Ce à quoi nous, la génération de l'internet, nous croyons, par Gilles Babinet

Mis à jour le 29 novembre 2012, à 08h40 - Publié le
Clavier d'ordinateur fou
© sudden inspiration - Flickr - C.C.

  Alors que s'ouvrent les Assises du numérique, qui se dérouleront les 29 et 30 novembre à Paris Dauphine, Gilles Babinet digital champion de la France au sein de l'Union européenne invective les participants : "Nous sommes dans un nouveau monde. Il ne tient qu'à nous de décider s'il faudra des décennies pour en hâter la venue, ou seulement quelques années."

Apparemment, il n'y a pas de raison d'espérer. Apparemment nous allons passer des années, si ce n'est des décennies à nous débattre avec la dette souveraine. Apparemment, il n'y a plus personne pour porter un vrai projet européen. Apparemment, l'énergie et les matières premières vont coûter de plus en plus cher, dans un monde de plus en plus fini. Apparemment, dans trop de pays, nous assistons à une montée des extrémistes qui ne présage de rien de bon. Apparemment encore, les Etats ? et le nôtre en particulier ? ne semblent pas avoir une quelconque recette magique pour nous sortir de ce marasme.

Rien n'indique pourtant que ces fatalités apparentes ne nous soient imposées. Nous sommes dans un monde nouveau. Un monde où le moindre smartphone dispose d'une puissance de calcul plus importante que l'ordinateur qui a emmené l'homme sur la lune. Un monde où la plus grande encyclopédie a été écrite par une collaboration de centaines de milliers d'humains, issue de tous les pays ; un monde où il n'est plus possible aux états de terroriser leurs populations sans que cela ne se sache presque immédiatement, un monde où des moyens éducatifs extrêmement puissants sont désormais gratuits ; un monde où la médecine est sur le point d'effectuer des avancées décisives grâce à la "big data", un monde où le savoir est justement sacralisé et déterminent ; un monde où la société civile a pris une place telle que les entreprises et les états sont obligés de reconsidérer leurs rôles ; un monde où chacun pourrait apprendre à son rythme ; un monde dont l'efficacité énergétique peut être émultipliée en optimisant l'utilisation des équipements en fonction des besoins immédiats et individualisés ; un monde dont la production agricole serait à la fois élevée et durable, grâce à une adaptation poussée des besoins grâce à des flux de données (satellite, capteurs, etc.) permanents.

Nous sommes dans un monde nouveau. Un monde où le moindre smartphone dispose d'une puissance de calcul plus importante que l'ordinateur qui a emmené l'homme sur la lune.

 

Ce monde est à portée de main. Il a déjà commencé à exister. Il ne tient qu'à nous de décider s'il faudra des décennies pour en hâter la venue, ou seulement quelques années. Nous pouvons courir après de vieilles lunes ou construire une société du savoir, où les universités seront utilement réformées pour former les informaticiens, les data scientistes, les designers et tant d'autres métiers qui nous manquent déjà tant. Nous pourrions disposer d'une vraie volonté politique pour qu'enfin le dossier médical personnalisé voie le jour, sans être un ersatz du projet initial. Nous pourrions être les citoyens actifs d'un Etat moderne qui leur permettrait de contribuer fortement à la vie de la cité en ne s'en méfiant plus mais en les écoutant et en collaborant avec eux. Nous pourrions dès à présent mettre en place des mesures pour favoriser l'émergence d'une filière industrielle et de service dédiée aux enjeux de la dépendance. Nous pourrions repenser notre système éducatif, l'un des plus inefficaces au monde si l'on compare les moyens que l'on y met avec les résultats pitoyables qui en découlent, nous pourrions supprimer nombre de tracasseries administratives pour les entreprises et les citoyens en les automatisant et les numérisant. Voici ce à quoi, nous, la génération de l'internet nous croyons. Voici pourquoi nous croyons en l'avenir. Voici ce à quoi nous enjoignons notre classe politique de se saisir sans tarder. Voici l'opportunité d'un monde nouveau.

Gilles Babinet,
Entrepreneur et ancien président du Conseil National du Numérique,
Digital Champion, représentant la France au sein de l’Union européenne

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5 réactions

GG | 04/12/2012 - 23H12

Comment peut on laisser un tel individu représenter la France? En tout cas ce n'est pas la France que je souhaite : une France dématérialisée à ce point !! Non, L'enseignement, ce sont des enseignants qui motivent les élèves et leur donnent envie d'apprendre l'agriculture, ce sont des gens qui "labourent" et la France, c'est des usines qui créent des emplois !

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garcimore | 02/12/2012 - 23H25

La france est en retard sur l'éducation informatique ?

Je me souviens de mes années de primaire et collège, c'était dans les années 80, on avait déjà des cours sur MO5 et TO7 en primaire et PC au collège.

Evidemment c'etait en option, il fallait le choisir. De même au lycée.

Je crois que le problème qui se pose depuis un bon bout de temps c'est que les conditions de travail et les rémunérations du secteur ne sont plus mais alors plus du tout attractives.

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Marius | 02/12/2012 - 15H04

Si Monsieur Gilles BABINET pouvait faire preuve d'un peu plus de modestie en évitant de parler au nom de toute "la génération de l'internet", ça serait apprécié.

Apparemment, le fait d'être propulsé "digital champion" fait quelque peu enfler ses chevilles...

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Régis | 29/11/2012 - 23H12

Moi, génération de l'Internet, je ne crois pas à tous ces discours grandiloquents sur le numérique (et parfois déconnectés de certaines réalités sociales) qui deviennent plus que lassants...

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FranceNumériquedenBas | 29/11/2012 - 22H36

Mais non M. BABINET mais non... On ne manque absolument pas d'informaticiens, de designers et autres spécialistes du numérique en France, ils sont en effet beaucoup plus nombreux que vous ne le pensez au chômage !

On manque surtout de dirigeants lucides, altruistes et "sociaux" qui savent former leurs salariés et les chômeurs, et qui n'attendent pas que l’État ou l’Éducation nationale le fasse systématiquement à leur place ! Des dirigeants du numérique qui, contrairement à vous, parlent un peu moins et agissent plus...

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