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Cacophonie politique autour d'Heuliez

Par Redaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Luc-chatel-DR

Le FSI pourrait finalement investir 10 millions d'euros dans l'entreprise, qui risque la cessation de paiements. Mais sous condition de réunir un tour de table de 45 millions et de présenter un «projet industriel réaliste». Le démantèlement n'est donc pas

Retournement de situation. L'Etat est prêt à investir 10 millions d'euros dans Heuliez, a déclaré le secrétaire d'Etat à l'Industrie Luc Chatel lors d'une conférence de presse mardi midi. L'investissement se ferait par le biais du Fonds Stratégique d'Investissement (FSI), à condition : de réunir un tour de table auquel participent des partenaires industriels et financiers, ainsi que les actionnaires du groupe (la famille Quéveau) ; et que l'entreprise présente « un projet industriel réaliste ».

Selon le Secrétaire d'Etat, un fonds d'investissement serait prêt à investir 7 millions d'euros, sur les 45 millions dont l'entreprise a besoin. En comptant les 5 millions promis par le conseil régional, resterait donc à trouver 23 millions auprès d'industriels et des actionnaires. Dans le cas contraire, l'Etat débourserait quand même 10 millions d'euros, soit autant que ce devait apporter l'indien Argentum s'il avait honoré son engagement, mais pas à travers le FSI, a précisé Luc Chatel.

L'intervention de Nicolas Sarkozy - le président se serait saisi lui-même du dossier - aurait-elle fait faire volte face au FSI ? Hier, au cours d'un comité d'entreprise extraordinaire, les partenaires sociaux s'étaient vus opposer un refus du Fonds. Refus qui tombe au plus mal, au moment où on apprend que l'ex-PDG de Valeo, entreprise dans laquelle le FSI a investi récemment et qui licencie 1.600 personnes en France, part avec un parachute doré de 3,2 millions d'euros

Polémique. Heuliez a lui aussi licencié pour se restructurer (ses effectifs sont passés de 1.600 en 2000 à 1.100), mais il espérait que les plans sociaux étaient derrière lui. Le carrossier est aujourd'hui le premier employeur industriel du département des Deux-Sèvres, dans la région Poitou-Charentes que préside Ségolène Royal. Très impliquée dans le dossier, le conseil régional finançant un projet de véhicule électrique développé par l'entreprise, celle-ci a évoqué de possibles pressions de Bolloré (qui participe aussi à la construction d'une voiture électrique, la Bluecar) sur  Nicolas Sarkozy destinées à bloquer l'attribution de crédits publics à Heuliez. Cela faisait longtemps que le président n'avait pas été accusé de collusion avec l'homme d'affaires, depuis l'affaire du yacht.

« Ces propos sont vraiment irresponsables » a commenté Luc Chatel sur les ondes de RTL. De son côté, le groupe Bolloré a publié un communiqué dans lequel il rappelle « qu'il n'est en aucune façon concurrent de la société Heuliez, mais seulement un fournisseur potentiel de batteries et de supercapacités ». « Le groupe familial Bolloré qui aura investi sur ses fonds propres un milliard d'euros sur les batteries et est en train de finir deux importantes usines à Quimper (...) où il emploie près de 1 000 personnes, trouve assez irresponsable dans la période de crise que notre pays traverse d'essayer de monter des groupes français les uns contre les autres. »

Passons. Reste à savoir ce que Luc Chatel considère comme un « projet industriel réaliste ». C'est peut-être là que l'on peut boucler avec les propos tenus hier sur un démantèlement de la société. Soulignant sur RTL que la crise que traverse Heuliez n'est pas seulement liée à la crise mais aussi aux difficultés structurelles du secteur de la carrosserie, Luc Chatel laisse la porte ouverte à un démembrement de l'entreprise par activité, qui serait une condition de « réalisme ». Les activités véhicules électriques (quelques dizaines de personnes) et bureau d'études (200 personnes) seraient alors mieux placées pour être pérennisées en limitant la casse sociale que l'entité production. 

Raphaële Karayan


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