Bioplastiques : «le gouvernement s’arrête au mot taxe»
Par Ana Lutzky - Publié le
Débouché de plus en plus prisé par les agriculteurs, les plastiques d'origine végétale s'exposent au salon de l'Agriculture à Paris. Christophe Doukhy de Boissoudy est président du Club bioplastiques. Il est aussi le dirigeant de Novamont, l'un des leaders français du secteur avec Limagrain et Sphère. Il revient pour l'Usine Nouvelle sur le potentiel et l'avenir du marché.
L'Usine Nouvelle - Que doit l’industrie des bioplastiques aux agriculteurs ?
Christophe Doukhy de Boissoudy - Elle leur doit la matière première qui est d’origine végétale, que ce soit du maïs ou de la pomme de terre.
Ce débouché prend-il chaque année plus d’importance pour les agriculteurs ?
Oui, il croit de 20% à 25% en volume chaque année. Sachant que cette année c’est beaucoup plus important. La raison ? L’Italie a suivi la France dans l’interdiction des sacs de caisse de supermarché plastiques, sauf si ces derniers sont biodégradables. La France a passé une loi d’orientation agricole en ce sens en 2006, l’Italie l’a fait cette année. La croissance en volume pourra donc approcher cette fois-ci les 30%.
L’agriculteur vend maïs, blé ou pomme de terre.
L’amidonnerie les lui achète pour en tirer la fécule (de pomme de terre) ou l’amidon (de maïs et de blé).
Le producteur de résine, tel que Novamont ou Sphere, en tire des petites billes de résine de polyéthylène.
Le plasturgiste en fait entre autres des sacs de caisse de supermarché, exactement sur les mêmes machines que celles destinées aux sacs plastiques traditionnels.
La grande distribution lui achète les sacs.
Dans quelles proportions se chiffre l’essor des bioplastiques aujourd’hui ?
L’Europe en produit 150 000 tonnes par an. Soit moins de 1% du plastique produit au total. Reste que voici 10 ans, le bioplastique coûtait 10 fois plus cher que le plastique traditionnel. Aujourd’hui, il coûte 1,3 à 3 fois plus cher selon le produit et la résine.
Tant que les volumes de bioplastiques produits représenteront aussi peu comparés au plastique traditionnel, il sera difficile d’abaisser les coûts. En ce moment d’ailleurs, compte tenu de la flambée des matières premières, nous sommes plus dans l’idée de contenir les prix que de les diminuer !
Pourquoi les bioplastiques intéressent-ils les agriculteurs ?
Ce sont des débouchés pour une production de maïs, de blé ou de pomme de terre éventuellement en excédent. Par ailleurs, nous utilisons de l’huile végétale de tournesol dans nos processus de fabrication des bioplastiques.
Un débouché d’autant plus appelé à croître qu’à la différence de l’énergie, qui compte d'autres sources que la biomasse pour remplacer les hyrocarbures, on ne peut remplacer un plastique issu du pétrole que par un plastique issu du végétal.
Si l’on voulait remplacer tous les plastiques par des bioplastiques, la France suffirait-elle ?
Oui. Aujourd’hui, seuls 0,2% des plastiques sont des bioplastiques. Si l’on voulait passer à 10% à l’horizon 2020, on aurait besoin d’environ… 0,53% de la surface européenne cultivée. C’est raisonnable !
Sachant que même si les plastiques ne représentent que 4% de l’utilisation du pétrole, il n’est pas nécessaire de tout remplacer : en recyclant les plastiques traditionnels, on économise aussi du pétrole.
La France a-t-elle sur ce marché un avantage comparatif ?
Oui ! en Europe, pour faire des bioplastiques, on utilise majoritairement de l’amidon. Or l’amidon européen est aux deux tiers d’origine française. Si les bioplastiques se développent en Europe, l’Hexagone y trouvera donc un intérêt certain, et tout particulièrement les agriculteurs.
Les bioplastiques sont-ils encouragés en France ?
On n’est pas certain que la France veuille soutenir le développement des bioplastiques. A chaque fois qu’un texte est déposé à l’Assemblée nationale ou au Sénat, il est rejeté.
Le gouvernement s’arrête au mot « taxe » et y manifeste son opposition systématique. Or il ne s’agit pas d’une taxe vouée à être perçue, mais bien d’un outil permettant de sanctionner un produit, le plastique issu du pétrole, que l’on souhaite voir diminuer sur le marché.
Quelle est l’ambiance sur le salon de l’agriculture ?
L’ambiance est bonne. Hier soir nous avons inauguré le stand de « passion céréales ». Sur les bioplastiques, nous avons été gâtés : le discours d’inauguration a largement rendu honneur à cette industrie. Ils en parlent souvent, mais quand il y a quelque chose à faire on est un peu déçus...

dans la même rubrique
25/05/2012 S&P abaisse ses notes sur cinq banques espagnoles25/05/2012 Les Bouses européennes finissent dans le vert
25/05/2012 Thales à l’honneur à Cannes












