Bruxelles et une vingtaine de partenaires industriels viennent en aide à Symbian
Par Christophe Dutheil - Publié le
Délaissé par Nokia, son propriétaire depuis 2008, le système d'exploitation open source Symbian n'a peut être pas dit son dernier mot. Il vient de recevoir un soutien inattendu de la part de l'Union européenne et de 24 entreprises unies dans un nouveau consortium Symbeose (pour «Symbian – the Embedded Operating System for Europe»).
Après avoir bataillé ferme contre la position dominante de Microsoft dans les ordinateurs, l'Union européenne semble bien décidée à encourager la diversité des systèmes d'exploitation dans les mobiles, et à ne pas laisser Apple, Google et RIM s'accaparer la totalité de ce juteux marché. L'institution a déjà annoncé, fin septembre, son soutien au projet WebinOS, porté par le centre FOCUS (« Fraunhofer Institute for Open Communication Systems ») de l'institut allemand Fraunhofer et dédié à la création d'une nouvelle plate-forme « universelle » compatible avec les quatre grands types de terminaux (smartphones, ordinateurs, équipements multimédia et ordinateurs de bord).
En complément de cette initiative, l'Union vient d'apporter une aide surprise de 11 millions d'euros à la plate-forme mobile Symbian, nommée « initiative technologique conjointe » dans le cadre du projet Artemis pour les systèmes embarqués. Cette somme servira à financer les projets de développement identifiés par le nouveau consortium Symbeose (pour «Symbian – the Embedded Operating System for Europe»). Lequel rassemble 24 organisations (équipementiers, opérateurs, universités...), qui verseront 11 millions d'euros supplémentaires pour le développement de Symbian.
Symbeose
À quoi serviront les 22 millions d'euros ? D'abord à revigorer le système Symbian. Après avoir été racheté fin 2008 par Nokia, ce système est de plus en plus délaissé par ce dernier, qui a décidé de concentrer ses efforts sur sa plate-forme de développement Qt et la distribution Linux pour mobiles Meego.
Selon la fondation, les fonds seront aussi utilisés pour faciliter l'utilisation de Symbian sur les terminaux du futur. Ils serviront, entre autres, à développer de nouvelles technologies permettant de réduire la consommation énergétique des appareils dotés de processeurs multi-coeur, par exemple les techniques de traitement asymétrique des processeurs (chaque processeur se voit confier une tâche particulière par le système). Le consortium devrait aussi plancher sur le « cloud computing » et travailler sur de nouvelles applications permettant d'utiliser les services en nuage sur les mobiles.
Complémentaire de WebinOS ?
Ce projet sera-t-il concurrent de WebinOS ? Non, selon le chercheur allemand Stephan Steglich, en charge de cet autre consortium. « Le projet WebinOS ne porte pas sur le coeur du système d'exploitation mais plutôt sur des applications d'exécution compatibles avec tous les systèmes », explique-t-il. « Rien n'a été décidé mais on peut imaginer à l'avenir de rendre WebinOS compatible avec Symbian, d'autant qu'il s'agit d'une technologie européenne qui a une longue et riche histoire. Mais tout dépendra de l'importance qui sera accordée à Symbian par le marché ».
Sur ce point, les professionnels sont pour l'instant très pessimistes, malgré les 40,1% de parts de marché dont bénéficiait toujours Symbian OS en 2010 (selon Gartner). « Les entreprises nous demandent des développements sous Android, sous iOS [Apple] et dans une moindre mesure sous Windows Phone. Mais on ne nous a encore jamais rien demandé sur Symbian », indique Dominique Siacci, gérant de la société de services corse DuoApps, spécialiste du développement d'applications pour mobiles. Même son de cloche du côté de Jérome Pouiller, un expert des systèmes Linux embarqués (société Sysmic) : « Symbian a un existant assez fort. Mais je ne parierais pas sur ce système pour l'avenir ».
Christophe Dutheil

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