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Ce que Made in France veut dire

Par Thibaut de Jaegher - Publié le
Thibaut de Jaegher, rédacteur en chef
© DR

Le patriotisme économique est un des thèmes de campagne. Mais de quoi parle-t-on vraiment quand on se dit pour le "fabriqué en France" ?

La fibre patriotique du XXIème siècle ne s’exprime plus sur les champs de bataille mais dans les magasins ! Alors que la campagne pour l’élection présidentielle ne fait que débuter, un thème majeur est en train de s’imposer dans les débats : la préférence nationale en matière économique. Reprenant un vieux slogan des années 90, les principaux candidats font de  « nos emplettes sont nos emplois » un axe majeur de leur communication. François Bayrou, qui s’est déclaré la semaine dernière, s’est transformé en héraut du « acheter français ». François Hollande, lors d’une journée consacrée à l’industrie, a pris soin de visiter la seule usine française assemblant des tablettes numériques (une spécialité plutôt chinoise). Quant au président de la République, Nicolas Sarkozy, il sera en déplacement chez Rossignol, le 13 décembre, pour vanter le « produire en France ».
 
Leur argumentaire est simple : pour réindustrialiser notre pays, ils veulent promouvoir un nationalisme économique. Le problème, c’est que les formules simplistes utilisés par les candidats ne rendent pas bien compte, par définition, de que ce que représente aujourd’hui le « Made in France ». Quand on l’évoque, on pense spontanément usines et ouvriers, cheminées et fumées, produits et machines, outils et matériaux… C’est oublier que l’industrie a beaucoup évolué ces dernières années. Ce secteur n’est plus seulement le fruit du travail de sites de production mais également celui  de cabinets de design, de bureaux d’ingénierie, de centres de R&D, de société de services informatiques, de médias (comme le nôtre !) ou d’écoles d’ingénieurs.
 
La valeur ajoutée de « l’usine France » ne se réduit donc pas à une histoire de production. Elle est le fruit de tout un écosystème que les petites phrases politiciennes peinent à retranscrire. Il serait pourtant salutaire pour promouvoir l’industrie française de contribuer à changer son image. En fait, c’est la définition même du « fabriqué in France » qui doit être revu. Elle est à la fois trop étroite (on vient d’expliquer pourquoi) et trop large. Trop large car, pour arborer le précieux label, les industriels sont passés maîtres dans l’art de naturaliser des produits en jouant avec les subtilités du code des douanes. Ainsi, un tee-shirt fabriqué au Bangladesh pour 1 euro, sur lequel on appose une broderie de 5 euros faite en France, passe au-dessus des 45% de valeur ajoutée et décroche le droit d’arborer une étiquette « Made in France »…

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