétences demandées Cet ingénieur doit avoir une expérience dans la conduite de projet, ainsi qu'une maîtrise des outils de modélisation et de conception. Parlant anglais, il combine un très bon bagage technique avec des compétences managériales et des qualités relationnelles. |
![]() Les secteurs demandeurs Recherché dans toute l'industrie pour remettre à plat l'outil de production et chasser le gaspillage, il trouve des opportunités dans l'ingénierie ou l'énergie, mais aussi dans les sciences du vivant, le transport, l'eau ou les déchets. son salaire de départ a cru de 4,9% en un an. L'expérience souhaitée Cet expert affiche au moins 8 ans d'expérience. Les compétences demandées Multiculturel, avec une expérience à l'international, il connaît bien les techniques du progrès en continu (lean manufacturing). a son actif, aussi: une expérience de gestion de projet chez des clients. |
||
![]() Les secteurs demandeurs Très demandé par tous les secteurs – le nombre de missions pour cette profession a augmenté de 19% en 6 mois, selon Expectra –, il abaisse le stock et optimise donc les besoins en trésorerie de l'entreprise. L'expérience souhaitée Au moins 4 ans. Les compétences demandées Cet ingénieur dispose d'une bonne connaissance en supply chain et en gestion des stocks. Il est bilingue (anglais) et peut travailler dans un environnement industriel sur plusieurs sites. Les ingénieurs approvisionnement sont aussi très recherchés. |
![]() Les secteurs demandeurs Surtout recherché par les gros manufacturiers, il doit réduire les coûts de production et d'achat en matières premières. Son salaire d'embauche a augmenté de 5,2% en un an. L'expérience souhaitée Ce spécialiste est forcément confirmé, avec au moins 5 ans d'expérience. Les compétences demandées Ingénieur, il a aussi des compétences d'acheteur, qu'il a pu obtenir en suivant un cursus en achats internationaux comme le mastère spécialisé de Bordeaux Ecole de management, de l'Essec ou d'HEC. |
Un métier en pénurie, c'est une carte à jouer pour tous ceux qui sont
prêts à changer de métier. Pour réussir une telle reconversion – plus
ou moins radicale – et devenir ainsi un ingénieur qu’on s’arrache,
la formation continue est un allié indispensable. Michel Descombes,
le responsable de la formation continue à l’Insa de Lyon, explique.
« Nous développons des stages courts, qui offrent un complément de
formation sur un domaine pointu, conçu pour un cadre en cours
d’évolution professionnelle. En une semaine, on peut dispenser des
connaissances précises dans un domaine donné. » Ces stages sont le
plus souvent financés par les entreprises qui accompagnent l’évolution
de leurs salariés. Les pénuries d’ingénieurs sont aussi l’occasion pour
certains techniciens d’être promus. « Nous avons développé un master
spécialisé et un diplôme d’université propre. La demande de
techniciens qui veulent devenir ingénieurs croît incontestablement,
mais tout n’est pas possible pour tout le monde. On ne passe pas de
bac +2 à bac +6 d’un claquement de doigts. Dans les matières
scientifiques et techniques, cela demande un vrai effort. »
Illustrations: Frédérique Bertrand
1 réaction
ludion | 29/05/2010 - 20H09
Je propose aussi que les journalistes fassent de même en renonçant à leur niche fiscale ! Ils peuvent aussi montrer l'exemple, ne croyez-vous pas ? Il est toujours plus facile de regarder ce qu'il y a dans la poche du voisin plutôt que dans la sienne !

dans la même rubrique
26/05/2012 Areva tourne vers L’Australie26/05/2012 Le jurassien Tech Power revisite la signalétique
26/05/2012 Un label décolletage
















