Biomasse : les industriels veulent être fixés sur les tarifs de la cogénération
Par Ana Lutzky - Publié le
La chaleur à partir de biomasse a de beaux jours devant elle : les objectifs du Grenelle ont même été dépassés en 2009. Néanmoins, les porteurs de projets de cogénération sont dans l’incertitude.
Cette année, c’est carton plein. L’appel à projets Biomasse chaleur industrie et agriculture (BCIA), « a dépassé ses objectifs », souligne Sandra Le Bastard, ingénieur biomasse énergie à l’Ademe. Cette dernière répondait à l'Usine Nouvelle en marge du Salon des énergies renouvelables qui s'est terminé vendredi à Paris. En distribuant 145 millions d’euros d’aides, l'appel à projets gouvernemental visait un objectif simple. Faire en sorte que dans les secteurs de l’agro-alimentaire, de la chimie, du bois, du papier et du carton, des pneumatiques, du maraîchage ou de la sidérurgie, 100.000 tonnes équivalent pétrole (Tep) de chaleur à partir de biomasse soient produites en 2009.
Exemple : Airbus en Midi-Pyrénées
L’un des projets retenus par l’appel BCIA de l’Ademe est celui d'Airbus en Midi-Pyrénées. Sur le site de Clément Ader, dédié à l’assemblage, aux essais et à la peinture des avions long courrier d’Airbus A 340 et A 350, un réseau de chaleur existe. Une chaufferie centrale produit en effet l’énergie nécessaire au chauffage de la majorité des bâtiments et salles peinture avion. Aujourd’hui alimenté en base par une cogénération de 13 MW thermiques et par 3 chaudières au gaz naturel, le projet consiste à remplacer la cogénération par la chaufferie bois-énergie (2 fois 6 MW).Le bois, une ressource mal exploitée
Les objectifs semblent d’autant plus réalisables que, mal exploitée, la forêt française offre largement aux porteurs de projet de quoi s’approvisionner. « Aujourd’hui la forêt offre des possibilités qui sont peu ou pas mobilisés. Des efforts restent à faire dans la filière », indique Benoît Fraud, directeur général d’ONF Energie (filiale de l’Office National des Forêts, qui gère plus de 30% de la forêt française).
Si la forêt française et son industrie sont aujourd’hui trop cloisonnées, ces obstacles sont néanmoins loin d’être insurmontables : « je suis optimiste sur les possibilités de la filière », souligne le directeur général de l'office, « mais il faut structurer cette dernière et mieux valoriser les matières collectées dans un environnement difficile tel que dans les zones de montagne, pour couvrir les coûts d’exploitation. Au prix actuel, on peut déjà faire des choses », rassure-t-il. « On sait aller chercher de la ressource : le bois s’accumule dans les forêts, des efforts sont faits aujourd’hui dans la mécanisation forestière », surenchérit Pierre de Montlivault, directeur des nouvelles offres énergétiques chez Dalkia pour la France.
Décollage des fabricants de chaudières bois
Le soutien du gouvernement à la chaleur produite par combustion du bois fait d'ailleurs les affaires des fabricants de chaudière biomasse. C’est le cas du groupe Compte.R, premier fabricant de chaudières à bois dans l’Hexagone. Depuis 2007, le chiffre d’affaires du groupe croît à deux chiffres, pour atteindre aujourd’hui 80 millions d’euros. Il a même acquis Atlantique thermique à Bordeaux, qui conçoit et dessine des chaudières vapeur. « Le fonds chaleur de l’Ademe nous apporte beaucoup. Lancés au départ sur la filière des industriels du bois, nous nous sommes diversifiés vers les laiteries, l’agro-alimentaire, et les collectivités avec le marché tertiaire », souligne Anne-Cécile Ribeyron, commerciale et chargé de communication du groupe. La PME de 300 salariés cajole son savoir-faire. Sur les 31 porteurs projets retenus par l’appel à projets de l’Ademe, trois lui ont déjà commandé une chaudière, facturée 1,2 à 1,5 million d’euros : le groupe Michelin à Bourges, l’entreprise Mont Blanc, et le fabricant de parquet et lambris extérieur Fpbois. Serge Batiot, responsable commercial Grand Ouest, espère d’autres commandes.
Incertitudes sur la cogénération
« Les conditions semblent réunies pour remplir les objectifs du Grenelle, en revanche, il faut un soutien public, stable, pérenne », avertit néanmoins Pierre de Montlivault, de Dalkia. Si la partie BCIAT du fonds chaleur de l’Ademe semble assurée en 2011 et 2012, une ambigüité chiffonne les industriels sur le dispositif soutenant les projets de cogénération.
Le fonds BCIAT de l’Ademe s'inscrit en effet dans un contexte de soutiens publics différenciés selon la taille de marché. Pour les plus gros projets industriels, c'est le ministère de l'industrie qui chapeaute : son appel à projet « biomasse » est dès lors piloté par la Commission de régulation de l'énergie (CRE). Ce dernier concerne la production de chaleur mais aussi d'électricité, et porte sur un tarif de rachat privilégié par EDF (145 €/MWh en moyenne pour les 32 projets dernièrement retenus), plutôt que sur une subvention sonnante et trébuchante.
Premier grief avancé par les industriels : compte tenu des critères de soutien à la cogénération, il est difficile que les opérations de taille moyenne émergent. Un effet de seuil met la barre trop haut : l’appel à projets de la CRE, « grand frère » de l’appel à projets de l’Ademe, concerne des installations d'en moyenne 10 MW électrique, ou 30 MW thermiques. Des grands papetiers, de grosses industries lourdes sont une cible privilégiée. En deça, les industriels ont souvent intérêt à se tourner vers le fonds chaleur, d’autant que le rendement de la chaleur est meilleur : 85%, contre 50 à 60% pour la cogénération, rappelle Sandra Le Bastard de l’Ademe.
Deuxième et principal problème : des tentatives semblent se faire jour pour tenter de baisser les tarifs de rachat par EDF de l’électricité produite par cogénération. Il s’agirait d’appliquer une règle technique qui reviendrait à ne racheter que 90% de l’électricité produite, contre 100% auparavant. Or ces dispositions ne sont pas discutées dans un arrêté ni un véhicule législatif : c’est au sein des contrats entre EDF et l’industriel qu’elles se lovent. Inquiets, les porteurs de projet souhaitent pouvoir être au clair avant l’été. « Nous travaillons avec des maires, des sous-traitants locaux, il faut que l’on sache », souligne Pierre de Montlivault de Dalkia.
Lire aussi :
Filière biomasse : 32 projets retenus par la CRE
Fonds chaleur : l’Ademe accélère la cadence
Le bois, une ressource inépuisable mais mal exploitée
1 réaction
Pano | 22/06/2010 - 16H00
"Le bois, une ressource inépuisable", oui si prélèvement inférieur à la croissance naturelle ; sinon déforestation et problèmes de la forêt équatoriale, voire de l'Ile de Pâques !
A ne pas oublier !

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