Biocarburant : l'E10 risque de caler au démarrage
Le 24 mars 2009 par Redaction L'Usine Nouvelle
La date de lancement sur le marché approche. Le 1er avril 2009, doit débarquer dans les stations-service françaises un nouveau carburant, le SP95 E10, un biocarburant, composé de 90% d'essence sans plomb et de 10% d'éthanol destiné à réduire les émissions
Son arrivée sur le marché français anticipe l'apparition dans l'Union européenne d'une essence européenne, commune à tous les pays, inscrite dans la directive européenne « qualité des carburants ».Objectifs contraignants pour les distributeurs
Avec l'E10, la France compte remplir l'objectif d'atteindre 10% de biocarburants en 2015, cinq ans avant l'application de la directive européenne. « Globalement, les distributeurs ont atteint les objectifs en matière d'incorporation de biocarburant en 2008, avec 5,75% (PCI) de biocarburants. Mais sans l'insertion de l'E10 sur le marché des carburants en France, l'objectif fixé à 6,25% en 2009 ne pourra pas être atteint et cela pourra coûter très cher », explique Jean-Louis Schilansky, président de l'Ufip.
La législation française a prévu une Taxe générale sur les activités polluantes (TGAP), destinée à contraindre les distributeurs à développer les biocarburants. En cas d'échec dans la réalisation des objectifs et d'absence totale de biocarburants dans les carburants français, le montant de la pénalité pourrait atteindre 2,4 milliards d'euros.
Basculement attendu
La commercialisation prévue au 1er avril en laisse sceptique plus d'un dans le secteur. Les 12 700 stations service françaises seraient loin d'être toutes équipées. Pour le mois d'avril, Total évoque 300 sites équipés en Bretagne et en région parisienne sur un réseau de 4 000 stations service. Carrefour devrait proposer l'E10 dans 24 stations service. BP fait figure de bon élève, assurant que la quasi-totalité de son réseau serait équipée fin avril.
L'Ufip compte sur le phénomène de basculement de l'essence fossile vers l'E10 dans les pratiques de consommation des automobilistes. « Il faut que les propriétaires de véhicules comprennent que l'E10 fonctionne bien et s'habituent. A la fin de l'année 2009, si tout va bien, 70% des stations services proposeront de l'E10, poussés par la hausse de consommation des automobilistes », explique Jean-Louis Schilansky.
Pas pour tout le monde
Reste à savoir si consommateurs et distributeurs qui n'ont pas réclamé ce nouveau carburant seront conquis. Car les conditions d'utilisation de l'E10 sont strictes. Seuls les véhicules essences immatriculés depuis 2000 pourront bénéficier de l'E10. Quant aux autres véhicules, un site Internet (www.carburantE10.fr ) sera disponible au 1er avril pour vérifier la compatibilité du carburant avec les automobiles.
Autre point noir : la commercialisation du carburant. Chaque station service, ne pouvant légalement proposer que deux qualités d'essence, devra décider quel carburant éliminer des pompes (entre SP 95 et SP 98). Sans besoin de changer les pompes, puisque l'E10 nécessite les mêmes structures que les autres essences.
Prix avantageux ?
Une autre question est au cœur de l'arrivée de l'E10 : son prix. Si l'éthanol bénéficie d'une aide fiscale de 210 euros par m3, son prix de vente aux raffineurs est d'environ 600 euros par m3, selon les données de l'Ufip. Soit un coût bien supérieur à la cotation de Rotterdam pour le pétrole (250 euros par m3).
« Plus le prix du baril est bas, plus l'E10 sera cher. A l'heure actuelle et grâce à l'aide fiscale, l'éthanol défiscalisé est proche du prix de l'essence fossile. Les distributeurs feront aussi peut-être des gestes commerciaux », précise l'Ufip. Du côté des distributeurs, l'économie au profit de l'E10 serait contenue à quelques centimes. Une épargne qui pourrait disparaître aussitôt selon le Bulletin de l'industrie pétrolière. L'éthanol est un produit moins énergétique que l'essence fossile et induit une « très légère surconsommation », selon l'Ufip.
Barbara Leblanc
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