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Boeing et Airbus en lutte pour le contrat du siècle

Par H.M. - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3215

Performance des appareils, investissements industriels, lobbying... les deux avionneurs se livrent une bataille sans merci pour décrocher le contrat des ravitailleurs de l'US Air Force.

Guerre d'intoxication, intimidation des partenaires industriels, lobbying forcené auprès des élus... la guerre est déclarée entre Boeing et Airbus. Les deux premiers avionneurs mondiaux s'affrontent pour remporter le contrat du siècle : le remplacement de la flotte vieillissante de ravitailleurs de l'US Air Force. Au total, 179 tankers doivent être livrés sur quinze ans avec à la clé 35 à 40 milliards de dollars de commande. Et plus que jamais, avec la victoire des élus républicains aux dernières élections de mi-mandat au début du mois, l'issue de ce contrat est incertaine. En effet, dans le pays où le lobbying politique est roi, chaque industriel a ses soutiens. L'offre de Boeing est appuyée par les démocrates, celle d'EADS par les républicains. Or, le groupe de Chicago a perdu un soutien important : Norman Dicks, élu de l'État de Washington où Boeing a son fief industriel, est contraint d'abandonner son poste clé de président du sous-comité du budget de la Défense à la chambre. « Le rapport de force politique est désormais plus équilibré », grimace un dirigeant de Boeing.

UN DOSSIER ULTRASENSIBLE

Évidemment, rien n'est encore joué. Le dénouement attendu initialement mi-novembre, vient d'être repoussé au début de l'année prochaine, preuve du caractère ultrasensible du dossier. De quoi ajouter un nouvel épisode à ce véritable feuilleton industriel après l'annulation des deux premiers appels d'offres en 2002 et 2008. Pour éviter une nouvelle déconvenue, le Pentagone a défini une procédure de sélection qu'il veut impartiale. Les offres des candidats devront répondre à un cahier des charges listant 372 critères de performances. En cas d'éligibilité technique, si l'écart de prix dépasse 1 %, l'offre la moins chère l'emporte.

Dans cette bataille, Boeing et Airbus avancent avec deux avions ravitailleurs très différents. L'avionneur américain mise sur le KC-767, une version militarisée de son long-courrier B767. Modernisé, il intégrera le cockpit tout-écran du Dreamliner 787, l'avion dernier-cri de Boeing. « Le 767 est 40 tonnes plus léger. Cela se traduit par des coûts opérationnels significativement plus bas (...) », précisait Chuck Johnson, ancien pilote de ravitailleurs et vice-président Air Force Mobility pour Boeing lors du dernier salon de Farnborough. Au total, sur la durée de vie de l'appareil, il permettrait une économie d'une dizaine de milliards de dollars.

TOUS LES COUPS SONT PERMIS

Airbus répond avec le KC-45, un dérivé de l'avion civil long-courrier A 330. Il bénéfice d'un système de ravitaillement moderne et opérationnel capable de débiter plus de 4 550 litres par minute. Plus d'un millier d'opérations de ravitaillement ont été réalisées avec tout type d'appareils : chasseurs F16 et F18, Awacs et même d'autres ravitailleurs. Il emporte peut-être plus de carburant, de troupes et de cargos que son concurrent mais son prix devrait aussi s'en ressentir.

Pour emporter la mise, les deux groupes ne se font aucun quartier. D'abord sur le terrain de l'information... et de la désinformation. A coup de publicités comparatives (presse, TV...), les avionneurs vantent les mérites de leur avion et dénigrent celui du concurrent. Quand Airbus soutient que seul son avion est opérationnel, Boeing rétorque en mettant en avant des livraisons aux forces armées japonaises !

Dans cette lutte, les prises de guerre à l'ennemi ont tourné à l'avantage d'EADS. En déposant son dossier le 8 juillet dernier, le groupe a dévoilé l'ensemble de ses acolytes américains. Une vraie armada à laquelle les grands noms de la défense américains apportent leur concours comme Rockwell Collins (systèmes électroniques) ou Honeywell (systèmes de communications). EADS croit donc fermement à ses chances de réussite. Le groupe européen a remporté les quatre dernières confrontations directes avec l'avion de Boeing. Son ravitailleur a séduit les armées de l'air de l'Australie, du Royaume-Uni, de l'Arabie saoudite et des Émirats Arabes Unis. Pour sa part, Boeing avance uniquement deux références parmi les pays alliés des États-Unis, le Japon et l'Italie. Enfin, le groupe européen peut s'appuyer sur l'expérience de sa filiale Eurocopter, qui a décroché en 2006 un contrat de 2 milliards de dollars auprès de l'armée américaine pour la livraison de 345 hélicoptères légers. En cas de victoire, EADS a promis la création d'une usine d'assemblage en Alabama (comme Eurocopter au Texas). Son projet créerait ou pérenniserait 48 000 emplois aux États-Unis. Une manière de répondre avec les mêmes arguments au slogan favori du ravitailleur de Boeing : « Made in America ».

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