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Casse dans la porcelaine de Limoges

Publié le

Le tribunal de Limoges vient de placer en redressement judiciaire le porcelainier Haviland. Un accroc de plus dans un secteur mis à mal par des difficultés conjoncturelles et structurelles.

C'est l'une des sociétés emblé-matiques de la porcelaine de Limoges, Haviland (15,9 mil-lions d'euros de chiffre d'affaires en 2003, 310 salariés), fondée en 1842 par l'américain Théodore Haviland, qui vient d'être placée, le 26 mai, en redressement judiciaire (avec une période d'observation de six mois renouvelable et poursuite d'activité). Le montant du passif n'a pas été dévoilé, mais il atteindrait plusieurs millions d'euros. La société, reprise par un fonds de pension américain en 2000, affiche des dettes sociales, fiscales et des impayés auprès de fournisseurs. Ses résultats 2001 et 2002 étaient convenables, et la modeste perte d'exploitation de 2003 ne semblerait pas tout expliquer. La direction attend le rapport d'un audit de gestion pour connaître la situation financière de la société. Et, les repré- sentants du personnel, qui avaient déclenché un droit d'alerte, ont demandé une expertise comptable.

Une crise profonde

Le nouveau directeur, Michel Rzetelny, évoque « la crise de la porcelaine de Limoges, historiquement longue, qui a déjà frappé plusieurs entreprises. » Une crise profonde en effet, qui affecte plusieurs acteurs : Dynasty Tharaud (77 salariés) a été liquidé il y a un an. Haviland & Parlon a été repris par le groupe porcelainier Ercuis, associé à Bernardaud. Ce dernier vient, lui-même, de procéder à dix-huit licen-ciements dans ces unités d'Ora-dour-sur-Glane et Limoges (environ 400 salariés), et d'autres ne sont pas exclus à Aixe-sur-Vienne (45 salariés). L'entreprise Artoria (42 salariés), fabricant de boîtes à pilules, est également en redressement judiciaire depuis début mai. Et le tribunal de commerce de Limoges vient de prolonger de cinq mois la période d'observation.

Une main-d'oeuvre coûteuse

En fait, le secteur des Arts de la table est confronté à un double problème, structurel et conjoncturel. Depuis les années 1950, la plupart des sociétés n'ont modernisé ni leur outil de production, ni leurs méthodes, ce qui les place en situation fragile. « La seule entreprise qui se porte bien est Doralaine, au Dorat, dirigée par Philippe Deshoulières, qui a automatisé sa production et changé sa politique commerciale pour fournir le marché des collectivités en porcelaine blanche », note Jean-Louis Darnis, le représentant FO de la branche céramique.

Industrie de main-d'oeuvre, la porcelaine doit aussi compter avec la concurrence accrue de l'Asie et des pays de l'Est. Les porcelainiers ne peuvent plus lutter face à ces concurrents qui n'existaient pas auparavant. « On risque de revivre, à Limoges, la même crise que la chaussure dans les années 70, au temps où la ville était encore la capitale du secteur : seul Weston a subsisté, poursuit Jean-Louis Darnis. Je vois mal l'avenir... Quelques marques connues vont se regrouper autour d'un gros pôle de porcelainiers avec Bernardaud et Ercuis en chefs de file. Et les petites maisons fermeront. » Pour réduire les coûts, certains sous-traitent déjà dans les pays de l'Est et nombreux seraient tentés de délocaliser...

Majoritairement exportée aux Etats-Unis, la porcelaine est pénalisée par un euro trop fort. Ce que ne manque pas de rappeler le président de l'Union des fabricants de porcelaine, Bertrand Raynaud. Et d'égrener la longue liste des circonstances dont les fabricants subissent les contrecoups: « baisse de la consommation, montée de la concurrence chinoise, coûts de production trop élevés, impact des 35 heures, attentats du 11 septembre, conflit en Irak ... » Sans oublier la perspective de la levée des quotas à l'export des pays asiatiques, au 1erjanvier 2005.

Sauver la tradition

A la demande du préfet, le Conseil régional, soucieux de conserver une industrie traditionnelle qui assure à Limoges une réputation internationale, va cofinancer une double étude sur les besoins en ressources humaines et formation, et l'évolution économique du secteur. « C'est déjà trop tard, estime un observateur local, très pessimiste pour l'avenir. Il y a dix ans qu'elle aurait dû être faite. »

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