CES FEMMES QUI FONT BOUGER L'INDUSTRIE

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2861

CES FEMMES QUI FONT BOUGER L'INDUSTRIE



MARTINE BARTHÉLÉMY

P-DG de CRM (Blaye-les-Mines, Tarn, 28 salariés)

Elle achète son entreprise

Ses enfants l'ont toujours connue là-bas. " A La Grillatié ", un ancien puits de mine dans le Tarn. Quand, pour la troisième fois, CRM (Conception Réalisation Mécanique) menace de mettre la clé sous la porte en 1999, ils ne croient pas une seule seconde que leur mère puisse faire carrière ailleurs. Directrice administrative et financière, Martine Barthélémy vit depuis quatorze ans une " véritable histoire d'amour " avec ce petit sous-traitant pour le ferroviaire. Pas question de se résoudre à sa disparition. " CRM ne pouvait tout simplement pas mourir. J'étais convaincue de sa rentabilité à condition d'opter pour une gestion différente. " Avec pour seul moteur sa foi dans l'avenir de sa " boîte ", cette quadra prend son courage à deux mains. " Qu'est-ce que je risquais ? Rien ! Sauf réussir, puisque l'échec était déjà là ", lance-t-elle avec son joli accent du sud-ouest. Epaulée par deux anciens techniciens, elle s'attelle au redressement. Pour être à l'aise dans ses nouvelles fonctions, elle complète son DUT et sa maîtrise d'informatique appliquée à la gestion d'entreprise par un cycle " spécial dirigeant " à l'ESC Toulouse. " Je devais passer de l'autre côté, raconte cette gestionnaire qui a mis du temps à changer de bureau. Il me fallait acquérir une approche plus visionnaire. " Au bord du dépôt de bilan, CRM renaît le 1er avril 1999. Une date de naissance en forme de pied de nez : " On peut très bien faire les choses sérieusement avec un peu d'humour ", estime cette femme qui n'en manque pas. Son premier chantier ? Repeindre les murs des bâtiments en blanc et planter des arbres. " Ce n'est pas parce qu'on est une petite société du fin fond du Tarn qu'on ne doit pas faire attention à son look ! ", martèle cette élégante qui se bat contre les préjugés. Plus sérieusement, cette dirigeante, ni " P-Dgère ", ni patronne, définit une nouvelle stratégie. Son credo ? " Se diversifier, s'ouvrir sur l'extérieur, communiquer. " Ce qui implique une dynamique commerciale forte pour ne plus dépendre d'un ou deux gros clients. Femme de contacts, elle réussit à faire adhérer sa petite société à la Fédération des industries ferroviaires. Un bon moyen pour être au courant avant les autres des futurs marchés. Doucement mais sûrement, la PME remonte la pente. Le chiffre d'affaires atteint 2 millions d'euros en 2002, en hausse de 15 %. Pour les salariés, le changement de cap est palpable. Convaincue des vertus de la formation - " elle contribue à la valeur de l'entreprise " -, elle envoie régulièrement tout le monde en stage. Bientôt, un ingénieur technico-commercial va faire son entrée dans l'usine. Une première. Parfois, l'angoisse du chef d'entreprise seul face à la prise de décision la tenaille. " On n'a pas le droit à l'erreur. " Mais son envie de réussir est plus forte. Avec le temps, Martine Barthélémy s'est faite à ses nouveaux habits. Et ses enfants se sont habitués à manger avec le portable sur la table. Mais ils savent que, de toute façon, " maman est toujours là quand il faut. "



Elle doit fournir 25 % de produits nouveaux par an

SUZANNE BAUMEIGE

Directrice des centres de recherche-développement de Rhodia (1 500 salariés, Cranbury, Aubervilliers, Lyon, Paulinia, Shangaï)

" Je n'aime pas les portraits. Ils laissent entendre qu'un seul indi- vidu fait la différence. Alors que dans l'industrie, et surtout dans la recherche, on travaille en équipe. " Suzanne Baumeige ne s'embarrasse pas de détours. Pas le temps... A 58 ans, elle pilote les centres de recherche-développement du chimiste Rhodia : 1 500 personnes et 5 sites à travers le monde. Sans compter les cen- tres de développement des usines ! Cette chimiste de formation, polyvalente, a occupé toutes les fonctions à l'Anvar avant d'entrer chez Rhône-Poulenc en 1989. " Après dix-sept ans de partenariat avec les entreprises, j'ai voulu passer de l'autre côté du miroir ". De sa mission, elle parle avec passion : " Je dirige "l'usine à recherche". Mon rôle n'est pas de donner les axes scientifiques, mais de faire en sorte que les chercheurs puissent exercer leur métier le mieux possible. Avec un objectif : fournir les 25 % de produits nouveaux visés par la direction. " Son credo : pas de murs entre les laboratoires ! Elle le martèle depuis qu'elle a pris la présidence de Rhodia Recherche et du centre d'Aubervilliers en 1998. Et elle le met en pratique : de Paulinia (Brésil) à Cranbury (Etats-Unis), Suzanne Baumeige va à la rencontre de ses troupes. " Nos scientifiques sont au top niveau ", affirme-t-elle, fière qu'ils soient souvent sollicités par des chasseurs de tête... Et choisissent de rester chez Rhodia.



Elle dirige 600 chercheurs chez Alcatel

JOËLLE GAUTHIER

Directrice de la recherche et de l'innovation d'Alcatel (600 chercheurs en Amérique du nord, Chine et Europe)

Les maths et la physique plutôt que les matières littéraires. Pour Joëlle Gauthier, les choses étaient claires d'emblée. " J'étais abonnée aux revues scientifiques et j'aimais assister aux conférences du palais de la Découverte ". Et pourtant, son goût pour le business et la stratégie prend rapidement le dessus. Elle complète son diplôme d'ingénieur électricien obtenu à Grenoble (Isère) par un MBA à l'Essec. Chez ses premiers employeurs, elle s'intéresse aux nouvelles technologies, découvre le marché émergent des réseaux de données... En 1994, Joëlle Gauthier rejoint Alcatel pour définir la stratégie dans le secteur des données et d'internet, sélectionner les start-up à acquérir... Basée aux Etats-Unis, elle dirigera le service marketing des offres aux entreprises, une activité qui pèse plus de 500 millions de dollars. L'an dernier, le directeur technique du groupe lui propose le poste de directrice de l'innovation et de la recherche, un département de 600 chercheurs où il s'agit de définir les technologies qui aboutiront d'ici trois à cinq ans. " Mon rôle n'est pas d'inventer mais d'être sûre que les chercheurs travaillent dans la bonne direction ", explique cette femme de 42 ans. Ses qualités de manager lui seront nécessaires. Car avec la crise des télécoms, les budgets sont plus serrés.



Elle invente les batteries de demain

ANNE DE GUIBERT

Directrice de la recherche de Saft (457 salariés, Bordeaux, Gironde)

A la tête de son service de 40 personnes chez le fabricant de batteries bordelais, Anne de Guibert aime convaincre, défendre des idées, faire passer des projets. Que de chemin parcouru depuis que cette étudiante timide a décroché son diplôme de l'Ecole supérieure de physique chimie industrielle ! D'abord un passage au CNRS, où elle vit pleinement sa passion pour la chimie. Mais il lui manque une certaine dynamique. " Si j'étais restée là, j'aurais eu l'impression, vingt ans plus tard, de monter le même escalier pour aller travailler. Je savais que le monde de l'industrie me donnerait très vite plus de responsabilités, de diversité ". Elle sera comblée en entrant chez Alcatel en qualité d'ingénieur de recherche puis de chef de groupe électrochimie. Elle devient ensuite directrice de recherche chez CEAC avant d'occuper le même poste chez Saft. Même si, plus jeune, elle ne s'imaginait pas manager, elle a appris en avançant, en imitant ses patrons, en éprouvant des méthodes et en suivant quelques stages. Et elle y a pris goût. " C'est ce statut qui me permet, aujourd'hui de défendre des projets auxquels je crois. "



Elle a fondé le distributeur français d'une société américaine

ANNE-MARIE MORGADO

P-DG de PrimaFrance (20 salariés, Colombes, Hauts-de-Seine)

Anne-Marie Morgado sait ce qu'elle veut. Quand l'éditeur de logiciels de gestion de projets Primavera a décidé de déménager son siège social européen de la Haute-Savoie, où elle est née, vers Londres, elle n'a pas voulu suivre le mouvement. C'est ainsi qu'en 1997, elle a fondé PrimaFrance, distributeur de la société américaine dans l'Hexagone. Elle a toutefois fait une concession : celle de venir s'installer à Paris, car " c'est là qu'est le business ", a insisté le responsable de Primavera. Rien ne semblait prédisposer à la création d'entreprise cette jeune femme de 34 ans qui a fait des études de langues (anglais, espagnol, portugais). Rien, si ce n'est le sens du relationnel, inné chez ce petit bout de femme, qui ne veut pas que l'on mentionne sa taille, avouant tout de même qu'" elle est plus grande qu'Edith Piaf ". " A l'origine, le technique n'était pas trop un problème, avoue-t-elle, puisqu'il s'agissait avant tout de support aux clients. Et puis, c'est intéressant d'apprendre sur le tas. " Depuis cinq ans, l'équipe s'est étoffée et compte 20 personnes, en majorité des ingénieurs, pour un chiffre d'affaires de 1,2 million d'euros.



FABIENNE LECORVAISIER

Directrice financière d'Essilor (530 salariés supervisés, Paris)

Elle veille sur les deniers

A tout juste 40 ans, Fabienne Lecorvaisier est, avec la directrice juridique, l'une des deux premières femmes à faire son entrée au comité exécutif d'Essilor. Une petite révolution chez le leader mondial des verres de lunettes ! Mais pour cette ingénieur des Ponts-et-Chaussées, l'arrivée de la direction financière au sein de l'exécutif n'est que légitime. Une victoire personnelle ? " Non, c'est quelque chose que je devais à mon équipe, 75 personnes au siège parisien et 530 dans le monde. " En dépit de ses coups de gueule fréquents, Fabienne Lecorvaisier avoue un attachement réel à son entreprise. " Ici, on ne regarde pas la poussière sur les chaussures des gens. Le groupe ne compte que peu d'énarques et de polytechniciens. On privilégie la compétence. Le directeur de la production a même commencé comme coursier...", rappelle la jeune femme, entrée dans le groupe il y a dix ans. " Je suis déjà une vieille dame dans cette société ", soupire-t-elle. Sa carrière a débuté dans la banque d'affaires. Trop peu politique et encline aux dîners en ville pour y avoir un brillant avenir, cette mère de deux petites filles opte finalement pour la finance dans l'industrie. Avec succès, si l'on en croît sa nomination au Prix du meilleur directeur financier 2002. Ses collègues louent son expérience dans les fusions-acquisitions, précieuse pour un groupe au grand appétit, numéro 1 mondial sur un marché atomisé. Mais aussi ses compétences de manager global, forgées notamment aux Etats-Unis où elle a officié deux ans comme directrice financière de la filiale américaine. Son poste actuel lui a été confié en janvier 2001. " C'est vrai que j'ai pris l'habitude de changer tous les trois ans. J'aurai donc, tôt ou tard, envie de remonter au créneau, prédit-elle en désignant l'étage supérieur, celui de la direction générale. Mais pour l'instant, j'ai largement de quoi m'occuper. "

Fabienne Lecorvaisier a une recette pour résister à la pression, même si Essilor " n'est pas un groupe qui met ses financiers en danger ". " J'essaie de développer un fort esprit de corporation au sein de mes équipes ", explique-t-elle, en avouant dans un sourire le surnom dont on l'affuble : " Miss ciseaux ".



Elle achète au juste prix

CLAIRE BRABEC LAGRANGE

Vice-présidente en charge des achats chez EADS Télécom (3 500 salariés, Saint-Quentin-en-Yvelines)

Après avoir passé l'essentiel de sa carrière chez IBM et Bull, Claire Brabec Lagrange découvre depuis un an et demi un nouveau milieu chez EADS Télécom, le pôle télécommunications du constructeur aéronautique européen. Même si l'impression est diffuse, cette diplômée de Centrale Paris se sent un peu attendue au tournant par ses collègues masculins. Mais peut-être est-ce seulement dû aux enjeux de sa fonction ? Elle a, en effet, été engagée pour muscler l'organisation des achats sur le plan international. Et, au passage, réduire de 10 % les coûts en deux ans. " La fonction achat a enfin été reconnue comme stratégique et contribuant fortement à l'amélioration des résultats de l'entreprise ", se réjouit-elle. Passionnée par son métier, cette quadragénaire a pourtant mis du temps à choisir une carrière. Après Centrale, elle rejoint IBM, à Bordeaux, qui l'oriente d'abord vers le commercial. Elle y exercera différentes fonctions pendant une dizaine d'années avant d'avoir la bougeotte. On lui offre ensuite la direction européenne des achats en prestations intellectuelles. Elle réduit les coûts de 10 % en deux ans. En 1997, le groupe lui propose de rejoindre New York. Mais un coup de fil d'un chasseur de têtes enraye l'engrenage : quinze jours avant de traverser l'Atlantique, elle donne sa démission. Elle partira chez Bull, l'éternel concurrent, en péril. " Je me suis dit que c'était le moment de sauter du nid et de voir si je pouvais voler seule ", relate-t-elle. Ses trois enfants et son époux dans ses valises, c'est donc à Paris qu'elle s'installe. " Le pari était de sauver le groupe : il m'est revenu de dépoussiérer la partie achat ". Mais le rêve s'effondre au bout d'un an et demi. Une nouvelle équipe dirigeante change de stratégie : " Ma fonction n'avait plus lieu d'être : j'ai décidé de quitter Bull. " Cette passionnée de marches dans les déserts part alors en chasse d'un nouveau challenge. Ce sera EADS Télécom.



Elle optimise les stocks

MARTINE BRANCA

Responsable logistique chez Delphi (550 salariés, Sarreguemines, Moselle)

" Je vis l'usine avec mes tripes et cela ne date pas d'aujourd'hui ! ". Recrutée en 1981, au moment de l'ouverture du site lorrain de l'équipementier, pour un stage de trois mois alors qu'elle n'avait qu'un BTS de secrétariat trilingue en poche, Martine Branca a progressivement construit sa carrière. Du service des douanes qu'elle a mis en place il y a près de vingt ans à la gestion d'une équipe logistique de 20 personnes actuellement, cette femme passionnée a vu, petit à petit, l'industrie automobile et le monde de la logistique se féminiser. " Pendant quinze ans, j'ai été la seule femme dans toutes les réunions, aussi bien chez nos clients qu'au comité de direction ", confie-t-elle. Ce qui n'a jamais entamé son pouvoir de persuasion pour négocier des délais de livraison avec ses clients ou traquer les coûts avec ses fournisseurs de transports. Pour 2003, la responsable logistique se concentrera sur l'organisation des flux à l'intérieur de l'usine. " Nous allons déployer, au cours de l'année, l'approvisionnement en composants de batteries sur les chaînes de montage d'après la méthode Kanban. " Un schéma logistique qui devrait permettre à Delphi de réduire encore ses niveaux de stocks de pièces détachées et d'améliorer sa productivité. Exerçant un métier rigoureux où les résultats se mesurent en chiffres, Martine Branca fait néanmoins confiance à son intuition pour trancher dans certains dossiers délicats. Un bon sens féminin qui lui permet de servir plusieurs centaines de clients, de l'Europe à l'Asie en passant par l'Afrique du Sud.

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