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Centre de simulation de Pau : mode d’emploi

Par Ana Lutzky - Publié le

Hier jeudi 4 février s'est ouvert le flambant neuf Centre de simulation de Pau. Partenariat entre la communauté d’agglomération, le constructeur de turbines d'hélicoptère Turboméca, et le spécialiste de la simulation C-S, il vise à faire monter en gamme le tissu de PME et PMI locales. Mode d’emploi.

A quoi cela peut-il me servir ?

Plutôt que de passer par une batterie de tests grandeur nature coûteux (crash-test dans l’automobile par exemple), la simulation permet de limiter ces tests au strict minimum, et de balayer l’essentiel des questions en amont, sous forme virtuelle. Ambition affichée par le Centre de simulation, mettre cet outil à disposition de toutes les PME-PMI, même les plus modestes. Dans le bâtiment, la simulation permet par exemple d’effectuer des modèles géométriques d’une maison avec tous ses détails, depuis la vision panoramique jusqu’au zoom du plus petit écrou, en passant par la coupe transversale du bâtiment. De quoi éviter les erreurs. Dans le traitement de surface des pales de turbines d’avion, la simulation pourra permettre d’évaluer la durée de vie des pales après grenaillage, par exemple. Une donnée utile à la PME dont le métier est de grenailler, pour rassurer son donneur d’ordre et apporter des innovations à son procédé. La filiale de Safran Messier-Bugatti, spécialiste des roues et freins carbone, a pu modéliser les mouvements d’un composant de train d’atterrissage, ou de façon plus complexe l’ensemble de ce train d’atterrissage, pour perfectionner les méthodes et les matières utilisées.

Comment ça marche ?


Pour se connecter au centre de simulation de Pau, il suffit d’une connexion Internet. Les applications sont regroupées par cœur de métier. Fluent  est par exemple le grand standard mondial du logiciel de simulation en mécanique des fluides. Le code Elsa est quant à lui très important dans pour la simulation dans l’aéronautique. Le logiciel Scilab, enfin, est la version open-source concurrente de Matlab, très utilisé par les ingénieurs. Une fois vos données rentrées, le calcul se lance, et peut durer de quelques minutes à quelques heures pour des projets simples, rarement quelques jours. Dans le cas de calculs extrêmement complexes, comme celui du comportement du train d'aterrissage dans son ensemble, les calculs peuvent durer plusieurs semaines, mais sont réalisés sur des machines extrêmement puissantes, et correspondent davantage à des besoins de grands groupes aéronautiques qu'à ceux des sous-traitants de la région. Un mail vous informe que le calcul est terminé. Il ne vous reste plus qu’à récupérer la « feuille excel » pour l’analyser, et/ou observer sa synthèse 3D, plus explicite.

Puis-je faire appel au centre de simulation si je ne suis pas une PME de la région de Pau ?

Oui, assure Jacques Duysens, directeur technique modélisation, simulation et calcul chez C-S, l’opérateur du centre. « Si c’est une PME lilloise, on répondra ». La communauté d’agglomération de Pau, partenaire du projet et soucieuse de la pérennisation de l’activité dans la région, restera vigilante néanmoins à ce que le tissu local soit bien traité.

A quoi ressemble la machine ?



Il s’agit d’un calculateur comprenant 8 CPU et 2 GGPU (voir encadré plus bas). Le GPU est un processeur graphique, appelé aussi puce, comprenant 240 processeurs logiques, appelés également cœurs. Chaque puce ou processeur physique de type CPU  ne compte quant à lui que 4 cœurs. Entre les deux, la puissance de calcul n’est pas comparable ! Reste que le processeur logique du CPU est relativement multitâche, contrairement au GPU, pour lequel il est nécessaire de décomposer le problème en opérations simples.

Combien ça coûte ?

C-S mènera au départ des « opérations séduction » avec des mini-études à très bas prix pour inciter les PME et PMI locales à solliciter le centre. Une étude complète peut avoisiner les 5.000 euros pour une PME n’ayant jamais fait de simulation. Habituellement, le ticket d’entrée est plutôt autour de 50.000 euros, souligne Jacques Duysens : « la location de logiciel est impossible en deçà de 30.000 euros, la machine en elle-même coûte environ 10.000 euros, et là vous n’avez encore rien, il vous faut un ingénieur pour faire les calculs et analyser les résultats ». Un luxe pour une usine de 20 personnes.

De manière générale, tout dépend de la prestation. S’il s’agit de louer les machines pour effectuer des calculs bruts, le service peut fonctionner pour 50 centimes l’heure de CPU (voir encadré). Mais il faut y inclure le portage et la formation de compétences le cas échéant .

Portage. Si votre PME souhaite utiliser un logiciel monoprocesseur, sur la machine octoprocesseur du centre, il faut « paralléliser » afin de tirer parti de l’architecture de la machine. Sinon, seul un processeur tournera et les sept autres dormiront ! (voir encadré). En d’autres termes, « il faut un pilote adapté à la formule 1 », vulgarise Jacques Duysens. Le portage peut être réalisé par les ingénieurs du centre.

Suis-je accompagné ?

Oui, c'est même la spécificité revendiquée par le centre. La formation ou l’apport de compétences permettent à votre PME de bénéficier de conseils de spécialistes, voire de faire appel à des ingénieurs de bout en bout pour développer la simulation désirée, assure l'opérateur du centre.

Comment être sûr que mes secrets industriels ne seront pas dévoilés ?

« La confidentialité et l’intégrité des données sont garanties », assure Pierre-Marie Brunet, chef du projet du centre de simulation de Pau chez C-S. Un protocole de cryptage protège les données d’entrée et de sortie : il s’agit d’une clé RSA de 1024 bits. A chaque connexion, un certificat est créé : il fonctionne avec une clé publique, qui doit parfaitement coller "en négatif" avec une clé privée détenue par CS.

Rentrer des informations sensibles dans un centre potentiellement utilisé par un concurrent peut faire peur. « Nous avons tous des anecdotes plus ou moins agréables liées à la sécurité : il faut faire confiance », a souligné lors de l’inauguration du centre Pierre Fabre, PDG de Turboméca. Une référence aux bisbilles dans le cadre du pôle de compétitivité Aerospace Valley, rappelle Jacques Authesserre, chef du département simulation au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies renouvelables. Le fabricant de trains d'atterrissage Messier avait peu apprécié au départ de collaborer avec Liebherr, une filiale d’Airbus en concurrence frontale.


GPU, CPU ?

Le CPU, Central processing unit, est un processeur physique classique. Il permet d’effectuer une série d’additions et de multiplications, des matrices, qui feront tourner un modèle mathématiques sur la base des données rentrées par l’industriel, et déboucheront sur la simulation demandée. Le GPU, graphic processor unit, n’est autre que la carte graphique, utilisée au départ uniquement dans les jeux vidéos. Ce processeur quelque peu spécialisé offre néanmoins une puissance de calcul supérieure à celle du CPU, si l’on sait tirer profit de ses caractéristiques. « Le GPU est un formidable accélérateur de puissance », s’exclame ainsi Jacques Duysens, directeur simulation et modélisation de C-S. Airbus y a d’ailleurs rapidement vu l’intérêt, et s’est empressé de l’utiliser pour ses simulations de vol.

Utiliser les GPU pour autre chose que de la vidéo nécessite néanmoins des techniques de programmation particulières. Nvidia, premier constructeur mondial de carte graphique, est à la pointe du marché avec son interface de programmation CUDA. Deuxième sur la piste, OpenCL, consortium d’industriels, « arrive très fort », explique Pierre Marie Brunet, chef du projet lié au Centre de simulation de Pau chez C-S. Le français Capps est également sur la brèche avec l’environnement d’exécution HMPP. Enfin, HPC project, qui fournit les machines du centre de simulation de Pau, fournit un outil de parallélisation automatique : il propose un compilateur de codes C, C++, Fontran, et les convertit immédiatement en code GPU.


 

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