Bol de nouilles asiatiques

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3288

Chine, Japon et Corée du Sud projettent une méga zone de libre-échange.

Bien loin de l'Europe en proie aux affres d'une crise sans fin, l'Asie trace sa route. Quelle meilleure illustration que ce sommet trilatéral, qui a eu lieu à la mi-mai à Pékin, entre les leaders japonais Yoshihiko Noda, sud-coréen Lee Myung-bak et chinois Wen Jiabao ? Cette rencontre, la cinquième du genre, avait un but : lancer un vaste projet de zone de libre-échange. Une affaire de poids. Leur PIB cumulé atteint 14 000 milliards de dollars, 20% de plus que la zone euro. Selon Pékin, le commerce trilatéral a atteint 690 milliards de dollars contre 130 milliards en 1999. L'idée est de le booster encore. Certes, les obstacles abondent et un accord n'est pas attendu avant des années, mais on peut tirer au moins trois enseignements. Premier point, ce projet illustre la multiplication des accords de libre-échange en Asie. Cela a même généré un concept, celui de « bol de nouilles asiatiques » tant ces accords s'enchevêtrent. À la zone commerciale des pays de l'Asean (Sud-Est asiatique) s'ajoute ainsi une trentaine d'accords bilatéraux. C'est là pour le Japon une des clés de son « circuit intégré asiatique », à savoir la répartition internationale du travail entre ses grandes entreprises et leurs sous-traitants (on l'a mesuré lors des inondations en Thaïlande). Deuxième point : ce projet est pour Pékin un des moyens d'assurer à terme sa prééminence sur l'Asie orientale. Avec en germe la constitution d'une vaste zone yuan englobant le Japon. Il lui faudra choisir ! La Chine, qui se dit être une « puissance pacifique », fait monter au contraire les tensions (surtout avec les Philippines) à propos de sa souveraineté supposée sur quelques îlots de la mer de Chine. Les stances nationalistes des médias chinois n'augurent rien de bon dans ce dossier, qui est pour Pékin un moyen d'éprouver le leadership stratégique américain dans la région (au passage, Washington promeut aussi un accord de commerce « régional », le Partenariat transpacifique). Dernier point : la multiplication d'accords de libre-échange en Asie ou dans les Amériques illustre en creux la « fatigue » du multilatéralisme au sein de l'OMC. Depuis l'accord de Marrakech en 1994, aucune avancée n'est apparue. Le cycle de Doha est moribond et la crise a généré en Europe et ailleurs (Argentine...) un regain des idées protectionnistes. L'Union européenne a pourtant toujours en chantier plusieurs accords commerciaux : Canada (le plus avancé), Japon, Inde, Mercosur ou Asean. Mais dans le débat sur la croissance en Europe, quels leaders osent encore plaider pour une relance du commerce mondial ?

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