BIOLOGIEEurofins trace son chemin en traquant les tricheursEn achetant douze laboratoires en deux ans, Eurofins Scientific, détenteur d'une méthode exclusive d'authentification des aliments, a élargi son offre à d'autres domaines d'analyses tout en densifiant sa présence internationale.

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2713

BIOLOGIE

Eurofins trace son chemin en traquant les tricheurs

En achetant douze laboratoires en deux ans, Eurofins Scientific, détenteur d'une méthode exclusive d'authentification des aliments, a élargi son offre à d'autres domaines d'analyses tout en densifiant sa présence internationale.



Vins chaptalisés, vanille artificielle, jus d'orange coupé à la mandarine, pâté de sanglier au poulet, faux cigares Davidoff..., rares sont les faussaires de l'alimentation qui passent au travers des tests d'Eurofins Scientific. Sur fond de contaminations alimentaires majeures, le marché n'a jamais été si porteur pour cette entreprise nantaise, qui s'apprête à clore son douzième exercice avec un an d'avance sur ses objectifs. Son chiffre d'affaires consolidé avoisinera les 200 millions de francs, dont 85 % à l'export, contre 98,5 millions en 1998. Un doublement de volume principalement dû à un rythme effréné d'acquisitions (la croissance interne, elle, avoisine les 18 %). " Nous compterons au début de 2000 une vingtaine de laboratoires présents dans quatre des cinq plus grandes économies, avec 650 collaborateurs, parmi lesquels de nombreux ingénieurs, docteurs et spécialistes des sciences de la vie ", affirme Gilles Martin, P-DG fondateur d'Eurofins. Cinq laboratoires ont ainsi été absorbés durant l'exercice, et d'autres achats seront annoncés prochainement. Pour les financer, le groupe, coté au nouveau marché depuis octobre 1997, vient de lever environ 46 millions de francs de capitaux. " Nous nous plaçons dans une logique de conquête. Dans chaque pays, nous voulons atteindre une taille critique pour fournir à notre client le temps de réponse le plus court possible et le service le plus complet en mettant à profit les spécificités technologiques des laboratoires acquis ", résume Hugues Vaussy, directeur financier du groupe. Cette stratégie doit porter le groupe à 500 millions de francs de chiffre d'affaires en 2002-2003, soit 5 % d'un marché très atomisé, estimé par Eurofins à 10 milliards de francs, avec un potentiel de croissance annuel de 10 %.

L'une des priorités est le marché américain

Ce projet prend sérieusement tournure en Allemagne. Fin 1998, Eurofins s'est placé sur le marché de la biologie moléculaire, et en particulier celui de la détection des organismes génétiquement modifiés, avec la reprise de Wiertz Eggert Jorissen, une société techniquement bien placée dans ce domaine. Etabli à Hambourg, ce laboratoire est devenu le principal pôle de recherche-développement en biologie moléculaire du groupe nantais. Fort de trois autres laboratoires acquis ou implantés en Allemagne en 1998, " Eurofins est l'un des seuls acteurs du marché allemand en mesure de proposer une couverture crédible du territoire sur une gamme complète d'analyse des aliments ", estime Gilles Martin. L'objectif est également atteint en Grande-Bretagne, où trois laboratoires ont été achetés l'an dernier. L'une des priorités est désormais le marché américain. Présent depuis plusieurs années sur la côte est, Eurofins vient de se fixer à l'ouest en reprenant la start-up californienne Alpha Chemical Scientific & Biomedical. Ce laboratoire ultramoderne est spécialisé dans l'extraction et la caractérisation des composés naturels présents dans les extraits botaniques et les plantes médicinales exotiques de types ginseng, echinacea ou ginkgo. Une compétence pointue, qui ouvre à Eurofins le marché des suppléments alimentaires, en forte croissance, et celui de la pharmacie et de la biotechnologie sur le plan mondial.

L'entrée sur un secteur exposé à la concurrence

La France n'est pas en reste. Eurofins s'est constitué, ces derniers mois, un pôle complet dédié à l'hygiène et à la sécurité alimentaire. Là encore, le groupe s'est offert quatre laboratoires bien répartis sur le territoire et complémentaires en termes de marchés et de compétences. Le Laboratoire de bromatologie du Centre-Ouest, à Poitiers, et ce- lui de Longjumeau, ainsi que la société Ecobio, établie à Alfortville, apportent au groupe nantais leur expertise dans l'analyse bactériologique et physico-chimique (salmonelle, listéria...), le conseil et l'audit-qualité, notamment dans le secteur de la restauration hors foyer. Quant au laboratoire d'analyses et d'études industrielles de Valence, il donne à Eurofins un savoir en analyses sensorielles ainsi qu'une base en Rhône-Alpes. L'ensemble représente 50 millions de francs de chiffre d'affaires supplémentaires pour le groupe, qui entre ainsi sur un secteur de l'analyse alimentaire exposé à la concurrence. " C'est un marché disputé, mais très atomisé, nuance Hugues Vaussy ; les intervenants sont des PME de 2 à 40 millions de francs de chiffre d'afaires. Nous arrivons d'emblée avec une force de frappe industrielle. " Avec toutes ces acquisitions, Eurofins renforce son emprise sur le marché du contrôle alimentaire au delà de son savoir- faire originel fondé sur le brevet SNIF-NMR (voir encadré ci-contre). En 2002, ce brevet tombera dans le domaine public, ce qui ne semble pas émouvoir outre mesure les dirigeants d'Eurofins. " L'exploitation de ce brevet repose sur une base de données faite d'échantillons de références, expose Hugues Vaussy. En douze ans, nous avons référencé près de 10 000 échantillons, dont certains proviennent du fin fonds de l'Asie. " Une avance qui sera difficile à rattraper. De notre correspondant, Emmanuel Guimard



Une technologie mondialement reconnue

Le brevet SNIF-NMR (Site Specific Natural Isotope Fractionation Studied by Nuclear Magnetic Resonance.) a été acheté en 1987 au CNRS par Gilles Martin. Il permet de décrypter les empreintes isotopiques au coeur des molécules. Ce qui renseigne sur la composition exacte et même le terroir d'origine des aliments. Cette méthode a donné à Eurofins un rapide succès international auprès des majors de l'industrie et de la distribution agroalimentaire, mais aussi auprès des services publics, comme la Food & Drugs Administration américaine. Incontournable pour ce type d'authentification, Eurofins a récemment été sollicité pour déterminer l'origine d'un stock d'héroïne saisi par les autorités américaines.







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