Bristol-Myers Squibb mise sur le site d’Agen
Par Gaëlle Fleitour - Publié le
Restructuré, le laboratoire prépare l’avenir. Béatrice Cazala, responsable mondiale de la commercialisation, de l’Europe et des marchés émergents, livre ses perspectives pour la France, où deux usines ont été fermées.
Oubliée la big pharma. Bristol-Myers Squibb (BMS), douzième laboratoire mondial, entame sa mue. Après avoir perdu, en moins de quatre ans, 50% de ses volumes de production dans le monde à cause de l’arrivée des génériques, le laboratoire américain s’est restructuré.
Sur le plan stratégique, d’abord, en se focalisant sur six grandes aires thérapeutiques. Mais aussi sur le plan industriel en resserrant ses effectifs de 45 000 à 27 000 personnes entre 2009 et 2010. En France, cela s’est traduit par la fermeture de deux des trois usines. Meymac, en Corrèze, et à Epernon, dans l’Eure et Loir, ont mis la clé sous la porte. Reste le site d’Agen, dans le Lot-et-Garonne, ancien laboratoire Upsa.
Un mauvais signal donné à l’Hexagone ? "Non", se défend Béatrice Cazala, responsable mondiale de la commercialisation, de l’Europe et des marchés émergents chez BMS, dans un entretien à l’Usine Nouvelle. "Nous avons fait des sélections de centres d’excellence dans différents pays. En France, l’usine d’Epernon fabriquait des médicaments qui ont perdu leurs brevets. Mais nous avons fait du site d’Agen – qui produit 400 millions de boites, soit 50% en volume des médicaments de BMS- un centre d’excellence. Nous y investissons toujours entre 17 et 20 millions d’euros par an."
Un antidiabétique en attente de validation pour sa commercialisation
Si 400 personnes ont été concernées par la restructuration, le laboratoire dit en avoir reclassé 70 à Agen. Et mise sur la valeur ajoutée et "l’amélioration continue" de cet établissement où travaillent 1400 salariés. Mais l’avenir dépendra aussi des politiques de santé.
Il pourrait en effet être menacé par les mesures de déremboursement qui se profilent dans le nouveau budget de la Sécurité Sociale… "60% de la production d’Agen est à destination du marché français, majoritairement des produits à base de paracétamol, note Béatrice Cazala. Ils peuvent être remboursés lorsqu’ils sont sur prescription. Cela évite de passer à des médicaments plus lourds, et les Français sont attachés à cette valeur médicale."
BMS mise aussi sur l’innovation, fondamentale dans sa stratégie de "bio-pharma". Le laboratoire a lancé trois médicaments en trois mois, dont le Yervoy, un anticancéreux contre le mélanome avancé, qui est en attente de remboursement en France. "Entre les essais cliniques et son approbation, nous avons donné accès à ce produit à 900 patients en autorisation temporaire d’utilisation. En seulement quatre doses, ce produit a multiplié par deux la durée de survie des malades", précise Béatrice Cazala.
En juillet, son nouveau produit antidiabétique Dapagliflozin, co-développé avec AstraZeneca, a vu sa mise sur le marché déconseillée par un comité consultatif de l’agence sanitaire américaine (FDA). "Il est en cours d’évaluation en Europe et aux Etats-Unis. Nous aurons une réponse de la FDA dans très peu de temps."
BMS doit aussi se préparer à la perte de brevet prochaine aux Etats-Unis du Plavix, un anticoagulant, son blockbuster. "Nous l’avons déjà perdu en Europe de façon un peu curieuse, car c’est arrivé plus tôt que prévu en Allemagne, estime la dirigeante pour l’Europe. Mais les modèles sont bien établis en matière de perte de brevet. Dans les pays comme les Etats-Unis ou l’Angleterre, il n’y a pas grand-chose à faire : vous perdez beaucoup très vite. Nous sommes en partenariat avec Sanofi sur ce produit : nous avons bien travaillé pour gérer au mieux ces échéances."
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