Biomasse : la CRE insiste sur la cogénération
Par Ana Lutzky - Publié le
L’Ademe a lancé hier son nouvel appel à projets biomasse de puissance moyenne (4 à 5 MW). Pour sa part, la CRE avait lancé le sien mercredi 28 juillet, pour les projets de puissance supérieure (12 à 15 MW en moyenne). Rappel des faits et décryptage.
Quels critères de candidature ?
• L’appel vise un total de 200MW électriques à installer
• Les installations doivent être d'une taille supérieure à 12MW électriques
• Les candidats ont une obligation de présenter des projets dont l'efficacité énergétique est supérieure ou égale à 60%, « ce qui est élevé et implique obligatoirement une cogénération », indique Quentin Derumaux du cabinet Sia Conseil.
A quel prix sera rachetée l’électricité ?
Chaque candidat propose un prix de base et le prix de vente est calculé comme suit :
Prix de vente = Prix de base + 20 +(Efficacité énergétiquex100-60). Le prix de base ne peut excéder 115 euros /MWh.
Une prime à la cogénération ?
« Dans les précédents appels d'offres, la cogénération était encouragée par une meilleure notation, elle est maintenant imposée et rémunérée par une prime à l'efficacité énergétique », souligne Quentin Derumaux. La contrainte chaleur s'accentue. « Rien n'indique que cette contrainte de vendre de la chaleur, imposé par l'appel d'offres soit tenable », met-il en garde. Comment être sûr qu'il sera possible de vendre cette chaleur à proximité des zones d'approvisionnement ? Les preneurs sont peu nombreux : chimistes utilisant la vapeur dans leurs process, ou agglomérations disposant d'ores et déjà d'un réseau de chaleur conséquent. Et ces derniers sont rarement localisés à côté des bois.
Comment fixer son prix de base de rachat ?
« Tout dépend du prix d'approvisionnement en bois, qui est très incertain aujourd'hui », indique Quentin Derumaux. « Pour une fourchette de prix du bois entre 20 et 40 euros le MWh, il faut un prix d'achat de l'électricité entre 145 et 250 le MWh pour approcher une rentabilité de 10% », poursuit ce dernier. « Le prix d'achat de l'électricité devrait plafonner à 140 euros par MWh, ce qui est faible au regard du risque pris par les opérateurs pour organiser leur approvisionnement sur 20 ans... » déplore-t-il.
quelle structuration de la filière ?
Comme dans le précédent appel d'offres de la CRE, la participation à la structuration de la filière est encouragée par un bonus dans la note du projet. « En revanche, les candidats produisant des contrats de long terme sur l'approvisionnement ou des investissements dans la filière d'approvisionnement ne sont pas rémunérés pour ce risque financier qu'ils consentent », déplore Quentin Derumaux. « Il n’y a pas de prime de risque ».
quel délai pour proposer un projet ?
Les dossiers devront être remis au plus tard le 28 février 2011 à 14h.
A qui s’adresser ?
Comme pour les précédents appels d'offres, c'est la Commission de régulation de l’énergie (CRE) qui « est chargée de la mise en œuvre de la procédure d’appel d’offres ». En conséquence, c'est sur son site que les candidats peuvent poser des questions - lesquelles seront ensuite rendues publiques.
Quel bilan des 3 précédents appels ?
Pour Quentin Derumaux, le bilan est relativement médiocre. 15 projets ont été sélectionnés pour CRE1, 22 projets ont été sélectionnés pour CRE2. Aujourd’hui, ces projets devraient déjà être opérationnels. C’est loin d’être le cas. « Pour CRE1, plusieurs années après la publication des résultats seuls 6 projets sont opérationnels », déplore l’expert. « Pour CRE2, tous les projets devaient être opérationnels au 1er janvier 2010 et aucun ne fonctionne à ce jour... »
Son constat est sans appel : «l'appel d'offres du 28 juillet est assez proche de CRE3. La tendance déjà esquissée de privilégier la cogénération s'accentue: l'efficacité énergétique demandée impose la cogénération. Certes, ce choix s'accompagne d'une prime à l'efficacité énergétique mais rien n'indique qu'il sera possible de vendre de la chaleur à proximité des forêts françaises... Les problèmes soulevés par les précédents appels doffre (CRE1, CRE2, CRE3) sont intacts: il n'y a pas d'aide la structuration de la filière et le risque pris par des opérateurs qui structureraient cette filière n'est pas récompensé».
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