Le couperet est tombé vendredi 13 janvier : Standard and Poor’s annonce la dégradation de la note de la France. Depuis les industriels attendent le verdict de l’agence américaine, chaque jour amenant son lot de dégradations. Mais les capacités de financement des entreprises en pâtissent-elles réellement ?
Ce n'est pas Standard and Poor's (S&P) mais une autre agence qui ouvre le bal lundi 16 janvier avec Alstom. En effet, Moody’s abaisse d’un cran la note de la dette à long terme du groupe industriel, de Baa1 à Baa2.
Un impact limité
Le lendemain, mardi 17 janvier, deux géants de l’électricité voient également leurs notes dégradées d’un cran par S&P. EDF et Réseau transport d’électricité (RTE) passent de AA- à A+. Puis vient le tour de deux entreprises publiques : la note de la SNCF est dégradée de AA+ à AA, et Réseau ferré de France (RFF) AAA à AA+.
Mais quid des autres entreprises françaises? L’ombre de la dégradation plane-t-elle sur les fleurons de notre industrie ? "Les deux noms les plus menacés étaient effectivement EDF et RTE. Mais même sur eux, l’impact ne sera que très limité", explique un analyste financier.
"L’évolution de la note de RFF n’impacte pas les péages 2012 et 2013 et ne devrait pas avoir d’impact immédiat pour RFF, compte tenu du niveau actuel des taux d’intérêts", rassure le groupe dans un communiqué. En effet, RFF a décidé, lors du dernier conseil d’administration du jeudi 12 janvier, d’investir 3,4 milliards pour l’année 2012. Les sommes ont d'ores et déjà été levées. Quant à EDF, il vient de procéder à une émission obligataire de 2 milliards à 10 ans, à un taux de 3,875%. Soit le coupon le plus faible toute devise confondue depuis de nombreuses années.
Mesurer la capacité de soutien de la France
En effet, ces dégradations en chaîne ne sont que la conséquence mécanique de la méthodologie de notation de Standard&Poor’s. Elle applique une matrice qui lie la notation des émetteurs à deux paramètres : la notation du souverain de référence, en l’occurrence la France, et le degré de probabilité d’une intervention du souverain en faveur de l’émetteur en cas de besoin.
Donc aujourd’hui, ce qui est remis en cause avec la dégradation de la note de la France, c'est sa capacité à soutenir l’émetteur. C’est la raison pour laquelle ces notes ont été modérées. Pas de risque en revanche pour les groupes dont la note est différenciée de celle de la France. C'est le cas pour Total notamment. "Il n'y a aucun risque", affirme Christophe de Margerie dans un quotidien belge.
S&P vient donc simplement de réapprécier le lien entre la France et ces émetteurs. Mais les notations restent solides, "les meilleures notes du secteur" précise l’analyste.
Les entreprises publiques mieux notées
Car à ce jeu-là, ce sont les entreprises publiques les meilleures élèves, l’une des seules entreprises françaises notée triple A était RFF. Les industriels les mieux notés n’obtiennent pas un 20/20… mais seulement un AA- . C’est le cas pour Sanofi, Elf et Total. Note honorable pour GDF qui obtient tout de même un A.
A la queue du peloton, Renault et Peugeot avec un BB+. Areva ne les devance que d’une courte lettre à BBB-, illustration des performances insuffisantes de l’entreprise. Areva a d’ailleurs été régulièrement dégradée depuis 2009. Son statut d’entreprise dans laquelle l’Etat détient de forts capitaux fait que S&P lui accorde 3 points supplémentaires. Mais la dégradation de la note souveraine ne devrait pas avoir d’impact : la perspective est stable pour Areva.
De quoi largement relativiser l’impact des notations sur les capacités de financement des industriels. RTE a annoncé, 48h après l’abaissement de sa note, vouloir poursuivre en 2012 l’augmentation de ses investissements (1,4 milliard d’euros, soit +18% par rapport à 2011).
"Nous avons été déclassé d'un cran, or nous avions été surclassés l'année dernière. Donc nous revenons seulement au même point qu'il y a un an", a affirmé, serein, Dominique Maillard, président du directoire de RTE, lors d'une conférence de presse le 19 janvier. "Cela n'a pas d'impact, nous emprûntons même moins cher qu'en 2011", a-t-il ajouté. Mais, soucieux de ne pas minimiser l'événement, il a rappelé toute la "vigilance et l'attention" que recquiert la situation.
S&P le rappelle dans sa méthodologie. Ni un conseil, ni une recommandation d’acheter ou de vendre, ni une mesure de la liquidité d’un titre, ni une indication de son prix sur le marché secondaire, les notes sont seulement des opinions. "Une mesure de qualité", précise S&P.
| Entreprise | Note S&P | Perspective |
| RFF | AA+ | Negative |
| SNCF | AA | Negative |
| Sanofi | AA- | Stable |
| Elf | AA- | Stable |
| Total | AA- | Stable |
| EDF | A+ | Stable |
| RTE | A+ | Stable |
| GDF | A | Stable |
| Air Liquide | A | Stable |
| LVMH | A | Stable |
| Danone | A- | Stable |
| Schneider Electric | A- | Stable |
| Bouygues | BBB+ | Stable |
| Rhodia | BBB+ | Negative |
| Technip | BBB+ | Stable |
| Thales | BBB+ | Stable |
| Vallourec | BBB+ | Stable |
| Veolia environnement | BBB+ | Stable |
| Vinci | BBB+ | Stable |
| Alstom | BBB | Stable |
| Saint Gobain | BBB | Stable |
| Arkema | BBB- | Positive |
| Areva | BBB- | Stable |
| Cap Gemini | BBB- | Stable |
| Peugeot | BB+ | Stable |
| Renault | BB+ | Stable |
| Wendel | BB- | Negative |









