Bourges mise sur une politique de filières
Le 24 mars 2005 par DE NOTRE CORRESPONDANT JEAN-CHRISTOPHE SAVATTIER | L'Usine Nouvelle n° 2956Le tissu industriel berruyer compte sur ses ressources dans le domaine des risques industriels, des capteurs et mesures et de la propulsion, pour pallier le déclin de l'industrie de l'armement.
Les implantations récentes à Bourges, dans le Cher, du fabricant de moteurs Diesel pour l'aviation légère SMA ou du laboratoire Delpuech, un spécialiste de l'analyse environnementale, « ont été favorisées par l'existence d'importantes ressources locales dans le domaine de la propulsion et des risques industriels », affirme Patrick Sénée, le directeur du déve-loppement économique de la Communauté d'agglomération de Bourges. Les résultats sont encore modestes, mais l'impulsion a été donnée : afin de faire pièce à la décrue irrésistible des effectifs employés par l'industrie de défense (MBDA, Giat Industries, DGA), Bourges mise sur le développement de plusieurs filières de pointe. Dirigée par Gérald Hayotte, un ex-responsable syndical de Giat Industries, la filière « risques industriels » est l'une des plus prometteuses.
Ce regroupement informel, devenu un Centre national des risques industriels (CNRI) en février 2002, « s'appuie sur la forte culture de prévention partagée par tous les acteurs de la filière locale d'armement », précise Gérald Hayotte. Le CNRI fédère l'Ecole d'ingénieurs de Bourges (Ensi), l'Ecole de pyrotechnie, ainsi que deux laboratoires universitaires de haut niveau dépendant de l'Université d'Orléans : le Less (Energie, explosions, structures) et le Laboratoire de vision robotique (LVR). A ce premier cercle vient s'ajouter une antenne de l'Ineris (Institut national de l'environnement industriel et des ris-ques), et le Cederit (Centre d'études et de prévention des risques industriels), une unité d'une quinzaine d'ingénieurs de Giat Industries, versés dans le calcul de probabilités.
Le CNRI s'est d'abord positionné sur le « marché » de la recherche et de la formation d'ingénieurs. « Nous n'entendons pas nous limiter à ce seul volet, prévient Gérald Hayotte. Nous proposons aussi toute une palette de prestations aux PMI : audits et études de dangers, dépollution des sols, tierce expertise. » Mais, pour l'heure, cette activité de transfert, embryonnaire, n'a pas encore trouvé son public.
« Capteurs et mesures » se met en place
Une seconde filière s'est développée autour d'une activité capteurs et mesures, illustrée à Bourges par Auxitrol, une entreprise spécialisée dans la conception d'ins- truments de mesure pour l'aéronautique et le secteur pétrolier. Des grandes entreprises industrielles locales (MBDA) apportent leur concours à cette initiative qui peut aussi compter sur de plus modestes protagonistes, tel Urbaflux, un spécialiste de la distribution d'énergie et quelques sous-traitants (Mécabase, SMCI). La filière s'appuie sur le Centre Henri-Giroudot (recherche et transfert de technologies), « un lieu d'expertise technique ouvert aux entreprises qui financent entre 30 et 40 % du coût des équipements et viennent tester in situ des projets précis », précise Yves Parmentier, le coordinateur. Sur la période 2000-2004, près de 25 projets, pour un montant variant entre 5 000 et 900 000 euros, ont été conduits par le centre, « représentant la réalisation de quatorze thèses de recherche, et impliquant une soixantaine d'entreprises », note Yves Parmentier.
La filière capteurs et mesures revendique avoir contribué à la création d'une trentaine d'emplois sur la période. Last but not least, le dernier pilier du développement économique berruyer rassemble des compétences dans le domaine de la propulsion du futur. Il s'appuie sur les ressources de Giat Industries, de MBDA et du Less, associées aux compétences orléanaises essentielles du pôle Epee (Energétique, propulsion, espace et environnement), qui a apporté sa contribution à la résolution de différentes problématiques de propulsion posées par le programme du lanceur Ariane. Ces compétences, aujourd'hui valorisées sous l'appellation gestion des systèmes énergétiques, composent d'ailleurs le coeur d'un des deux principaux projets régionaux de pôles de compétitivité.

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