Cellules souches embryonnaires: le débat est relancé
Le 25 août 2010 par Rémy Maucourt
La recherche sur les cellules souches embryonnaires est au centre d'un débat intense aux États-Unis. Un juge en a interdit le financement fédéral, en désaccord avec la Maison Blanche.
Royce Lamberth a créé la surprise en relançant un débat que beaucoup croyaient achevé. Ce juge fédéral américain a interdit par une décision en référé le financement public pour la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Ce coup de théatre vient contredire la politique de l'administration en place, qui peut encore faire appel.
A peine élu, Barack Obama avait relancé la recherche sur ce type de cellules. Prenant le contre-pied de la politique de George W. Bush à ce sujet, il avait alloué des crédit publics à ce domaine polémique. Mais le débat est resté ouvert.
Idéologie religieuse et recherche médicale
Les cellules souches embryonnaires proviennent de l'embryon humain, dans les tout premiers jours de développement. Des scientifiques pensent pouvoir les transformer en n'importe quelles cellules du corps, cardiaques, pancréatiques ou cérébrales. Cela permettrait de remplacer des cellules endommagées ou malades, ouvrant la voie à des avancées thérapeutiques majeures.
Pour les conservateurs religieux, la vie commence à la conception. Ils s'opposent donc à toute recherche aboutissant à la destruction d'embryons. Des associations chrétiennes ont déposé plainte devant le tribunal fédéral du juge Royce Lamberth, en ciblant les financements publics.
Quel impact sur la recherche?
Si ce jugement est confirmé, le gouvernement américain devra suspendre 54 millions de dollars de financement pour les labos. "Cette décision peut infliger de sérieux dommages à une des branches les plus prometteuses de la recherche biomédicale, juste au moment où nous commencons réellement à lancer les projets" s'est indigné le docteur Francis S. Collins, directeur du National Institute of Health, cité par le New York Times.
Le juge Lamberth voit la situation différement. Selon lui, la suspension prononcée "ne va pas gêner les chercheurs puisqu'elle maintient le statu quo et ne les empêche pas d'obtenir des financements privés". Il va jusqu'à mettre en doute le potentiel de cette recherche: "Les malades n'en pâtiront pas non plus puisque la possibilité qu'un jour la recherche sur les cellules souches embryonnaires puisse aboutir au traitement de leur maladie reste hypothétique".
En France
Les lois françaises de bioéthique régissant entre autres la recherche sur les cellules souches sont en révision. L’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST) a rendu public son rapport sur ce type de recherche début juillet. Les nouvelles lois devraient être définitivement adoptées fin 2010/début 2011. Pour le moment les recherches sur les cellules souches embryonnaires humaines sont soumises à l’Agence de Biomédecine, seule habilitée à donner le feu vert.
Des études sont en cours
Plusieurs entreprises américaines travaillent actuellement sur ces cellules. Le pionnier du secteur, le californien Geron a reçu fin juillet l’autorisation de la FDA pour lancer un nouvel essai clinique: pour la première fois, un traitement issu des cellules souches embryonnaires va être testé sur des humains. L’objectif est de restaurer la fonction de la moelle épinière chez des patients blessés au niveau du thorax.
D'autres laboratoires pharmaceutiques ont investi dans ce domaine en émergence. En novembre 2008, l’américain Pfizer a ouvert une unité de médecine régénératrice de 70 chercheurs pour travailler notamment sur ce sujet. Pour ses propres recherches, Sanofi-Aventis a une collaboration depuis février 2009 avec un institut indépendant, le Salk Institute for Biological Studies.

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