Bosch, le moteur du Grand Rodez

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3195

L'équipementier automobile est un poids lourd de l'économie aveyronnaise. Pourtant loin des rails et de l'autoroute, le site ne pâtit pas de sa position géographique grâce à une organisation optimisée.

Dans la petite salle d'attente de l'aéroport de Rodez-Marcillac, la langue officielle semble être l'allemand. Pas étonnant ! La plupart des passagers se rendent à Stuttgart, en Allemagne, via une correspondance à Lyon, par le biais d'une liaison aérienne conçue sur mesure pour l'équipementier automobile Bosch. L'industriel possède la plus grande usine du coin. Cet établissement, qui vise 179 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010, est le plus gros employeur industriel de l'Aveyron. L'avion permet à ses salariés, clients et fournisseurs de rejoindre le siège du groupe outre-Rhin. « Nous avons signé, il y a un an, un accord de partenariat avec la compagnie aérienne Hex'Air », explique Stéphane Kernacker, le responsable du département achats, logistique et assurance qualité du site, qui fabrique des bougies de préchauffage et des injecteurs.

Chez Bosch, la politique de partenariat se veut rigoureuse et encadrée. Elle doit aider l'entreprise à atteindre ses challenges stratégiques. « N'importe quel fournisseur n'est pas partenaire », précise Stéphane Kernacker. Hex'air s'est ainsi engagé à maintenir la liaison jusqu'à Lyon et à optimiser les horaires pour assurer les correspondances. De son côté, Bosch promeut la compagnie auprès de ses collaborateurs et leur propose des tarifs préférentiels. Une relation gagnant-gagnant, garantissant un volume d'activité à Hex'Air et assurant à l'équipementier le transport de son personnel.

Les tournées du laitier, organisation optimisée

La question du transport est primordiale pour une usine située au coeur de l'Aveyron, à Onet-le-Château, à 50 km de l'autoroute la plus proche et mal desservie par le réseau ferré. « Nous l'avons résolue par l'organisation, assure Stéphane Kernacker. Nos fournisseurs ont su s'adapter. » Chaque jour, des « tournées du laitier » sont organisées : des camions se rendent chez les sous-traitants, pour la plupart dans la vallée de l'Arve (Haute-Savoie), chez les clients, en France et en Allemagne, et dans les plates-formes logistiques.

« Nos fournisseurs ont des horaires définis pour mettre à disposition des transporteurs les composants commandés », explique le responsable du département achats, logistique et assurance qualité. Le parcours est minuté avec tout de même une marge de sécurité de deux heures. « Elle est largement respectée, affirme-t-il. Nous allons probablement la diminuer ». L'année dernière, à raison de quatre jours et demi de transport par semaine, un seul incident lié à la neige a empêché un transporteur de livrer à l'heure. Par ailleurs, le trajet est conçu de telle sorte que le rangement des produits dans le camion se fasse de manière optimisée, afin d'alimenter au plus juste les lignes de production. Cette organisation est appliquée au sein même de l'usine et de ses 130 000 m2, dont 55 000 m2 dédiés à la fabrication, où des « tournées du laitier » ont également été mises en place.

Les salariés proposent leurs améliorations

Ces « milk run » à domicile consistent à prélever les pièces dans les ateliers, au fur et à mesure de leur production. Un train - en réalité un chariot ou une étagère à roulettes tirée par un opérateur - suit un parcours défini et s'arrête à chaque station pour y charger le matériel. Chacune de ces gares fictives est matérialisée par une pancarte aux couleurs verte et jaune. Y sont indiqués les horaires de passage du convoi à plus ou moins cinq minutes, à raison d'une halte par heure environ. Chaque station a été baptisée par les opérateurs eux-mêmes. Ici « gare de Millau », là « Najac », le nom d'une commune de l'Aveyron... Chaque pancarte est illustrée d'une photo d'un paysage remarquable de la région. « Les salariés se sont ainsi approprié ce système d'organisation », analyse Jean Bastien, le directeur du département fonctions techniques du site Bosch de Rodez.

La participation des 1 641 salariés est un élément important de la réussite de l'entreprise. « On nous encourage à faire des propositions », confirme Matthieu Waymel, le responsable de la préparation des bougies de préchauffage et élu (CFE-CGC) au comité d'entreprise. De grands panneaux affichés dans les ateliers de production mettent en évidence des propositions d'amélioration élaborées par les salariés eux-mêmes. Y sont rassemblées la photo du salarié concerné, ainsi que la description de la problématique identifiée, de la solution proposée pour la résoudre, mais aussi le gain qu'elle a permis d'obtenir. Chaque jour, des réunions de cinq à dix minutes dans les ateliers permettent à tous, opérateurs et chefs d'équipe, de suivre les indicateurs de performance en termes de qualité, de contrôle et de délai, et de définir les priorités. À cela s'ajoute un droit d'expression. « Tous les trimestres, les encadrants se réunissent avec leurs équipes de dix à vingt personnes, pour dialoguer et évoquer les petits grains de sable comme les problèmes d'éclairage ou de poste de travail trop bruyants », explique Matthieu Waymel.

Inclure les fournisseurs et renforcer le tissu local

Les chefs de service, à travers des revues au minimum mensuelles, définissent les objectifs à atteindre par les équipes pour contribuer aux orientations globales du groupe. « On les communique à l'ensemble des collaborateurs, pour que chacun sache pour quoi il travaille », assure Albert Weitten, le directeur du site aveyronnais. Guillaume Peugnet, délégué CGT confirme : « On a une vision de l'avenir du site. » La stratégie de l'entreprise est aussi partagée avec les fournisseurs. « À chaque fois que nous déplaçons une de leur machine, on nous explique concrètement le projet. On se sent davantage impliqué », se réjouit Olivier Miquel, chef d'équipe de l'entreprise de manutention TRM et frère du gérant de cette société qui travaille depuis près de trente ans avec l'équipementier.

Pour fédérer ses partenaires, une fois par an, Bosch organise sur son site de Rodez une rencontre avec l'ensemble de ses prestataires locaux. Les sociétés de restauration collective, dépannage, manutention, transport ou encore gardiennage sont invitées début juillet. « Nous leur présentons ce que l'entreprise attend d'eux », expose Stéphane Kernacker, le responsable du département achats, logistique et assurance qualité. L'année dernière, l'accent était mis sur la notion d'excellence. Cette année, ce sera l'emploi de personnes handicapées qui sera au coeur des préoccupations que Bosch souhaite partager avec ses fournisseurs. « Par ailleurs, nous les incitons à ne pas dépendre de nous. Mais leur contribution est importante pour nous », souligne Stéphane Kernacker. Olivier Miquel, chef d'équipe à TRM, en a conscience. « Pour Bosch, nous sommes des collaborateurs. Nous participons à leur projet », résume-t-il.

Toujours dans cette optique de faire fructifier le tissu local, les dirigeants se mobilisent pour que le département soit toujours plus dynamique. Le directeur Albert Weitten fait partie de plusieurs conseils d'administration. Le directeur des ressources humaines appartient au Club des dix pour l'emploi : dix DRH qui réfléchissent sur la façon d'attirer et de conserver des salariés dans l'Aveyron. Bosch travaille aussi en partenariat avec Aveyron Expansion pour aider les entreprises souhaitant s'implanter dans le département. Mais aussi pour promouvoir la qualité de vie, les sites naturels et la gastronomie...


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