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Bilan studieux pour l'Agence de l'innovation industrielle

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le

L'Agence de l'innovation industrielle a présenté son bilan annuel le 21 décembre. En 2006, elle désigné douze programmes innovants auxquels elle apportera plus de 700 millions d'euros. Point noir : l'Allemagne vient de se retirer du programme de moteur de

Réuni pour la dernière fois de l'année le 21 décembre, le conseil de surveillance de l'Agence de l'innovation industrielle (Aii) vient « d'adouber » trois nouveaux programmes innovants : micro-caméras, services multimédias sur mobiles et filière de valorisation d'agro-ressources pour mettre au point des biocatalyseurs (voir détail plus bas).

Bras armé de l'Etat pour relancer des grands programmes industriels, l'agence a sélectionné un total de douze projets d'innovation industrielle en 2006. Voulue par Jacques Chirac, l'Aii souffle sa première bougie. « L'agence est en marche, lance Jean-Louis Beffa, le président du conseil de surveillance de l'Aii et président de Saint-Gobain. Elle a montré qu'il existe en France un vaste potentiel pour faire plus d'innovation et que tous nos concurrents agissent de manière très véloce dans tous ces domaines, que ce soit des groupes américains, japonais et maintenant chinois et indiens ».

Toutefois, l'Allemagne qui devait cofinancer quatre projets vient d'offrir un cadeau empoisonné à l'Aii. Lors d'un sommet sur l'innovation à Potsdam, le 18 novembre, Angela Merkel, la chancelière allemande, a indiqué que l'Allemagne ne participerait pas, finalement, au programme « Quaero » alors que les deux pays s'étaient entendus sur le sujet en avril. Ce projet de création d'un « Google européen » a donc du plomb dans l'aile. Angela Merkel a justifié ce revirement en expliquant en substance que « Quaero » était trop sous dominance française. L'Allemagne préfèrera se concentrer sur le développement de son propre moteur de recherche « Theseus ». « Avec Quaero nous voulons développer un projet multimédia alors que les Allemands défendent un projet de Knowledge management de web sémantique, explique l'Aii. C'est vrai que pour un projet annoncé par le chef de l'Etat, cela fait désordre. Mais nous avons préféré suivre chacun notre idée de manière séparée ».

Malgré ce revers, l'Aii continue sa mission. Dotée d'un budget d'intervention de 1,7 milliard d'euros sur deux ans, l'agence doit financer à hauteur de 50 % les projets qu'elle soutient sous forme de subventions et d'avances remboursables. L'autre moitié apportée par les industriels impliqués.

Entre avril et novembre 2006, l'Aii a désigné neuf projets :
- Le « Bio-Hub »
, qui vise à fabriquer des produits chimiques à partir de produits agricoles dont le chef de file est Roquette Frères.
- « Homes », un système devant réduire la consommation d'énergie des bâtiments de 20% emmené par Schneider Electric.
- « NeoVal », un projet de nouvelle génération de métro automatique sur pneumatiques piloté par Siemens Transportation systems (ex- Matra Transport).
- « Quaero », le programme franco-allemand de logiciels de recherche multimédia.
-  « TVMSL », le système de télévision sur mobile diffusée par satellite et encadré par Alcatel.
- « NanoSmart », piloté par la société grenobloise Soitec, il portera sur le développement des technologies d'ingénierie des substrats pour la microélectronique.
- « voiture hybride diesel électrique » du groupe PSA associé à Valeo, Michelin, SAFT et l'allemand Continental Temic.
- « Iseult », l'IRM à la puissance et à la précision inégalées mené par Guerbet
- « Adna » sur la médecine personnalisée piloté par bioMérieux avec l'appui de Transgène, genoSafe et le Genethon.
Avec les trois derniers programmes désignés le 21 décembre, l'Aii s'est engagée à débloquer plus de 700 millions d'euros pour les soutenir.

Les programmes s'étaleront sur quatre à dix ans et bénéficieront d'une enveloppe de 26 à 105 millions d'euros. Ils devraient favoriser la création d'une dizaine de milliers d'emplois. Le chef de file d'un projet s'engage à faire émerger, d'ici cinq à huit ans, des nouveaux produits, services ou brevets, qui irrigueront de nouveaux marchés d'au moins un milliard d'euros. En matière de recherche, les douze projets devraient impliquer 2 900 chercheurs, dont 1 100 créations de postes. Et dans la production, ils devraient créer 10 000 emplois directs et 15 000 indirects.

Reste à passer le cap de Bruxelles. Sur les premiers programmes annoncés par l'Aii fin avril, seul Bio-Hub a obtenu le feu vert de la Commission le 7 décembre ! La convention entre les industriels et l'Aii a d'ailleurs été signée le 21 décembre. Piloté par Roquette et destiné à trouver de nouvelles filières à l'amidon, il est le seul sur les douze à pouvoir concrètement se lancer. Or, la Commission devait se prononcer en deux mois sur le financement de chaque programme...

Valéo peut donc peaufiner son projet sur les technologies propres, comme l'arrêt des moteurs aux feux de circulation. Et laisse une chance aux secteurs à la traîne. « L'énergie tarde à se manifester » regrette Robert Havas, le président du directoire de l'Aii.

Mais après un an d'existence, l'Aii n'a pas fait taire ses détracteurs. Plusieurs voix s'élèvent pour dire que ce sont encore les grands groupes (Schneider Electric, PSA, STMicroeletronics, Thomson, Alcatel, France Telecom, Saint-Gobain...), qui monopolisent les aides de l'Aii. Très mondialisés, est-ce bien eux qui favoriseront la régénérescence du tissu industriel français ainsi que l'émergence de ruptures technologiques. « Tous les projets soutenus par l'Aii sont des projets de recherche collaborative qui associent des grands groupes et des PMI innovantes ».

Jean-Michel Meyer et Marie Luginsland, en Allemagne


Les trois programmes de l'Aii présentés le 21 décembre 2006

Le programme MaXSSIMM

De nouvelles perspectives pour les services multimédia sur mobile
Le programme MaXSSIMM vise à donner un nouvel élan aux services multimédia sécurisés sur téléphones mobiles avec le développement des nouvelles applications professionnelles et grand public.
Les innovations technologiques proposées devraient permettre de mieux personnaliser les terminaux, de renforcer leur sécurité et d'assurer leur maintenance à distance. Par ailleurs, le fruit de ces innovations facilitera la portabilité des données personnelles, des contenus numériques protégés et des multiples applications offertes sur mobile.

Ce programme s'étendra sur deux ans et demi et se concentrera sur les éléments critiques de la chaîne industrielle qui va de la puce électronique aux plateformes de services des opérateurs en passant par les nouvelles cartes SIM et les terminaux mobiles. Le Conseil de surveillance de l'Agence de l'innovation industrielle a prévu de contribuer à hauteur de 35 millions d'euros au programme MaXSSIMM qui représente un coût global de 122 millions d'euros de dépenses en Recherche et Développement en France. Cet apport financier, sur une période de 30 mois, se répartit pour 16 millions d'euros en subvention et 19 millions d'euros en avance remboursable.

Le programme MaXSSIMM apportera une réponse concertée et simultanée entre les acteurs :
- pour la future carte SIM (la « carte Max-SIM ») : capacité de stockage accrue, interface de communication rapide avec le terminal, connectivité réseau et internet, capacité d'exécution de programmes logiciels embarqués dans la carte elle-même, niveau élevé de sécurité pour toutes ces opérations, synchronisation externe des données personnelles avec le PC ou le PDA (assistant personnel) de l'utilisateur.
- pour les mobiles : personnalisation de l'interface utilisateur à partir de données personnelles stockées sur la carte SIM, lien local avec les ordinateurs de type PC ou PDA, prise en compte des nouveaux moyens d'accès radio de type WIFI et TV mobile, gestion de la sécurité des contenus et respect des droits numériques.
- pour les plateformes d'administration à distance : intégration des protocoles de l'Internet, performances accrues, support de liens haut-débit, adaptation des contenus aux différentes capacités des terminaux.
Le consortium industriel MaXSSIMM sera coordonné par GEMALTO, issu du rapprochement en juin 2006 entre Axalto et Gemplus. Il réunira ST Microelectronics,, NXP, Toppan, Photomasks, Sagem Communication mais aussi Orange, Amadeus, l'institut Eurecom et des PME Trusted Logic, Voxinzebox et Cityvox.
 -  un leader mondial de la sécurité numérique, reflète la complémentarité technique et industrielle nécessaire à l'aboutissement d'un tel programme entre des industriels du domaine de la microélectronique tels que ST MICROELECTRONICS, NXP et TOPPAN PHOTOMASKS, des solutions sécurisées et de la carte à puce comme GEMALTO, des terminaux mobiles comme  SAGEM COMMUNICATION. 
Le consortium bénéficie également de l'expertise d'opérateurs de télécommunications ou fournisseurs de services comme ORANGE ou AMADEUS, de PME spécialisées comme TRUSTED LOGIC, VOXINZEBOX et CITYVOX. L'Institut EURECOM contribue quant à lui à l'étude et à l'évaluation de la solution globale. Le programme  MaXSSIMM  a été également labellisé par le pôle de compétitivité SCS (Solutions Communicantes Sécurisées) de la région PACA.

Le programme MINimage
Microcaméras au cœur des applications du futur
Dans un contexte de miniaturisation croissante, le programme MINimage développera plusieurs innovations techniques essentielles comme des capteurs d'images pour téléphone avec des définitions d'appareil photo et des lentilles de quelques mm² afin de fournir aux fabricants de téléphones portables des microcaméras complètes et le traitement d'images associé.

Centré sur la microélectronique et l'optique, le programme MINimage permettra de créer une filière mondiale de la microcaméra en Europe autour de leaders industriels mondiaux, de PME innovantes et de laboratoires publics à la pointe de la recherche scientifique. MINimage entend être au cœur de l'économie de demain grâce à des produits disponibles pour un très large public. Le Conseil de surveillance de l'Agence de l'innovation  industrielle a prévu de contribuer à hauteur de 69,9 millions d'euros au programme MINimage qui représente un coût global en recherche et développement de 141 millions d'euros.

Le programme MINimage a pour objectif de développer des procédés technologiques très innovants, en particulier :
- des capteurs d'images en haute définition (5 à 8 millions de pixels) fabriqués en technologie nanométrique CMOS ultra sensible à la lumière.
- des ensembles optiques très innovants pour l'autofocus, miniaturisé et robuste.
- un procédé d'assemblage innovant du capteur et de son optique accroissant les rendements de production. 

STMicroelectronics sera le chef de file du programme. Le groupe sera associé à Saint-Gobain qui deviendra le fournisseur de réseaux de microlentilles pour ce programme. Deux PME ont rejoint MINimage. Varioptic, société lyonnaise fondée en 2002, qui compte aujourd'hui 65 salariés, développe des composants optiques innovants utilisant la technologie de l'électromouillage. Et DxO Labs qui conçoit et licencie des technologies logicielles destinées à des architectures intégrées de traitement d'images numériques fixe et vidéo.
Le CEA, au travers de deux de ses laboratoires (le LETI et le LIST), l'INRIA et l'Institut d'Optique Graduate School participeront au programme côté scinetifique.

OSIRIS
De nouvelles voies biotechnologiques agro-industrielles pour valoriser les agro-ressources dans une optique de développement durable.

Le programme OSIRIS a pour objet de développer de nouvelles filières de valorisation des agro-ressources. Elles seront basées sur la création de nouveaux produits et de leurs procédés applicatifs associés. D'une durée de 8 ans, il vise plusieurs ruptures technologiques permettant d'ouvrir de nouvelles perspectives à la valorisation des agro-ressources et d'en assurer un débouché pérenne.

L'Agence de l'innovation  industrielle a prévu de contribuer à hauteur de 31,2 millions d'euros au programme OSIRIS qui représente un coût global en recherche et développement de 77 millions  d'euros. Cet apport financier sur huit années se décompose en 18,5 millions d'euros de subvention 12,7 millions d'euros d'avances remboursables.

Les ruptures technologiques du programme assureront, entre autres, la création de systèmes de bio-protection des grandes cultures avec l'exploration des nouvelles voies de lutte contre les microorganismes phytopathogènes réduisant ainsi le recours aux produits polluants de l'agrochimie, le développement de nouveaux procédés de production de biocarburants et de nouvelles formes de valorisation des agro-ressources en nutrition humaine et animale, en particulier la valorisation des coproduits issus de la production des biocarburants (drèches de blé, tourteaux de colza) en alimentation animale, l'objectif étant de substituer partiellement les tourteaux de soja importés par l'Union Européenne.

Le programme OSIRIS repose sur des innovations majeures, l'une d'elles étant le développement des procédés biotechnologiques sur substrat solide et l'autre la création d'outils de criblage à très haut débit.
Ce programme s'inscrit dans de nombreuses priorités du 7ème Programme Cadre de Recherche et de Développement technologique de la Commission européenne : développement des carburants non-fossiles, diminution des émissions de CO2, préservation de l'environnement, développement d'une alimentation plus sûre et saine.

Le groupe familial Soufflet, spécialisé dans la collecte des céréales et oléo-protéagineux, sera le chef de file du programme. Il sera accompagné par l'équipementier Maguin, spécialiste mondial de l'ingénierie des procédés de production d'éthanol, et l'Institut de Science et d'Ingénierie Supramoléculaire (ISIS -Université Louis Pasteur de Strasbourg) spécialisé dans les biotechnologies et la micro-fluidique. Des partenariats seront conclu avec des laboratoires publics de recherche dont ceux de l'Université Reims Champagne-Ardenne, de l'Université de Technologie de Troyes, de l'Université Henri Poincaré de Nancy, de l'INRA de Dijon et de l'Université de Bretagne Occidentale.

La réalisation du projet nécessitera la création d'un centre de recherche par le Chef de File employant une quarantaine de personnes et mobilisera pendant sa durée une soixantaine de chercheurs du secteur public et privé.

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