BP prépare ses prochaines cessions, nouvelle enquête en vue
Publié leLONDRES (Reuters) - Au lendemain de l'annonce par BP de son intention de céder pour 30 milliards de dollars d'actifs pour couvrir le coût de la marée noire dans le golfe du Mexique, les demandes de dédommagements devraient rapidement s'accumuler mais les marchés s'interrogent toujours sur les activités et filiales dont le groupe se séparera.
Après le remplacement du directeur général, Tony Hayward, par l'Américain Bob Dudley, les rumeurs évoquant les candidats au rachat d'actifs vont bon train.
BP a annoncé mardi que ses cessions d'actifs pourraient atteindre un montant global de 30 milliards de dollars (23 milliards d'euros) sur les 18 prochains mois, ce qui pourrait lui permettre de ramener son endettement entre 10 et 15 milliards.
Selon des sources proches du dossier, BP est entré en discussion avec les indiens Reliance Industries et Essar en vue de la vente de ses activités de distribution de carburants en Afrique, estimés à 500 millions de dollars.
La filiale indonésienne de la compagnie s'est parallèlement empressée de démentir les rumeurs de cession la concernant: "Notre stratégie et nos plans ne changent pas en Indonésie. L'Indonésie est un endroit stratégique pour BP", a déclaré à Reuters le président de BP en Indonésie, William Lin.
Selon des sources bancaires, BP serait plutôt susceptible de céder ses parts dans le gisement géant de Prudhoe Bay en Alaska, ses intérêts dans la Pan American Energy en Argentine ainsi que des actifs moins importants au Vietnam, au Pakistan et en Colombie.
BP a déjà commencé à céder plusieurs milliards de dollars pour financer un fonds d'indemnisation de 20 milliards de dollars. La semaine dernière, le groupe a conclu la vente de sept milliards de dollars d'actifs à l'américain Apache et il envisage de céder des actifs dans le gaz au Pakistan et au Vietnam, valorisés environ 1,7 milliard de dollars.
BP FACE À SES RESPONSABILITÉS
L'équivalent de plus de cinq millions de barils de brut se sont écoulés dans le golfe du Mexique, selon les estimations du gouvernement américain, depuis l'explosion de la plate-forme Deepwater Horizon qui a fait onze morts le 20 avril.
Le pétrole échappé du puits a pollué les côtes de cinq Etats du sud des Etats-Unis, causant d'importants préjudices au tourisme et à l'industrie de la pêche.
BP n'a pas encore trouvé le moyen de combler totalement la fuite mais pourrait entamer la dernière procédure prévue en fin de semaine prochaine.
En attendant, les demandes de dédommagements s'empilent, de même que les dossiers de l'enquête ouverte pour déterminer les responsabilités dans l'accident.
Les autorités américaines préparent une enquête pénale sur au moins trois entreprises impliquées dans la marée noire du Golfe du Mexique: BP, Transocean et Halliburton, a rapporté mercredi le Washington Post.
La commission des Affaires étrangères du Sénat s'efforce par ailleurs de déterminer si BP a fait pression sur les autorités britanniques pour qu'elles libèrent l'agent libyen Abdel Basset al Megrahi, condamné pour l'attentat de Lockerbie, qui avait fait 270 morts en 1988.
Le groupe pétrolier est soupçonné d'avoir plaidé en faveur d'une libération par crainte qu'un maintien en détention ne fasse capoter un projet de contrat pétrolier en Libye.
A la Bourse de Londres, le titre BP perdait près de 1% à 402 pence en fin de séance, les investisseurs réagissant à l'annonce d'une charge exceptionnelle de 32,2 milliards de dollars liée à la marée noire, qui fait plonger les comptes du groupe britannique dans le rouge à hauteur de 16,97 milliards pour le seul trimestre avril-juin.
BP a perdu 40% de sa valeur en Bourse depuis le début de la catastrophe.
"La vraie question est celle de l'avenir de BP dans les deux prochaines années", précise des analystes de Morgan Stanley.
"Les investisseurs auront besoin d'éclaircissements sur l'impact des ces cessions d'actifs et il faudra leur assurer de nouveau qu'il y aura bien un changement de culture d'entreprise, axé sur la sécurité (...) avant que BP puisse de nouveau être à la hauteur de ses concurrents."
Des dirigeants du secteur jugent que le contexte général est plutôt favorable à des cessions d'actifs, la relative stabilité des prix du pétrole ces neuf derniers mois facilitant les discussions entre acquéreurs et vendeurs.
Tom Bergin, Catherine Monin pour le service français, édité par Marc Angrand
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